Deux journalistes congédiés songent à poursuivre Quebecor

Les deux journalistes du Journal de Sherbrooke congédiés cette semaine pour avoir publié un article qui mettait en doute la capacité du premier ministre Jean Charest de s'offrir deux luxueuses résidences pourraient intenter des recours contre Quebecor, leur ancien employeur, alors que l'entreprise réplique que le dossier est clos.

Les deux ex-employés, Alain Bérubé et Pascal Morin, ont rencontré hier l'avocat Guy Bertrand pour évaluer les mesures à adopter. «À première vue, je ne vois pas de cause de congédiement», a par la suite fait valoir Me Bertrand, ajoutant que Quebecor aurait dû se contenter de réprimander ses journalistes, si nécessaire. Il a notamment soutenu que «le texte a été accepté par la direction» du journal, que le premier ministre a pu offrir sa version des faits et que le sujet traité est «d'intérêt public». «On va sûrement demander leur réintégration», a-t-il précisé.

L'avocat voit d'ailleurs dans cette cause «une forme d'intimidation ou de censure, une façon de faire peur aux autres journalistes qui vont oser questionner les actifs du premier ministre». «Si une chose comme ça était arrivée dans un autre pays, on aurait parlé de censure», a-t-il souligné. Il juge d'ailleurs que si le texte avait traité «d'un citoyen ordinaire ou d'un député, les journalistes n'auraient jamais été congédiés», pas plus que s'ils avaient été syndiqués.

Pour Quebecor, le dossier est clos. Son vice-président aux affaires institutionnelles, Luc Lavoie, a expliqué hier que l'entreprise «ne tolérera jamais un manque de professionnalisme aussi flagrant, un amateurisme si déplorable et qui confine à la caricature». Elle s'est d'ailleurs rétractée dans l'édition d'hier du Journal de Sherbrooke, ce que M. Charest avait demandé.

Selon M. Lavoie, «lorsque la direction du journal avait été alertée que quelque chose comme ça était en branle, la directrice avait insisté pour que ça soit approuvé par elle avant la publication. Cette consigne n'a pas été respectée». Il n'a pas été possible de parler à cette directrice, Sarah Beaulieu, pour confirmer les informations hier.

La semaine dernière, le journaliste Alain Bérubé a signé un texte intitulé «Un pont d'or des fédéralistes pour Jean Charest?», un article mis en page par le chef de pupitre Pascal Morin. Il y reprenait pour l'essentiel un texte paru dans le journal au contenu éditorial Le Québécois, qui remettait en doute la possibilité pour M. Charest de s'offrir deux résidences valant au total plus de deux millions de dollars. On invoquait ainsi «un possible pont d'or de la part de fédéralistes» lorsqu'il a fait le saut en politique provinciale, en 1998. Le sujet se retrouvait en une du Journal de Sherbrooke, accompagné d'une photo représentant une résidence qui n'appartient pas à Jean Charest. On donnait aussi la version du premier ministre, qui qualifiait l'affaire de «tissu de mensonges».