Fin du lock-out à la SRC

Le journaliste Bertrand Hall a laissé exploser sa joie à l’annonce de l’acceptation des offres de la direction de Radio-Canada lors de l’assemblée générale du syndicat, hier.
Photo: Jacques Nadeau Le journaliste Bertrand Hall a laissé exploser sa joie à l’annonce de l’acceptation des offres de la direction de Radio-Canada lors de l’assemblée générale du syndicat, hier.

Après un mois et demi d'un conflit difficile qui aura laissé des traces profondes, les employés en lock-out de Radio-Canada ont décidé hier à 70 % d'accepter les dernières offres patronales «améliorées». Le conflit est donc terminé et le retour au travail est prévu pour samedi.

Un dénouement dû au réalisme et à l'épuisement des employés en lock-out mais aussi à une médiation spéciale de toute dernière minute tentée par l'ancien président de la CSN, Gérald Larose.


À la demande de la partie syndicale, M. Larose a en effet réussi mardi à réunir autour de la même table le négociateur syndical Ubald Bernard avec les deux grands patrons du secteur français de la SRC, Michèle Fortin pour la télévision et Sylvain Lafrance pour la radio.


Cette médiation exceptionnelle a permis un déblocage. La direction de Radio-Canada a refusé d'ajouter quoi que ce soit à ce qui avait déjà été négocié, mais elle a accepté le principe d'une nouvelle lettre d'entente à être annexée à la convention collective, une lettre dite «Annexe V».


Cette lettre engage formellement les deux dirigeants de la SRC à rencontrer directement le syndicat au moins une fois par année ou «selon les besoins» pour discuter de questions comme l'avenir de l'entreprise, le rôle du service public, les grands enjeux de l'industrie, le financement du service public et ainsi de suite.


Les avis étaient partagés sur l'importance de cette lettre d'entente, vue comme une bébelle par certains, par une obligation intéressante par d'autres. Le journaliste Pierre Maisonneuve a résumé l'opinion générale en déclarant que cette petite lettre annexée à la convention collective n'aura de sens que «si on pousse dans le dos de la direction» pour son application.


La lettre d'entente prend aussi l'engagement de revoir complètement l'organisation du travail dans les salles de nouvelles de Montréal, où l'on trouve des problèmes importants de charge de travail trop lourde et de relations difficiles avec les cadres, selon des sources syndicales.


La médiation de dernière minute a également permis de rédiger un protocole complet de retour au travail.


Mais on garde vraiment l'impression que ce n'est pas le contenu de cette annexe qui a permis d'emporter le morceau. En fait, une semaine exactement après la précédente assemblée qui avait vu les membres du Syndicat des communications dévastés par un vote déchirant (les propositions patronales avaient alors été rejetées par trois voix seulement, à 503 voix contre 499), on sentait que l'assemblée voulait reprendre le vote et l'ajout de cette annexe en donnait le prétexte. Le vote final est donc établi à 694 pour, 302 contre et trois bulletins rejetés.


Lors du débat précédant le vote, on a fait valoir que la seule vraie question consistait à savoir s'il était possible d'aller chercher plus de gains en continuant la lutte. «J'ai le militantisme à terre», a lancé Sophie Langlois, exprimant la fatigue de plusieurs.


Mais la direction de Radio-Canada aurait tort de croire que tous les problèmes sont réglés puisque la majorité des interventions, y compris chez ceux qui ont voté pour l'acceptation des offres, exprimait le désir de continuer la lutte, mais à l'interne. Le journaliste Julien Bilodeau a eu droit à des applaudissements nourris en affirmant voter oui avec dépit et en invitant tout le monde à rentrer au travail dans les prochains jours «en marchant à reculons», une suggestion qui risque d'être suivie par plusieurs.


Ne s'entendant pas sur le renouvellement de la convention collective, le Syndicat des communications avait adopté à la mi-mars un vote prévoyant différents moyens de pression pouvant aller jusqu'à la grève. Après avoir déclenché une grève de 24 heures, le syndicat avait été immédiatement mis en lock-out par la direction de la SRC, un geste qui en avait choqué plusieurs.


Les offres patronales de la semaine dernière, qui avaient été rejetées par trois voix et qui ont été «re-votées» hier avec l'ajout de l'Annexe V, prévoient le versement d'un montant forfaitaire de 1000 $ à la signature de la convention et des augmentations salariales d'environ 8 % d'ici deux ans.


L'entente prévoit aussi la création de 132 nouveaux postes permanents chez les contractuels actuels, ainsi que la création d'un comité censé analyser la disparité salariale entre hommes et femmes et y trouver une solution.


Mais cette entente, qui garantira le retour des émissions régulières la semaine prochaine, ne règle pas l'ensemble des problèmes soulevés par ce conflit, dont le rôle de la radio et de la télévision publique et le climat particulièrement tendu et déprimant entre les employés et la direction de la SRC.