Télévision - Rien au monde n'est plus gros...

En principe, aucune discussion ne doit transpirer d'un vestiaire, mais les bons reporters arrivent toujours à se dénicher des espions. Aussi a-t-on pu apprendre, dans Sports Illustrated, ce qui s'était passé dans la chambre des Colts d'Indianapolis à la mi-temps du match de championnat de l'Association américaine de la NFL, le 21 janvier dernier.

L'entraîneur-chef des Colts, Tony Dungy, a pris la parole devant ses joueurs. «Je vous le dis, c'est notre match, a-t-il insisté. Notre moment est venu.» Cela aurait pu passer pour de l'optimisme excessif, pour une négation presque ridicule de la réalité: après tout, les Patriots de la Nouvelle-Angleterre menaient alors 21-6, ils dominaient complètement le jeu et la voie vers une nouvelle déconvenue de Dungy et de son quart-arrière vedette, Peyton Manning — ces «incapables de gagner le gros match» —, semblait grande ouverte.

Mais les joueurs des Colts assurent avoir cru leur patron. Et on sait ce qui s'est produit par la suite. L'attaque d'Indianapolis, habituée à jouer les rouleaux compresseurs, s'est ajustée. Elle a ajouté 32 points, pendant que la défense tenait le coup juste ce qu'il fallait pour décrocher une victoire in extremis de 38-34. La plus grosse remontée de l'histoire dans les circonstances. Et à la clé, le rendez-vous tant attendu du Super Bowl, où un clin d'oeil du destin fera en sorte de mettre aux prises les deux premiers entraîneurs-chefs noirs à accéder au match ultime, Dungy et son ami et ancien adjoint chez les Buccaneers, Lovie Smith, des Bears de Chicago.

Cela étant, aussi puissante que fût la satisfaction d'avoir enfin dompté leurs démons des séries, aussi cruelle serait la désillusion s'il fallait que les Colts laissent échapper ce Super Bowl XLI, qui aura lieu dimanche soir à Miami et pour lequel ils sont donnés largement favoris par à peu près tout le monde qui ne vient pas de Chicago. Comme le disait Manning lui-même, «nous n'avons encore rien gagné», et l'étiquette de «meilleur quart de tous les temps sans bague de championnat», actuellement détenue par Dan Marino, continue de dresser sa hideuse silhouette au-dessus de sa tête de surdoué du football américain.

Mais qui dit favoris — les preneurs aux livres de Vegas concèdent un avantage d'un touché transformé aux Colts — ne dit pas nécessairement promenade dans le parc au crépuscule floridien. En face, les Bears présentent la meilleure défensive de l'Association nationale, et l'une des cinq meilleures de la ligue, menée par le terrible secondeur intérieur Brian Urlacher. Et si leur attaque paraît vulnérable, surtout s'ils se retrouvent en déficit important tôt dans le match, si on évoque souvent le talent du quart Rex Grossman avec un sourire en coin en forme de point d'interrogation (ou quelque chose du genre), il reste que Grossman a connu ses moments de grâce cette saison et qu'il lui suffirait d'être bien luné dimanche pour qu'on ait un match, avec une défense d'Indianapolis elle aussi vulnérable et qui a joué au-dessus de sa tête en séries.

Et pour ce qui est de voir, il y aura du monde, car rien n'est plus gros que ça. Encore une fois, selon des données rigoureusement scientifiques, des centaines de millions de milliards de citoyens disséminés à travers l'univers connu et inconnu assisteront à la rencontre en direct à la télévision. Aux États-Unis, note par ailleurs

le site officiel du Super Bowl, une réunion entre copains comprend en moyenne 17 personnes. Et il estimé que les livreurs de la chaîne Domino's Pizza parcourront 6,4 millions de kilomètres dans la journée de dimanche. Sérieux.

Quant aux publicités originales qui témoignent de toute la richesse du génie humain quand il s'agit de faire vendre des bébelles, elles seront de nouveau inaccessibles aux téléspectateurs canadiens à moins que ceux-ci ne disposent d'une réception satellitaire. Mais les ahurissants progrès de la technologie aidant, on peut parier qu'elles ne tarderont pas à se retrouver toutes sur YouTube.

Précédé de plusieurs heures de commentaires de toutes sortes, le reportage du match proprement dit démarre à 18h. On vous en souhaite une palpitante.

Le 41e match du Super Bowl, RDS, CBS, Global, à 18h