Télévision - Les vrais paysages du cinéma québécois

Les cinéphiles se décrivent souvent comme des voyageurs solitaires et immobiles. Lorsqu'ils s'aventurent loin des salles obscures, c'est pour retrouver ce lieu qu'un réalisateur a immortalisé, toujours plus beau ou plus mystérieux grâce au filtre du cinéma...

Certains périples peuvent même prendre la forme d'un pèlerinage. C'est ainsi que je ne pouvais visiter San Francisco sans me retrouver au pied du Golden Gate, à l'endroit exact où James Stewart plonge sans réfléchir pour sauver Kim Novak de la noyade dans Vertigo. Et chaque visite à New York finit par ressembler à un film de Woody Allen.

Je ne suis pas le seul à faire de ses séjours à l'étranger ou de ses escapades à travers le Québec un prolongement de ses découvertes cinématographiques. Canal Évasion le savait en concoctant la série Québec plein cadre, un regard curieux et différent sur les richesses de notre cinématographie. Car les lieux qui nous font rêver ne sont pas toujours situés à l'autre bout du monde; un film comme Mario, de Jean Beaudin, a sûrement donné l'envie à bien des Québécois de découvrir les îles de la Madeleine. Et que dire des splendeurs des Cantons-de-l'Est captées par Denys Arcand dans Le Déclin de l'empire américain et Les Invasions barbares...

Ce prétexte touristico-cinéphilique forme la trame de cette série animée par le comédien Raymond Bouchard, qui n'avait sûrement jamais mis les pieds dans le village de pêcheurs de Harrington-Harbour, situé sur la Basse-Côte-Nord, avant de jouer dans La Grande Séduction, de Jean-François Pouliot. Il devient notre guide pour ce rendez-vous hebdomadaire, divisé par thèmes (la famille, le huis clos, les histoires vécues, etc.) et consacré à deux longs métrages à succès.

Après l'épisode consacré à la famille, on voudra aller découvrir le cap Saint-Jacques, un parc situé à l'extrémité ouest de l'île de Montréal, lieu enchanteur où furent tournées quelques scènes de C.R.A.Z.Y. L'une des gardiennes de ce vaste espace, Anne Desautels, nous rassure: le «stand à patates frites» qui fait le bonheur de Zach et de son père n'existe que dans le film de Jean-Marc Vallée et surtout dans la mémoire du scénariste François Boulay, qui raconte ici la genèse de ce film exceptionnel. Même s'il admet qu'il faut avoir de très bons yeux, Boulay ne cache pas sa fierté de figurer dans la toute dernière image, voyant filer sur cette belle petite route sinueuse des personnages qu'il a non seulement inventés, mais puisés à même sa propre enfance.

Consacré spécialiste du huis clos (pour des raisons économiques bien plus qu'artistiques), Pierre Falardeau évoque deux de ses films situés dans des univers carcéraux: Le Party et 15 février 1839. Le premier fut tourné au pénitencier Saint-Vincent-de-Paul à Laval, déserté depuis 1989 et devenu un vaste plateau de cinéma, pour les réalisateurs d'ici comme pour ceux d'Hollywood. Pour les derniers moments du patriote Chevalier de Lorimier, il a choisi les studios de l'Office national du film, mais les extérieurs, et surtout les vieilles pierres, sont ceux de la Citadelle de Québec; sous le regard de Falardeau, l'endroit est plus austère que la vision touristique que les autorités militaires aiment montrer aux visiteurs.

Ce sont les deux revers de tous ces endroits magnifiques (la maison Trestler dans Nelligan, de Robert Favreau, et les jardins de Métis pour La Grenouille et la Baleine, de Jean-Claude Lord), maquillés pour les fins du cinéma ou enjolivés pour les beaux yeux des touristes, que nous montre Québec plein cadre. Une manière amusante de mieux connaître les trésors de notre cinéma et les beautés qu'il célèbre.

Québec plein cadre, Canal Évasion, jeudi à 20h30, en rediffusion dimanche à 20h30

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