À voir à la télévision le vendredi 20 avril - Le Casablanca des Caraïbes

Sydney Pollack et Robert Redford ont travaillé ensemble à sept reprises, parfois en offrant le meilleur d'eux-mêmes, comme dans The Way We Were ou Out of Africa. L'échec de Havana (1990) allait sonner le glas de leur collaboration professionnelle. Depuis ce coûteux remake de Casablanca, Pollack a préféré se perdre dans les corridors de l'ONU (The Interpreter) et Redford, qui ne peut plus cacher les ravages du temps, a plutôt opté pour le froid hivernal du Festival de Sundance.

Non seulement Havana n'est plus un film récent, il était déjà vieillot avant même que ne résonnent les premiers ronrons de la caméra; le scénario de Judith Rascoe (Endless Love), écrit au milieu des années 1970, fut remis au goût du jour, et surtout à la sauce des romances sucrées dont raffole Hollywood. Le film s'inspire des amours impossibles de Rick et Ilsa, mais le tumulte de la Deuxième Guerre mondiale dans un cadre exotique est remplacé ici par les fusils de la révolution cubaine à la veille du renversement du dictateur Batista par le camarade Fidel Castro.

On ne voit jamais le célèbre barbu, caché dans les montagnes, mais en 1958 son nom est inscrit dans toutes les consciences, vénéré par certains, maudit par d'autres. Seul Jack Weil (Robert Redford) refuse de comprendre ce qui se trame à La Havane, un de ses terrains de jeu favoris. Grand joueur de poker, cet Américain désinvolte préfère les cartes à la politique. Tout cela va changer au contact d'une belle Suédoise, Roberta (Lena Olin), l'épouse — détail qu'il apprendra un peu trop tard — d'un riche médecin (Raul Julia, non mentionné au générique en raison du refus des producteurs de placer son nom vis-à-vis de celui de Redford... ) proche allié de Castro. Mais la vie, même sous le soleil de Cuba, ressemble parfois à un château de cartes.

Ceux qui connaissent par coeur le film de Michael Curtiz ne seront pas les seuls à se désoler de cette superbe carte postale aux mots d'amour surannés et aux enjeux dramatiques télégraphiés comme une chanson révolutionnaire. Pour Pollack et Redford, c'était vraiment une fin de partie.

Cinéma / Havana, Historia, 22h

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