À voir à la télévision le dimanche 19 novembre - Sexe, mensonges et drôles de vidéo

Une journée sans sexe est une journée perdue, du moins pour Bob Crane, qui en a fait, pour son plus grand malheur, sa devise. Dans les années 1960, il était la vedette d'une sitcom, ou plutôt d'une «Holocaust comedy», Hogan's Heroes. Ce fut la gloire instantanée pour cet animateur de radio devenu comédien, jusque-là bon catholique et bon père de famille.

Sa longue déchéance ne pouvait que fasciner Paul Schrader, car le scénariste de Taxi Driver et le réalisateur de Mishima et de Patty Hearst aime montrer de l'Amérique son versant le plus sombre, le plus immoral.

Dans Auto Focus (2002), la sexualité est partout présente, mais Schrader ne l'utilise jamais à des fins racoleuses: rien ne semble plus triste que les parties de jambes en l'air que multiplient Crane (Greg Kinnear, plus près de la vérité du personnage que de la simple imitation) et son complice de partouze, John Carpenter (Willem Dafoe et sa nouvelle variation du démon pervers). Cet employé de Sony a convaincu l'acteur de filmer leurs «sexcapades», profitant de la souplesse d'une nouvelle technologie, celle de la vidéo. Crane, grisé par sa facilité à séduire les filles en usant de son statut de vedette du petit écran, ne se faisait pas prier...

Or cette histoire, tristement authentique, illustre le cauchemar d'un homme obsédé, ruinant deux mariages ainsi que sa carrière pour satisfaire son appétit sexuel gargantuesque. Même selon les normes très élastiques, et surtout très libérales, d'Hollywood, on considérait que Crane dépassait les bornes. La fin de Hogan's Heroes allait précipiter sa chute, mais Schrader expose surtout, et dans les moindres détails, sa relation avec Carpenter, un homme dont l'amitié pour Crane n'avait rien de chaste et de pur... Et même si la justice l'a déclaré non coupable, des doutes subsistent encore sur

sa responsabilité dans l'assassinat de Crane, trouvé mort dans un motel de l'Arizona en 1978.

Cinéma / Auto Focus, TVA, 22h30