Télévision - Une autre chance pour les Alouettes

Disons les choses comme elles sont, c'est pratiquement devenu une habitude que de voir les Alouettes de Montréal prendre part au match de la coupe Grey. Dimanche à Winnipeg, à l'occasion de la 94e reprise de la classique de novembre, les Oiseaux en seront à une cinquième présence en sept ans. Ce qui est moins habituel, cependant, c'est de les voir gagner: une seule conquête au tableau, en 2002, à laquelle on ajoutera pour la postérité une cruelle défaite en prolongation, subie l'an dernier, face aux Eskimos d'Edmonton dans ce qui fut peut-être la finale la plus excitante et débridée de l'histoire.

Autre élément à signaler: ces dernières années, les Alouettes ont montré une fâcheuse tendance à connaître des calendriers réguliers étincelants puis à éprouver des difficultés à s'imposer en séries. Et cette saison, on semblait se diriger vers un scénario semblable, du moins en ce qui concerne les matchs réguliers. Vous en souvient-il, ils avaient remporté chacune de leurs sept premières rencontres — on oubliait commodément que c'était le plus souvent contre les puissances de Hamilton et de Winnipeg —, et plusieurs rêvaient tout haut de saison parfaite. Puis la dégringolade a commencé, se transformant en séquence de trois gains seulement en 11 matchs et provoquant au passage la «démission» pour «raisons de santé» de l'entraîneur-chef Don Matthews et son remplacement par le directeur général Jim Popp. Résultat, à 10-8, les Alouettes sont parvenus, quoique par la peau des dents, à remporter le championnat de leur section et ont obtenu de disputer à la maison la finale de l'Est dimanche dernier, mais ce n'est pas un très gros club qui se présentera à la coupe Grey.

En face, il y a les Lions de la Colombie-Britannique. Équipe de pointe de la LCF en 2006 avec un dossier de 13-5. Menés à l'attaque par Dave Dickenson, sans contredit le meilleur quart arrière du circuit. N'ont fait qu'une demi-bouchée des Roughriders de la Saskatchewan en finale de l'Ouest. Ont passé deux fois de suite les Alouettes à la moulinette cette saison, 48-13 à Montréal et 36-20 à Vancouver. Ont été établis favoris par sept points, au moment d'écrire ces lignes, pour décrocher le titre dimanche.

On serait donc tenté d'annoncer un match plus ou moins à sens unique, d'autant plus que l'atmosphère n'est pas au beau fixe dans le camp montréalais. Mais ce pourrait être une grave erreur, si si, aussi bien que vous en soyez prévenus. Parce que les impondérables sont innombrables au football canadien. Le jeu ouvert à l'excès. Les revirements. La multitude de poussées de dernière minute. Le travail pas vraiment régulier des arbitres. Le temps.

Oui, le temps, au sens de conditions climatiques. Car s'il est un truc qui différencie le Super Bowl, mettons, de la coupe Grey, c'est que le premier est systématiquement présenté dans le Sud, ou dans un stade couvert, pour un effet météorologique se rapprochant le plus possible de zéro. Au Canada, on laisse plutôt aux éléments la possibilité de jouer un rôle déterminant (non pas qu'on ait vraiment le choix, n'est-ce pas, à moins de présenter tous les matchs au Stade olympique, au SkyDome ou au B.C. Place; pour le Sud, c'est plutôt mal barré). Au fil des décennies, cette acceptation des circonstances a eu l'effet de donner des matchs de championnat aux innombrables péripéties qui ont à leur tour engendré des surnoms pittoresques, tous liés au temps. N'a-t-on pas eu un «Mud Bowl» en 1950, un «Fog Bowl» en 1962 — il y avait tellement de brouillard que le match avait dû être terminé le lundi —, le «Wind Bowl» en 1965, le «Ice Bowl» en 1977, le «Rain Bowl» en 1982, un autre «Wind Bowl» en 1995, et le «Snow Bowl» en 1996?

Or qui peut se fier au temps qu'il fera à Winnipeg un 19 novembre, je vous le demande un peu? En somme, comme disait le poète en manque d'inspiration, tout peut arriver. Tout. Y compris son contraire.

Le 94e match de la coupe Grey. RDS, CBC, le match débute à 18h