Télévision - Un jour de l'An avec des dents

Photo: Yves Renaud
Sur le coup de minuit, les membres de RBO ont détourné la célèbre chanson Dégénération de Mes Aieux... avant d’être rejoints par les véritables membres du groupe.
Photo: Photo: Yves Renaud Sur le coup de minuit, les membres de RBO ont détourné la célèbre chanson Dégénération de Mes Aieux... avant d’être rejoints par les véritables membres du groupe.

Le Bye Bye 2007 de Rock et Belles Oreilles (RBO), diffusé le 31 décembre à Radio-Canada, ne se voulait pas une émission consensuelle, comme pouvaient l'être certains Bye Bye du passé avec Dominique Michel et Patrice L'Écuyer. Les RBO sont ironiques, caustiques, baveux. Ils ont été fidèles à leur réputation.

Malgré certaines longueurs et certains numéros qui tombaient à plat (les parodies de Frédérick de Grandpré et de Mario Pelchat, par exemple, ou des gags faciles sur Claude Dubois), ce Bye Bye a procuré des moments hilarants à au moins 2,4 millions de Québécois.

C'est surtout une émission où l'on sentait un point de vue éditorial assumé par les quatre membres de RBO. Certaines cibles étaient fustigées plus durement que d'autres, dont Jean Charest, Stephen Harper, l'ADQ, Hérouxville... et Quebecor-TVA.

Bien sûr, RBO a parodié avec plaisir le Bons Baisers de France de Radio-Canada, mais son sketch «Les excellentes nouvelles TVYA» restera comme une pièce d'anthologie et de précision assassine, avec «Clown Poirier» et ses excès de langage, le commentateur sportif «Neuron Fournier» quasiment sur l'acide, La Boutique TVA qui vend des Taser, et les informations internationales qui durent cinq secondes et où on n'apprend rien!

Autre moment fort, une parodie du Banquier où Véronique Cloutier, invitée spéciale, se faisait visiblement plaisir en se moquant de Julie Snyder et des «boostées» porteuses de valises, parmi lesquelles un Brian Mulroney qui ouvre une valise pleine de billets.

Véronique Cloutier était tout aussi excellente dans une chanson de Marie-Mai qui commentait les soubresauts de la course à la direction du PQ.

On a quelquefois reproché à RBO de trop se moquer des personnalités artistiques. Cette fois-ci la politique a semblé prédominer, avec des gags mordants sur les dérives administratives de Lise Thibault, sur les élus de l'ADQ présentés comme des incompétents, sur les luttes fratricides autour de Stéphane Dion (traitées sur le mode Loft Story) ou sur les tentatives de Stephen Harper de comprendre le Québec.

Une fausse visite à Hérouxville a donné lieu à des gags fort méchants («On a trouvé des races!», s'exclament les citoyens de Hérouxville, caricaturés comme étant des demeurés). Preuve que RBO n'est pas consensuel: dans plusieurs blogues sur Internet, hier, le groupe était accusé de mépriser les régions.

RBO a également parodié la commission Bouchard-Taylor. Curieusement, une heure avant le Bye Bye, Infoman présentait, dans sa propre revue de l'année, une sélection des témoignages les plus savoureux (ou les plus absurdes) présentés dans le cadre de cette commission, et Infoman frappait encore plus fort que RBO. Comme quoi la réalité est encore plus stupéfiante que la parodie.

Dans ce Bye Bye, la qualité des costumes et des maquillages était renversante, et RBO se distingue vraiment par le «petit détail qui tue», dans la gestuelle d'un personnage, ou le tic verbal.

La firme BBM indiquait hier que 2,4 millions de téléspectateurs étaient au poste devant ce Bye Bye lundi soir. Un chiffre qui augmentera encore lorsque seront compilées les données de la rediffusion de mardi, et les données sur ceux qui ont enregistré l'émission. En après-midi hier, on pouvait trouver l'intégralité de l'émission sur Internet, dans des sites comme YouTube et Google Video, ce qui ne fait sûrement pas l'affaire de Radio-Canada.

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Ce 31 décembre 2007 fut une soirée télévisuelle très faste. Le Bye Bye était précédé de la revue de l'année d'Infoman à Radio-Canada, plutôt réussie. Jean-René Dufort est moqueur lui aussi, mais contrairement à RBO, il parvient aussi à s'attirer la sympathie de ses victimes, par exemple en visitant Mario Dumont et Jean Charest et en leur offrant des cadeaux. Le premier ministre du Québec semble particulièrement apprécier sa compagnie. Mais il paraît que Pauline Marois, elle, refuse de le recevoir, depuis qu'il a filmé sa demeure du haut des airs.

Jean-René Dufort avait enregistré sa rétrospective à la base de Kandahar en Afghanistan. Son émission comprenait au moins deux moments très forts: lorsque le tribunal a rendu son jugement dans l'affaire Vincent Lacroix, il a poursuivi l'accusé habillé en mascotte devant les caméras de télévision, en l'abreuvant de commentaires vraiment mordants. Et lors du Salon du livre de Montréal, une de ses collaboratrices est parvenue à obtenir un exemplaire des mémoires de Brian Mulroney dédicacé à «Airbus Chéry» de la main du premier ministre...

Plus tôt en soirée, TVA proposait une édition spéciale de 90 minutes du jeu Dieu merci! d'Éric Salvail, où des comédiens doivent s'insérer à l'intérieur d'un sketch en cours en improvisant. La finale de l'émission était particulièrement drôle, avec les quatre invités, Édith Cochrane, Claude Legault, François Morency et Chantal Lamarre, qui tentaient de passer une audition pour le rôle de la Vierge Marie dans une crèche vivante.

Selon les données provisoires d'écoute de lundi soir, Infoman a attiré 1,4 million de téléspectateurs, la finale de La Fureur 536 000, mais Dieu merci l'année est finie! en a rassemblé près de 1,9 million, ce qui en ferait la deuxième émission la plus écoutée de cette longue soirée.

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