Médias - La fiction, entre la télé et Internet

Depuis quelques jours, Radio-Canada nous inonde de publicités sur la nouvelle série Les Lavigueur. L'enjeu est considérable: dans le contexte de l'émiettement de l'auditoire, il faut quasiment aller chercher les téléspectateurs l'un après l'autre, en les tenant par la main.

TQS a déjà deux nouvelles comédies en banque, prêtes à être diffusées cet hiver, en plus de Bob Gratton, mais on ne sait même pas si le signal de la chaîne sera toujours actif ce printemps!

Pour sa part, TVA diffusera dans quelques semaines deux séries fortes, Le Négociateur et Nos étés, mais celles-ci prendront fin ce printemps. La chaîne se plaint depuis deux ans, sur toutes les tribunes, de la difficulté de financer des séries dramatiques importantes.

Il reste Radio-Canada pour tenir le fort. Soutenue par les fonds publics, elle continue d'investir dans la fiction avec, cet hiver, Tout sur moi, Casino, la suite de René, Les Étoiles filantes, et d'autres projets sont en chantier pour l'année prochaine.

Non seulement les séries dramatiques coûtent cher, mais leur auditoire a tendance à se tasser. Lorsqu'on regarde, semaine après semaine, la liste des dix émissions les plus écoutées au Québec depuis septembre, on constate que ce ne sont pas les fictions qui dominaient.

Les Boys de Radio-Canada se retrouvait régulièrement dans la liste, plutôt entre la cinquième et la dixième position d'ailleurs, tout comme Annie et ses hommes à TVA. Mais les émissions les plus populaires étaient Le Banquier, Occupation double, Tout le monde en parle, Dieu merci!, de gros shows comme le Gala de l'ADISQ ou, plus récemment, les adieux de Céline Dion à Las Vegas.

La créativité et le renouvellement de l'auditoire viendront-ils d'Internet?

Aux États-Unis, le projet Quarterlife a fait sensation ces dernières semaines. Il s'agit d'une série totalement novatrice, lancée par deux producteurs et scénaristes connus à Hollywood, qui raconte le quotidien d'une jeune femme dans la vingtaine.

Quarterlife comporte 36 épisodes de huit minutes chacun, filmés de façon très professionnelle et mis en ligne sur le site Quarterlife deux fois par semaine. La série est également diffusée sur MySpace, YouTube et Facebook.

On y joue sur plusieurs niveaux de réalité. Ainsi, l'héroïne tient un blogue dans la série et Quarterlife est appuyée par un ensemble d'outils permettant aux internautes de «bloguer» entre eux, de se rencontrer, de communiquer avec les personnages, et ainsi de suite.

Quarterlife a fait sensation d'abord parce que c'est la première vraie série créée sur Internet qui offre une «qualité télévisuelle», mais aussi parce que NBC l'a achetée pour la remonter en épisodes d'une heure à partir de février.

De là à dire qu'Internet pourrait sauver les fictions à la télévision, il y a un pas que certains ont franchi un peu vite. Mais il est certain que l'industrie télévisuelle est entrée dans une phase exploratoire, où Internet jouera un rôle grandissant.

Au Québec, un groupe de créateurs a fait parler de lui cet automne en créant exclusivement sur Internet Le Cas Roberge, sorte de mini-télé-réalité ironique mettant en vedette le comédien Benoît Robert et ses amis. Aucun réseau de télévision ne s'y est intéressé, mais la productrice Nicole Robert en fera un long métrage cet été.

Pour sa part, Quebecor a lancé en décembre Canoe.tv, un nouveau portail vidéo qui regroupe les rares émissions du groupe libérées de droits (par exemple les entrevues de Denis Lévesque sur LCN) et donne accès à des émissions anglophones, dont, curieusement, plusieurs séries de CBC.

Toutefois, le grand patron de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, a promis d'investir dans la production d'une cinquantaine de nouvelles émissions exclusives au Web, lesquelles seront diffusées sur ce portail. On ignore encore quelles seront ces émissions et quelle sera la part des émissions dramatiques par rapport, par exemple, aux magazines ou aux documentaires.

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