Crise au Fonds canadien de télévision - Les artisans de la télévision demandent une intervention gouvernementale d'urgence

Pour sauver la prochaine saison télévisuelle, les artisans de la télévision demandent une intervention d'urgence du gouvernement, afin que celui-ci consente un prêt sans intérêt au Fond canadien de télévision (FCT).

Ce prêt correspondrait au montant des sommes non versées par Vidéotron et Shaw, qui retiennent depuis quelques semaines leurs contributions obligatoires au FCT.

«Si cette situation n'est pas résolue d'ici deux semaines, la machine va péter, lance Claire Samson, p.-d.g. de l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ). En février, le FCT doit absolument déterminer le montant des enveloppes disponibles pour les émissions.»

Mme Samson soutient que le FCT est menacé de perdre 60 % de son financement. Mais ce chiffre est un peu confus: on croit comprendre que ce serait l'impact du retrait éventuel des contributions de tous les distributeurs, câble et satellite.

Le fonds est doté d'un budget de 250 millions, dont 100 millions proviennent du gouvernement et 150 millions des distributeurs, qui sont tenus de verser un pourcentage de leurs profits au FCT, selon la réglementation du CRTC. Vidéotron (Quebecor) verse annuellement 14 ou 15 millions. Selon le producteur Jacquelin Bouchard, Shaw verse de 35 à 40 millions.

L'APFTQ accusait hier Quebecor et Shaw de prendre en otage toute l'industrie, et sa prise de position publique était appuyée par l'Union des artistes, l'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son, l'Association des réalisateurs du Québec et les deux sociétés d'auteurs et de compositeurs, la SARTEC et la SPACQ.

«Vidéotron et Shaw se comportent en mauvais citoyens corporatifs, et c'est un coup de force irresponsable», déclare Michel Berthiaume, porte-parole des réalisateurs.

Quant au nouveau président non élu de l'Union des artistes, Raymond Legault, il rappelle que la contribution de Vidéotron au FCT représente à peine 0,006 % des revenus de Quebecor. «Cela ne justifie aucunement que l'entreprise défie la loi», dit-il.

Quebecor justifie sa cessation de paiement en expliquant, entre autres, qu'il ne veut plus contribuer au financement des émissions de Radio-Canada (37 % du budget du fonds est réservé d'avance à Radio-Canada). Les représentants des associations ont refusé hier de s'engager dans une discussion sur la pertinence de réserver 37 % à la télévision publique. «C'est une décision gouvernementale, explique Claire Samson, et tout le monde respecte les règles. Si on veut changer ça, on peut en débattre, mais pas en prenant toute l'industrie en otage».

«En agissant avec autant de férocité, ajoute-t-elle, il semble évident que le plan de Quebecor est d'affaiblir Radio-Canada le plus possible, d'aller récupérer le plus de financement public possible pour ses émissions et de faire en sorte qu'il y ait de plus en plus de productions maison dont il pourra négocier les droits. À partir du moment où Radio-Canada est affaiblie, de même que l'industrie de la production indépendante, ça va être plus facile de négocier avec les ayants droit, auteurs et comédiens.»

Les associations pressent également le CRTC d'informer immédiatement Quebecor et Shaw qu'il devra prendre toutes les dispositions pour faire respecter sa réglementation, y compris l'imposition de sanctions s'il y a lieu.

Il semble de plus en plus évident que seule une intervention politique pourra régler cette crise. En attendant, à la sortie de la conférence de presse des associations hier, Jean-René Dufort attendait les participants avec une série de robes utilisées par Julie Snyder (la conjointe de Pierre-Karl Péladeau, patron de Quebecor) dans différentes émissions. Jean-René Dufort tentait de mettre les robes en vente pour financer son émission Infoman, qui est menacée par la crise actuelle...
1 commentaire
  • Sylvie Provost - Inscrite 7 février 2007 06 h 07

    Pas d'accord? On arrête de payer...

    Je ne suis pas d'accord que le Canada envoie des soldats en Irak. J'arrête de payer mes impôts?
    Je ne suis pas d'accord avec la décision de ma municipalité de hausser les taxes: je cesse de payer mes taxes municipales?
    Je ne suis pas d'accord avec une hausse de tarifs d'électricité: je cesse de payer mes comptes mais je consomme quand même?
    Videotron est au dessus des lois?
    Tout ça parce que Videotron et son grand patron veulent faire plus d'argent. Et qui va payer au bout de la ligne? Le consommateur payeur de taxes qui ne peut pas ne pas les payer pour protester. Est-ce que les abonnés de Videotron peuvent cesser de payer leur compte parce qu'ils ne sont pas d'accord avec Videotron? Entre vous et moi, ils seront bien vite débranchés!