À voir à la télévision le lundi 9 décembre - Capteurs de réel

La télé française, qui a donné les reality shows et les plateaux de variétés les plus insignifiants, fait malgré tout figure de pays de cocagne avec sa demi-douzaine d'émissions littéraires. Tout en étant nocturnes, celles-ci sont néanmoins réalisées dans le respect de la spécificité du livre. Pendant près d'une heure et demie, les mots, les phrases, la conversation, en somme, la langue, occupent une place de choix, renouvelant à leur manière un genre télévisuel qu'ailleurs on voudrait enfermer dans une succession d'images, au détriment du propos.

L'émission Les Mots de minuit, de France 2, diffusée sur TV5, ne fait pas dans la foire d'empoigne autour d'une idée comme certaines de ses consoeurs. D'abord mené à deux, l'échange va s'élargissant à mesure que l'émission approche de son terme. À l'occasion du Carrefour des littératures, le plateau de ce soir s'est déplacé à Bordeaux, dans la librairie Mollat, l'une des plus importantes librairies indépendantes en France. L'animateur Philippe Lefait s'entretient d'abord avec l'écrivain Jean Guerreschi, qui se réjouit que l'inconscient ait échappé au massacre qui aura fait se succéder la mort de Dieu, du communisme et du roman. Alain Glykos, parti à Smyrne à la recherche de ses racines grecques, fait une distinction entre les phrases qui protègent et celles qui menacent. Impressionné par une telle hauteur de vues, le Catalan Enrique Vila-Matas confie à un interprète le soin d'expliquer ses tentatives de saisir le réel par la littérature. La traite négrière, au réel irreprésentable, fait l'objet du documentaire que présente le cinéaste martiniquais Guy Deslauriers. Dans les interstices de l'émission se glissent les éblouissantes constructions sonores des Manufactures verbales. Avec grâce, un orchestre de contrebasses fait swinguer ses instruments. Allez dormir après cela.

Des mots de minuit

TV5, 22h