Télé-Québec: Une télévision originale... six mois par année

Pour faire face aux problèmes financiers structurels de Télé-Québec, la nouvelle présidente Paule Beaugrand-Champagne veut multiplier les sources de financement et convaincre d'autres ministères de faire leur part.

"Certains ministères devraient réaliser que le service que l'on donne dépasse de beaucoup les subventions que l'on reçoit, déclare-t-elle. Par exemple, nous travaillons beaucoup pour les ministères de la Famille, de la Santé et Services sociaux, ainsi que de la Science et Technologie. Mais c'est le ministère de la Culture d'abord et ensuite l'Éducation qui nous versent une contribution. Nous serions encore plus une télévision publique si plusieurs ministères contribuaient à cette télévision."

La nouvelle patronne de Télé-Québec a fait ces commentaires cette semaine dans le cadre d'une entrevue au Devoir, trois mois après sa nomination à la tête de la télévision publique québécoise.

Consciente qu'il semble difficile d'aller chercher "énormément d'argent supplémentaire" dans la subvention de base versée par le gouvernement, Paule Beaugrand-Champagne affirme "s'être donné le mandat personnel de diversifier les sources de revenus". Dans cette optique, elle tentera vraisemblablement de convaincre d'autres ministères de mettre la main à la pâte.

Rappelons que le ministère de la Culture et des Communications verse une subvention de base de 53,5 millions par année à Télé-Québec, "un montant qui ne suit même pas la hausse du coût de la vie", affirme Mme Beaugrand-Champagne.

De plus, le ministère de l'Éducation verse autour de 1,3 million pour les services éducatifs et les investissements dans le secteur jeunesse. Une partie de ce montant a d'ailleurs servi à développer le projet Cornemuse. Ce montant est demeuré le même depuis dix ans.

Rencontrer la nouvelle présidente de Télé-Québec, c'est nécessairement parler d'argent puisque la chaîne en manque. La précédente présidente avait d'ailleurs déjà déclaré que Télé-Québec aurait besoin de 25 millions de plus pour faire face à ses obligations.

Paule Beaugrand-Champagne ne reprend pas cet argument. Mais il n'est pas question de faire de la programmation estivale originale tant qu'on aura pas plus de fonds. "Nous sommes pris à la gorge parce que les coûts de production augmentent", dit-elle. Les émissions originales se terminent donc dans deux ou trois semaines et Télé-Québec a maintenant les moyens de diffuser des émissions originales pendant seulement 26 semaines, explique la présidente. Le reste de l'année, soit du printemps à l'automne, on passe en mode reprise.

Mais il y a moyen de faire preuve d'originalité dans les reprises, et la nouvelle présidente révèle qu'à compter de l'automne, les émissions pédagogiques (les fameux cours présentés le jour) disparaîtront de la grille-horaire, une sorte de mini-révolution. Télé-Québec entend particulièrement rediffuser le jour des documentaires qui n'ont pas toujours eu l'auditoire souhaité en soirée.

Pour diversifier ses revenus et jouer pleinement son rôle de télévision publique, Télé-Québec entend accélérer son développement Internet ainsi que ses services éducatifs. Le sujet passionne la nouvelle présidente: "Nous faisons d'excellentes choses et Télé-Québec ne s'en vante pas assez, dit-elle. Nous sommes trop humbles."

Télé-Québec a complètement redéployé son site Internet cette année, après plusieurs années de tâtonnements. Entre autres projets, le jeu-questionnaire Tous contre un permet aux internautes de jouer contre les concurrents à la télévision, ce qui serait unique au monde, et le site Cinémagazine offre une profusion de renseignements autour des films diffusés à l'antenne.

Alors qu'il recevait entre 15 000 et 19 000 visiteurs par mois il y a un an, le site Internet de Télé-Québec en reçoit maintenant entre 60 000 et 68 000.

L'année prochaine, Télé-Québec entend poursuivre sur cette lancée en créant une nouvelle section jeunesse sur son site, qui comprendra un nouveau projet Internet avec Cornemuse, comprenant des expériences de télévision interactive avec le service Illico de Vidéotron ainsi qu'un développement majeur du site Internet cinéma, dont un volet qui permettra de diffuser le travail de jeunes vidéastes. "Le mandat de Télé-Québec, c'est aussi de laisser place à ce qui est marginal et en recherche, un peu comme Phylactère Cola actuellement, explique Mme Beaugrand-Champagne. C'est notre côté laboratoire."

Le secteur éducatif de Télé-Québec est également important et, parmi plusieurs projets, la collection de vidéos de 2000 titres mise à la disposition des écoles semble très populaire: en 2001, on en a vendu environ 10 000 aux écoles du Québec, au coût de 29 $ l'unité.

Puisque Paule Beaugrand-Champagne est une journaliste d'expérience, les employés se sont demandé si elle n'avait pas l'intention de créer un service des nouvelles dans la boîte. Paule Beaugrand-Champagne a déclaré au Devoir qu'il n'était pas question que Télé-Québec présente un bulletin de nouvelles. "Par contre, nous cherchons comment faire des affaires publiques de façon novatrice", dit-elle.