Chantal Jolis, musulmane

Chantal Jolis
Photo: Jacques Grenier Chantal Jolis

Allah est grand. Mahomet est son prophète. Et Chantal Jolis compte depuis quelques semaines parmi son milliard et quelque de fidèles. L'animatrice d'Espace Musique, la deuxième chaîne radio de Radio-Canada, a connu son chemin de Damas à la fin mai en visitant Fez, la capitale spirituelle du Maroc. «J'y ai rencontré des femmes merveilleuses, raconte-t-elle, certaines voilées, d'autres non, des professionnelles, des journalistes.

Un jeudi soir, avant minuit, pendant que nous écoutions des chants soufis, une de ces femmes m'a demandé si je voulais me convertir. J'ai accepté spontanément. Le lendemain, c'était fait.»

Elle est sortie du placard islamique cet été à l'émission du matin de la première chaîne, Pour la suite des choses, animée par Patrick Masbourian. Elle a relâché sa bombette cette semaine à Bazzo.tv. Elle répète que c'est «vrai de vrai» au Devoir. «Mais après je m'arrête, je ne veux pas devenir porte-parole d'une cause.»

D'accord, bien noté. Seulement, les questions fusent. Pourquoi se convertir à son âge, à cette religion, en ce moment?

Elle revient brièvement sur son éducation franco-française. Une famille d'origine catholique, mais «pas du tout» portée sur les bondieuseries. Une enfance dans la France républicaine, mais dans un réseau scolaire religieux, avec 13 années comme pensionnaire au couvent. «Je croyais en Dieu, sans aimer la religion. J'étais perdue et révoltée.»

Chantal Jolis est arrivée au Québec il y a 27 ans, pour un court été. Elle a finalement pris mari et pays. Seulement, sa phobie des voyages aériens l'a empêchée de quitter le continent jusqu'à ce voyage capital du printemps.

«Je suis allée au Maroc pour un festival de musique sacrée. J'ai donc ressenti encore plus fortement le contraste entre le mode de vie matérialiste et individualiste de l'Amérique du Nord et la spiritualité profonde de l'Afrique du Nord. Les deux premiers jours, j'ai été très secouée et j'ai donc cherché des réponses.»

Classique. Seulement, en pigeant dans le grand buffet des croyances, les professionnels occidentaux ont plus souvent tendance à trouver du réconfort du côté du bouddhisme. Méditation et accomplissement personnel y font bon ménage, sans heurter la vie courante.

L'islam demeure plutôt rare comme choix, ne serait-ce qu'en raison de ses légendaires contraintes, à commencer par les cinq prières quotidiennes. Le recensement de 2001 estimait à moins de 5000 le nombre de Québécois «pure laine» convertis à cette religion comptant alors environ 108 000 fidèles au Québec. Le plus souvent la conversion s'explique par un mariage.

«L'islam, j'y pensais depuis un an ou deux, dit Chantal Jolis, maintenant divorcée. Je lisais déjà le Coran. J'observais mes amis musulmans. Et puis, le fait que cette religion soit si décriée rajoutait de l'intérêt, je veux dire de la curiosité.»

La réaction de l'entourage la réconforte. Son ex, l'animateur Michel Désautels, aurait «compris», comme le plus vieux de leurs deux enfants adultes, tandis que le plus jeune se révélait «très, très, très surpris», tout en respectant son choix. Personne ne lui en parle au travail. Des amis ont mal réagi en rappelant le foulard, le niqab, la burqa, la polygamie, la charia et on en passe et des pires, des fous de Dieu aux crimes d'honneur.

«Si j'avais 30 ans, je ne me serais pas sentie aussi libre d'adhérer à cette religion exigeante. Je me sens tout à fait capable de faire les choses à ma façon et de demeurer complètement libre. À l'essence, l'islam prône quoi? La tolérance, l'amour, la charité. Je ne peux pas être contre ça. Je ne cautionne évidemment pas les gestes extrémistes. Je crois qu'il faut voter à visage découvert. Je n'ai même pas l'intention de me voiler. Je cherche encore dans le Coran l'endroit où il est dit de porter le voile.»

Quelques courriels négatifs ont suivi la première confidence radiophonique alors que les réactions auraient été largement positives après le passage chez Bazzo.tv. La recherchiste de l'émission lui a téléphoné pendant l'entrevue au Devoir pour lui faire part des commentaires positifs des téléspectateurs.

«Tout cela demeure anecdotique, enchaîne l'animatrice. Il faut creuser. L'islam permet un accès direct à Dieu. Il y a là un aspect mystérieux et moyenâgeux qui me touche profondément. On ne peut pas adhérer à une religion uniquement par le mental. Le corps, au sens très large, demeure très important. Il faut ressentir les vérités.»

On a des idées, mais on est dans ses croyances. Elles habitent le croyant et vice-versa. «J'ai rarement trouvé autant de paix que dans une mosquée», dit la nouvelle fidèle en soulignant l'importance de la beauté dans ses choix, l'éthique et l'esthétique ne faisant qu'un. Elle confie développer une prédilection pour le soufisme, cette branche plus mystique de son nouveau monde.

Cela dit, le prosélytisme, non merci. Pour l'instant, Chantal Jolis ne cherche a entraîner personne du côté d'Allah. Ben Laden, lui, invitait récemment les Américains à se convertir à l'islam. Elle rigole de la remarque. «Je me trouve au tout début d'un voyage spirituel qui n'engage que moi», répond-elle calmement.

Franche, sereine, elle avoue respecter mollement les cinq piliers fondamentaux de sa nouvelle foi (la profession de foi, la prière, la charité, le jeûne et le pèlerinage à La Mecque). Elle ne lit pas encore l'arabe. Elle ne prie pas le jour à Radio-Canada. Pour des raison de santé, elle ne suit pas le jeûne du Ramadan, commencé jeudi, jour de la rencontre. Elle boit encore de l'alcool et fume toujours.

La musulmane Chantal Jolis garde même un certain sens critique par rapport à sa nouvelle religion. Bien sûr, elle croit que Dieu a dicté le Coran à Mahomet. En même temps, elle relativise certains éléments. «C'est un curieux livre, très violent. La place de la femme pose aussi problème. Il y a des difficultés. J'ai donc envie d'étudier tout cela. Je suis convertie, mais le gros du travail reste à faire.»

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