À voir à la télévision le mardi 6 février - La belle est la bête

Paul Schrader (American Gigolo, Auto Focus) n'avait aucun scrupule à claironner sa tiède admiration pour Cat People (1942), de Jacques Tourneur. Le remake qu'il va réaliser en 1982 en porte pourtant quelques griffes, mais les amateurs de gore et de série B restèrent sur leur appétit. Seuls les admirateurs de la jeune Nastassja Kinski en ont toujours plein la vue; en plus d'interpréter un personnage aux extrêmes limites de l'absurde, elle s'abandonne complètement au regard de Schrader, le plus souvent dénudée.

Ses yeux perçants, sa démarche discrètement aguichante, et surtout l'excitation qu'elle provoque (chez les chiens autant que chez les hommes... ) finissent par convaincre Irena (Kinski) de sa différence, qu'elle arrive mal à décrire. Ce sont les retrouvailles avec son frère Paul (Malcolm McDowell) à La Nouvelle-Orléans qui lui révèlent peu à peu le secret de ses origines, et de son malaise: à l'atteinte de l'orgasme, elle peut se transformer en redoutable félin. C'est d'ailleurs ce qui se produit chaque fois pour Paul, terrorisant la ville qui, du moins avant l'ouragan Katrina, n'en était pas à une superstition près. Cette révélation complique les amours d'Irena avec Oliver (John Heard), le directeur du zoo, d'autant plus que la jalousie de Paul va grandissant, convaincu que c'est avec son frère qu'elle doit partager son lit, et sa vie. C'est aussi pourquoi Irena protège jalousement sa virginité.

Nullement soucieux de décrire dans ses détails les plus sordides les transformations spectaculaires de ces étranges félins, Paul Schrader s'intéresse plutôt aux questions morales — rien de surprenant chez le scénariste de Taxi Driver, élevé dans la religion calviniste... —, dont celle de l'inceste. Ses personnages semblent tous avoir le diable au corps mais possèdent aussi la conscience douloureuse que les plaisirs de l'amour peuvent les mener à la mort. Mais à La Nouvelle-Orléans, on a depuis longtemps l'habitude de danser sur les tombes...

Cinéma / La Féline, Artv, 19h30