Médias - Hockey 101

Mars 1875, patinoire Victoria à Montréal. Des étudiants de McGill jouent pour la première fois au hockey sur une patinoire intérieure entourée de bandes, avec quelques règles simples.

Cet événement a été choisi comme date de naissance du hockey par les créateurs de la grande série en dix épisodes Hockey - La Fierté d'un peuple, dont Radio-Canada entreprend la diffusion ce soir.

C'est un choix qui pourrait être discuté à l'infini. Les origines mêmes du mot «hockey» sont multiples, et on jouait à frapper un balle sur la glace depuis déjà des décennies. «Mais nous avons choisi cette partie parce que c'est la plus ancienne preuve documentée de ce qui ressemble le plus au hockey que nous connaissons», explique Peter Ingles, coréalisateur de la série.

Hockey - La Fierté d'un peuple a été préparée par la même équipe qui avait présenté l'histoire du Canada il y a quelques années à Radio-Canada. Il s'agit donc d'une production commune aux réseaux anglais et français. Mais contrairement à l'histoire du Canada, qui avait suscité des réserves, les deux versions de cette série sur le hockey sont différentes. Pour les téléspectateurs francophones, on a surtout fait appel à des intervenants s'exprimant en français, qu'ils soient joueurs, journalistes ou historiens.

La série, produite au coût de neuf millions de dollars, a d'abord été présentée sur CBC l'automne dernier; Radio-Canada l'a placée à l'antenne alors que s'amorcent les séries éliminatoires de la LNH. Elle est déjà disponible en coffret DVD. Radio-Canada a également publié avant les Fêtes un magnifique volume illustré.

«On a beaucoup plus écrit sur l'histoire du hockey au Canada anglais qu'au Québec, précise Peter Ingles. Au Québec, on a surtout écrit sur des personnages, comme Maurice Richard ou Guy Lafleur.»

Cristalliser l'identité nationale

Cette série n'est ni l'histoire du Canadien de Montréal ni celle de la LNH. Il s'agit vraiment d'une histoire du hockey et de la façon dont il cristallise les identités nationales. Identité canadienne lors de la série Canada-URSS de 1972, bien sûr, mais également identité des deux grandes nations qui s'affrontent, par exemple dans la rivalité entre les Maroons anglophones et le Canadien francophone de Montréal au début du siècle, avec le rôle joué par Maurice Richard auprès des Canadiens français dans les années 50, ou dans l'intense rivalité entre le Canadien et les Maple Leafs de Toronto dans les années 60.

La série aborde également des sujets peu étudiés. L'importance des femmes dans le hockey par exemple, ou encore la façon dont les arénas sont devenus le véritable centre communautaire des petites villes partout au pays. On retrace également l'histoire des tournois amateurs et de la présence canadienne aux Olympiques.

Le hockey a d'abord été pratiqué au XIXe siècle par la bourgeoisie anglophone. «Ça prend 15 ou 20 ans avant que la bourgeoisie francophone s'en empare, vers 1885, 1890», explique Peter Ingles. Les jeunes Canadiens français qui étudiaient dans les collèges classiques l'apprenaient des Irlandais, qui fréquentaient les mêmes collèges parce qu'ils étaient catholiques. Dans un des épisodes, Jean Béliveau ajoute que par la suite les religieux qui enseignaient dans les collèges ont joué un rôle majeur, en initiant souvent les jeunes au hockey et en leur servant d'entraîneurs.

La série permet évidemment de revivre de grands moments autour des vedettes de la LNH, mais elle propose aussi des anecdotes méconnues. Le fait, par exemple, que le hockey féminin avait connu un très grand essor pendant la Grande Guerre, alors que beaucoup de joueurs professionnels étaient partis au combat. On fait d'ailleurs la connaissance d'Albertine Lapensée, vedette d'un club de Cornwall, considérée comme une des meilleures joueuses de tous les temps — elle a déjà compté 15 buts dans un match — et qui est disparue mystérieusement.

Il est toujours amusant de revivre les débuts de la Coupe Stanley, un bol à salade en argent acheté à Londres par le gouverneur général du Canada Frederick Stanley. Une équipe pouvait «défier» le détendeur de la coupe n'importe quand, et celle-ci était régulièrement mise en jeu tout au long de l'hiver, avant que la LNH ne s'en empare pour en faire son trophée officiel de fin de saison.

Mais ce que la série raconte surtout, c'est à quel point le hockey, comme tout sport populaire d'ailleurs, est un formidable producteur de mythes, de héros, de drames, dans lesquels la population projette ses désirs.

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Hockey - La Fierté d'un peuple, début samedi 14 avril, Radio-Canada, 18h30.

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