Télévision - Punk à la mémoire vive

Le ciel était radieux le 8 juillet dernier et le Festival international de jazz de Montréal se terminait avec plus de 100 000 personnes rassemblées devant la grande scène pour le troisième et dernier grand événement extérieur. Le Franco-Algérien allait-il remonter la mémoire du temps et nous servir les trouvailles de ses boîtes à surprises révélées par Diwan 2, paru en septembre dernier — véritable exercice de mémoire contenant de magnifiques chansons maghrébines et orientales qu'il avait débusquées dans les marchés, bistrots, magasins de disques d'occasion et vieux cafés tenus par des immigrants en France?

Une barbe de deux semaines, le complet éclatant, Rachid Taha se tient debout et n'a pas besoin cette fois-ci de ses musiciens pour le soutenir. Mais avec lui on ne sait jamais. Rachid chantera courbé, la démarche paraîtra parfois hésitante, mais il assurera jusqu'à la fin. D'entrée de jeu, il entonne Voilà, voilà: «La leçon n'a pas suffi / Faut dire qu'à la mémoire on a choisi l'oubli / Dehors, dehors, les étrangers / c'est le remède des hommes civilisés». Côté politique, il faudra s'en remettre aux chansons puisque, pour l'émission, on a évacué ses interventions portant sur la guerre en Irak et ses problèmes avec les douaniers.

Musicalement, c'est tout rock au début, du rock vitaminé mais du rock avec mandole et derbouka: le rock d'un punk à la mémoire vive. Rachid s'attaque à Shuf; le riff devient dévastateur, un choeur lance l'appel, il répond en arabe. Puis la musique devient percussive, le rock plus arabo, la mandole en avant. Progressivement, on se rapproche du répertoire des disques de son projet Diwan, mais la soirée ne s'en tiendra pas qu'a cela.

Deux univers s'affronteront, créant des tensions libératrices entre les compositions originales et les pièces rétro, dont la rigolote Écoute-moi, camarade, entre le monde arabe et celui de l'immigré. La guitare électrique dialoguera avec la mandole microtonale. Les percussions obsédantes projetteront leurs rythmiques nord-africaines sur la mesure carrée du rock. Le rock rentre dedans, puis s'efface et s'intègre à l'autre dans un mouvement incessant. Le clavier remplace le son du violon oriental et de la gasba, flûte au son rugueux, quelque peu adouci toutefois. La trompette bouchée se fera entendre.

Et dans la foule, les youyous répondront aux applaudissements.

L'effet porte toujours autant. Après Rani, classique de la chanson oranaise, le punk de Barbès pénètre dans le recueil des Diwan. Il lance Ya Raya et quelques autres pièces avec Lynda Thalie, resplendissante et convaincante, autant en chant qu'en danse. Quel chemin parcouru depuis quelques années pour notre Québécoise d'adoption! Arrive Yann Perreau qui sautille sur Rock El Casbah des Clash. La pièce lui convient à merveille, comme tout ce qu'il semble entreprendre.

Rachid en remettra avec les danseuses montréalaises de Samia Baladi, entamant l'ultime montée dramatique qui ne sera entrecoupée que par un splendide moment d'intimité offert par Hakim Hamadouche avec sa mandole acoustique et sa mélopée aérienne. À la fin, tout le monde se retrouve à genoux sur la scène. On en aurait pris jusqu'aux petites heures.

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FIJM 2007: Rachid Taha, À TV5, dimanche 22 juillet à 20h.