Crise au Fonds canadien de télévision - Bev Oda plie devant les câblodistributeurs, selon les partis d'opposition

La ministre du Patrimoine, Bev Oda, est accusée par les partis d'opposition de plier devant les câblodistributeurs, qui proclament déjà la mort du Fonds canadien de télévision (FCT).

Le FCT, lui, tente de sauver les meubles, en empruntant sur la prochaine année financière pour boucler son budget.

La crise au FCT n'est vraiment pas prête de s'éteindre, et le Comité parlementaire du patrimoine à la Chambre des communes entend bientôt tenir des audiences de plusieurs jours sur le financement de l'industrie télévisuelle.

Hier, la ministre Oda rencontrait le conseil d'administration du FCT. À la suite de la rencontre, le FCT a fait savoir que «nous apprécions vivement l'intérêt personnel que la ministre accorde à ce dossier [...] Nous sommes convaincus que la ministre est déterminée à assurer la continuité du système de la production télévisuelle canadienne».

Le FCT tentait de montrer sa pleine collaboration, mais à Ottawa l'opposition s'en prenait vivement à la ministre, l'accusant de plier devant les câblodistributeurs, principalement Shaw et Vidéotron, qui refusent maintenant de verser leurs contributions obligatoires au FCT.

Ainsi, pour le Bloc québécois, la ministre a failli à ses responsabilités en ne réclamant pas que les câblodistributeurs remplissent leurs obligations financières. Pour le Bloc, il est «sans doute opportun» de revoir le fonctionnement du fonds, «mais toute modification doit attendre que les acteurs aient d'abord rempli leurs obligations. Une ministre ne devrait jamais encourager des citoyens, corporatifs ou non, à ne pas respecter la loi».

La crise semble d'autant plus profonde que le vice-président aux affaires commerciales de Shaw, Ken Stein, a confié hier à un bulletin spécialisé qui s'adresse aux membres de l'industrie que le FCT est mort. «Le FCT ne peut pas être réparé. Il est mort. Fini. Disparu», a-t-il déclaré, selon la Presse canadienne.

Le représentant de Shaw participait mardi à une rencontre avec la ministre, en compagnie des autres bailleurs de fonds du FCT. À la suite de cette rencontre, la ministre Oda avait déclaré, dans un communiqué: «J'ai compris que le FCT crée des préoccupations depuis plusieurs années. Les préoccupations de certains des bailleurs de fonds du secteur privé n'ont pas été suffisamment prises en compte.» La ministre s'engageait alors à transmettre au président du FCT les préoccupations des protestataires.

L'attitude de la ministre Oda est ambiguë puisque, tout en semblant porter une oreille attentive à Shaw et Vidéotron, elle annonçait il y a quelques jours qu'elle renouvelait le budget du fonds pour les deux prochaines années, malgré la crise. Le gouvernement verse 100 millions par année à ce fonds, et les distributeurs de signaux télévisuels, câble et satellite, 150 millions. Le retrait des paiements par Shaw et Vidéotron entraîne un manque à gagner d'au moins 60 millions.

Le FCT, lui, a confirmé qu'il maintenait son appui à toutes les productions admissibles pour l'exercice financier se terminant en mars, mais pour ce faire il devra emprunter sur le budget de l'année suivante.

Par ailleurs, la guerre des mots se poursuivait hier, alors que Luc Lavoie, vice-président de Quebecor, déclarait à La Presse qu'il n'entendait pas «descendre dans les égouts» pour répondre à Radio-Canada. La veille, le vice-président aux services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, avait déclaré au Devoir que le patron de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, se comportait en «voyou» dans toute cette histoire.

Enfin, les producteurs d'émissions eux-mêmes, plutôt silencieux depuis le début de cette crise, ont fait savoir qu'ils entendaient réagir en début de semaine prochaine, par l'entremise de leur association québécoise.