Le Livre noir du Canada anglais, tome 2 - Normand Lester règle ses comptes

Québec - La société canadienne-anglaise est dépeinte comme étant raciste et esclavagiste. Et Radio-Canada n'est pas en reste!

Le Livre noir du Canada anglais, qui a valu à son auteur, le journaliste Normand Lester, sa suspension de Radio-Canada suivie de sa démission il y a près d'un an après 35 ans de «loyaux» services, s'est vendu à plus de 50 000 exemplaires, un succès de librairie qui tient du phénomène. Le tome 2 de ce que l'auteur appelle une enquête mais qui est en fait une collection de faits historiques avérés, émaillée d'affirmations qui relèvent du pamphlet, vient de paraître. Comme la formule a fait florès, Normand Lester nous promet déjà une suite.

C'est pour répondre à la vision édulcorée de l'histoire du Canada que livrent Les Minutes du patrimoine, ces capsules télévisuelles produites par l'Information essentielle, une entreprise de Robert-Guy Scully, que Normand Lester a écrit son best-seller Le Livre noir du Canada anglais. C'est aussi pour répliquer à la campagne de dénigrement du Québec au Canada anglais après 1995, quand les Québécois francophones étaient dépeints comme «racistes, xénophobes et intolérants», rappelle le journaliste au cours d'une entrevue accordée au Devoir.

Le Livre noir du Canada anglais 2, comme l'ouvrage qui l'a précédé, tente de démontrer que «les gens qui nous lancent des pierres habitent dans une maison de verre». L'objectif que poursuit Normand Lester, c'est d'illustrer jusqu'à quel point les Canadiens anglais protestants, tout au long de l'histoire canadienne, se sont montrés «intolérants envers toutes les minorités raciales, ethniques et culturelles qui existaient au Canada».

Normand Lester en profite pour régler ses comptes avec son ancien employeur, Radio-Canada. Il cite l'ombudsman de la SRC, Mario Cardinal, qui s'étonne qu'on puisse utiliser la notion de «consensus populaire» qui existe au sein de la société canadienne anglaise pour expliquer que CBC ait nettement favoriser le clan du NON dans sa couverture du référendum de 1995. Radio-Canada est bien mal placée pour l'accuser de manquer d'objectivité, comme la société l'a fait lors de sa suspension, fait valoir le journaliste.

Normand Lester croit avoir pris son ex-patron Jean Pelletier en défaut. Il publie un extrait d'une lettre de ce dernier destinée à une téléspectatrice qui se plaignait de la partialité de Radio-Canada en faveur du Parti québécois et de Lucien Bouchard lors des élections de 1998. Soulignant qu'après l'élection M. Bouchard a repoussé aux calendes grecques la tenue d'un référendum, Jean Pelletier écrit: «D'aucuns estiment que la sagesse a prévalu. Nous croyons y être pour quelque chose.»

«Vous avez bien lu! Le directeur des nouvelles télévisées de Radio-Canada, Jean Pelletier, est fier de souligner que son service est en partie responsable des piètres résultats du PQ, qui ont obligé Lucien Bouchard à repousser la tenue d'un référendum», écrit l'auteur.

«C'est du délire», répond M. Pelletier quand il est joint par Le Devoir. Normand Lester ne tient pas compte du contenu de la lettre qui fait état des efforts que Radio-Canada a déployés pour assurer la plus grande objectivité possible à sa couverture de cette élection, se défend Jean Pelletier.

Citant nombre d'historiens, canadiens-anglais surtout, Normand Lester, qui s'est penché dans son premier ouvrage sur le sort réservé aux Canadiens français et aux juifs, traite de l'esclavage auquel furent soumis les Noirs jusqu'au début du XIXe en Ontario et dans les Maritimes. «La moitié des députés du Haut-Canada était des maîtres esclavagistes», soutient-il. La ségrégation raciale envers les Noirs a existé dans les écoles ontariennes jusque dans les années 50, fait-il observer. Il est donc faux de prétendre que les esclaves noirs affranchis en provenance des États-Unis furent bien accueillis par les Canadiens anglais.

Florissant en Saskatchewan, le Ku Klux Klan s'est répandu en Ontario et en Alberta. Le KKK, qui menait une campagne anti-catholique et anti-français, était associé au Parti conservateur dans les années de la Dépression.

Dans un autre chapitre, Normand Lester relate l'extermination par les colons anglais établis à Terre-Neuve de tous les Béothuks, un peuple autochtone qui avait pourtant eu des relations pacifiques avec les Français et les Portugais.

Dans son livre, Normand Lester écrit que l'histoire du Canada est marquée par «la haine de la majorité anglophone à l'égard des Canadiens français et des autres minorités». Les Chinois, qui ont commencé à s'établir en Colombie-Britannique en 1858, «ont été particulièrement visés par le racisme qui a caractérisé la politique d'immigration canadienne», avec, notamment, l'adoption du Chinese Immigration Act, une loi d'exclusion abrogée en 1947.

Normand Lester dénonce la complaisance des médias anglophones, du leader du NPD, Audrey MacLauchlin, et d'Adrienne Clarkson, notamment, à l'endroit des Warriors durant la crise d'Oka. «Ces criminels jouiront du soutien empressé du Canada anglais, de ses médias et de ses leaders d'opinions, et réussiront à démoniser la société québécoise aux yeux du monde entier», fait-il observer. L'opinion publique ontarienne n'a pourtant pas réagi quand un policier a abattu à la mitraillette un autochtone sans arme en 1995 à Stoney Point pour une autre histoire de cimetière amérindien, s'insurge-t-il. C'est d'ailleurs au Québec que les autochtones sont les mieux traités au Canada, souligne-t-il, en s'appuyant sur une démonstration faite par Robin Philpot.

Les Canadiens anglais occultent leur histoire, soutient Normand Lester, qui, paradoxalement, a puisé dans les écrits d'historiens canadiens-anglais pour rédiger son livre. Le traitement que réserve le Canada anglais à ses minorités a bien changé depuis les années 70, reconnaît-il. La seule cible qui reste aux Canadiens anglais, ce sont les Québécois francophones. «Avec la rectitude politique, c'est bien difficile de s'en prendre aux autres minorités comme on pouvait le faire avant les années 70. Maintenant on est les seuls contre qui ils peuvent manifester ouvertement leur ressentiment», estime l'auteur. Même ça, «c'est disparu parce qu'ils ont l'impression d'avoir écrasé définitivement le mouvement d'affirmation nationale au Québec».

Dans la mesure où les Québécois se comporteront comme une minorité comme les autres, à l'instar des Chinois, des Italiens, des Ukrainiens ou des Sikhs, ils ne seront plus inquiétés par la majorité. Mais à partir du moment où ils voudront se manifester comme peuple, le Canada anglais «montera aux barricades et fera preuve d'intolérance totale», prédit Normand Lester.

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