La soirée électorale à la télévision - Des émotions fortes au petit écran

Quelle soirée! On a rarement connu un tel suspense électoral sur nos ondes, et lorsque l'ADQ a pour la première fois pris la deuxième place hier, vers 20h30, dépassant le PQ, Bernard Derome et Pierre Duchesne n'en revenaient pas à Radio-Canada.

Ils n'avaient encore rien vu. Dans les minutes qui suivaient, l'ADQ prenait la première place, et Radio-Canada pouvait confirmer autour de 21h que le prochain gouvernement serait minoritaire... tout en étant incapable de nommer le parti victorieux.

Une quarantaine de minutes plus tard, Marie-France Bazzo, à Télé-Québec, constatait qu'il faisait «une chaleur d'enfer» dans son studio. «Pour une première expérience, nous sommes servis!», lançait-elle.

Ce n'est qu'à 22h5 que Radio-Canada a officiellement déclaré que, «si la tendance se maintient», le gouvernement sera libéral minoritaire... sans qu'on sache qui va alors former l'opposition officielle.

Le téléspectateur a lui aussi passé par toute la gamme des émotions. Pendant près de 15 minutes, un candidat du Parti vert a mené dans Laviolette, et pendant quelques minutes supplémentaires, Amir Khadir, de Québec solidaire, semblait vouloir prendre la tête dans son comté montréalais. Mais c'est vraiment l'incroyable poussée de l'ADQ qui ont laissé les commentateurs bouche bée tout au long de la soirée.

Tous les réseaux francophones étaient de la partie, mais avec des moyens très différents. Si Radio-Canada présentait un petit bilan de campagne dès 19h40, et si TVA entrait en ondes à 20h avec le tandem Charron-Bruneau aux commandes, TQS n'a pas voulu retirer des ondes sa seule émission-vedette, Bob Gratton, choisissant plutôt d'entrer en ondes à 21h30 avec Jean-Luc Mongrain.

Radio-Canada avait prévu en studio un panel de 26 citoyens ordinaires qui a peu été utilisé, puisque les chefs d'antenne privilégiaient avant tout la présentation des résultats, qui changeaient constamment.

Mais la palme de l'originalité revient sûrement à Télé-Québec. Ne disposant d'aucun service d'information, la chaîne éducative et culturelle présentait tout de même une soirée électorale complète animée par Marie-France Bazzo, avec les chroniqueurs habituels de Bazzo.tv, qui suivaient la soirée en consultant frénétiquement leur ordinateur portable. Pierre Thibault avait sorti sa cravate et son veston noir pour livrer les résultats, JiCi Lauzon était installé dans son sofa pour regarder ce qu'il y avait d'autre à la télévision (mais on doute que beaucoup de Québécois se soient rués hier sur les chaînes spécialisées... ), et le comédien Martin Larocque proposait des «résultats culinaires», avec un gâteau découpé en 125 morceaux qu'il crémait de la couleur de parti qui avait remporté le comté au fur et à mesure que la soirée avançait. On avait même prévu des bonshommes en pain d'épice représentant chaque chef.

La soirée a commencé à Radio-Canada à 19h25 par un clin d'oeil humoristique de 15 minutes de Gérard D. Laflaque. Et Dieu créa Laflaque est une émission qui a beaucoup profité le dimanche soir de l'actuelle campagne électorale depuis un mois, attirant des auditoires se situant autour d'un million de téléspectateurs.

Hier soir, dans cette petite édition spéciale, les marionnettes en trois dimensions de Serge Chapleau ont égratigné chacun des chefs, le tout se terminant par un étonnant échange entre Gérard D. Laflaque et Bernard Derome, le premier passant le flambeau au deuxième.

Par ailleurs, on a beaucoup écrit depuis un mois sur l'utilisation d'Internet par les partis politiques et sur l'importance des blogues et des forums de discussion. La soirée d'hier donnait lieu à une intense activité sur la grande Toile, alors que tous les sites des grands médias proposaient des résultats en ligne. Plusieurs blogueurs commentaient les résultats sur leur blogue en temps réel, et certains d'entre eux s'étaient réunis dans un bar du centre-ville de Montréal, avec leur ordinateur, pour suivre la soirée sur grand écran et commenter sur leurs blogues respectifs.

Enfin, au moment de mettre sous presse, la déclaration la plus amusante de la soirée revenait sûrement à Bernard Derome qui, en accueillant son panel d'analystes politiques à 22h, a lancé: «Vous connaissez la question... ben répondez-y.» Les commentateurs ont prouvé qu'ils pouvaient livrer des réponses sans disposer d'aucune question réelle!
4 commentaires
  • Franklin Assoumou N. - Inscrit 27 mars 2007 01 h 11

    Bourde de Radio-Canada!

    Je crois que Radio-Canada a fait preuve d'amateurisme en déclarant Charest perdant pendant au moins 45 min avant de se faire ramener à l'ordre par les vrais résultats. À vouloir trop être les premiers à annoncer les gagnants, Radio-Canada a fait preuve d'un manque de jugement flagrant pour les élections dans Sherbrooke. Pourtant, on sait que le dépouillement dans Sherbrooke est toujours comme ça et qu'il faut attendre presqu'à la fin pour connaître le gagnant (les dernières boîtes à être dépouillées sont souvent dans les zones plus favorable à Charest).

    En contrepartie, Paul Larocque de TVA a fait un travail excellent dans le comté de Sherbrooke en rappelant constamment à ses collègues de faire attention de ne pas déclarer Charest perdant, car il y avait encore des votes non dépouillés et la possibilité de gain de Charest. TVA a attendu à la dernière minute pour finalement annoncer la victoire de Charest avec plus de 1000 voix! C'est quand même incroyable que Radio-Canada se soit entêtée à analyser la défaite de Charest sans vérifier l'information plus près du comptage! Et surtout, je le répète, ce n'était pas la première fois que c'est le cas à Sherbrooke! La question qu'on se pose maintenant: certaines personnes de Radio-Canada étaient-elles si heureuses d'annoncer la défaite de Charest qu'elles ont oublié de faire leur travail comme il faut?

  • Michelle Bergeron - Inscrit 27 mars 2007 05 h 38

    «Vous connaissez la question...

    Bien évident comme les médias ont menés la campagne alors Bernard Derome a remit entre les mains de nos grands démocrasses cette phrase qui bien dites et les réponses sont venues comme d'habitude parler pour parler rien de sérieux. On livre toujours des réponses même sans question. Bravo M. Derome! Pensez-vous qu'ils ont compris?

  • Christian Montmarquette - Abonné 27 mars 2007 07 h 33

    Le Parti vert se tire dans le pied

    Par Christian Montmarquette
    Membre fondateur de Québec solidaire

    Montréal, le mardi 27 mars 2007

    Les derniers sondages avaient pourtant clairement démontré que les deux principales circonscriptions électorales, Gouin et Mercier, où des écologistes de gauche de Québec solidaire avaient les meilleures chances de faire élire des députés, qui portaient, et de loin, parmi les meilleures plateformes environnementales selon l'organisme Greenpeace, se sont fait hier concurrencer par deux des candidats du Parti vert du Québec.

    Dans le circonscription de Mercier, le candidat Vert, Sylvain Valiquette, a réussi a rafler plus de 2398 des voix (8,48 %) contre Amir Khadir qui de son côté a obtenu la seconde place avec un résultat historique frôlant les 30% des votes pour la gauche souverainiste de Québec solidaire avec 8 303 voix, pour un résultat exact de (29,38%) du suffrage pour QS dans Mercier.

    Pour 1123 votes de plus...

    La majorité obtenue pour faire vaincre le député sortant péquiste Daniel Turp ayant été de seulement 1123 voix, il n'aurait donc suffit que de moins de la moitié des votes obtenus par le candidat Vert Sylvain Valiquette, pour faire vaincre Amir Khadir, porte-parole national de Québec solidaire.

    Tous les sondages avaient pourtant été extrêmement clairs sur les pourcentages des intensions de vote en faveur de Québec solidaire dans les circonscriptions de Gouin et Mercier et prédisaient des résultats record de plus de 27% du suffrage.

    Se réclamant du pragmatisme, contre toutes attentes, Scott McKay, chef du Parti vert du Québec, qui avait pourtant maintes fois affirmé surtout vouloir profiter de la période électorale pour attirer l'attention des citoyens sur les enjeux environnementaux et ne se faire aucune illusions sur une réelle possibilité d'un gain électoral, se retrouve aujourd'hui dans une flagrante contradiction.

    Au péril de faire perdre le plus crédible des candidats écologiste Amir Khadir, le Parti vert, comme on le sait, s'est tout de même entêté à présenter des candidatures contre le meilleur joueur de Québec solidaire dans la circonscription de Mercier.

    Il est donc aujourd'hui assez pathétique de constater le vote écologiste s'être ainsi divisé, puisque Québec solidaire avait pourtant reçu une note exemplaire de 90 % de la part de Greenpeace pour la qualité de sa plateforme environnementale.

    Peut-on en conclure que le soi-disant pragmatisme du Parti vert se soit subitement fait pollué par un vent d'électoralisme... À moins que la période électorale ne soit la période par excellence pour révéler les véritables intensions du Parti vert, qui prônent l'écologie d'une main, mais qui dans les faits, ouvre le tir de l'autre sur le meilleur joueur écologiste qui aurait eu une véritable chance de se faire entendre à l'Assemblée nationale...

    J'en conclue pour ma part que les intensions réelles du Parti vert n'étaient finalement pas du prétendu angélisme de faire progresser le discours sur la protection de l'environnement, mais une recherche bien quelconque de prêcher pour sa petite paroisse et d'un intéressé cumul des votes, et cela, au mépris d'un gain écologiste réel au plan politique.

    Notons que Québec solidaire avait reçu l'appui de nombreux artistes renommés du Québec, dont le chanteur et cinéaste Richard Desjardins un militant écologiste notoire et ainsi que celui de plusieurs autres.

    Liste d'appuis des artistes à Québec solidaire :

    Richard Desjardins, Luck Mervil, Paul Amarani, France Castel, Yvon Deschamps, Judi Richard, Johanne Fontaine, Karen Young, Christian Vanasse des Zapartistes et Yves Lambert, fondateur du groupe « La Bottine souriante».


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  • charles tardif - Inscrit 27 mars 2007 20 h 12

    Le Parti Vert se tire dans le pieds et QS tire sur le PQ !

    M. Montmarquette je souscris à votre analyse sur la division des votes verts et QS...Toutefois si on est un brin rigoureux intellectuellement on arrive au constat identique dans plusieurs circonscriptions que le PQ a perdu de justesse.La gauche qui se divise pour laisser le champ libre au (pseudo)démon de la (pseudo)droite....Cela ne vous semble pas contreproductif et en flagrante contradiction avec ce que vous reprochez aux Verts ?

    Si QS a le droit d'exister et de faire mal au PQ, Pourquoi les Verts,eux, non pas ce droit ?

    P.S. en passant vous avez perdu 2 comtés mais fait perdre un gouvernement minoritaire au PQ. Qui se tire dans le pieds ?