Médias - Les contradictions de l'adoption à Enjeux

Une Montréalaise démunie incapable d'élever son enfant à naître part accoucher aux États-Unis parce qu'elle y a trouvé une famille pour adopter son bébé et qu'elle n'a pas le droit de «donner» son bébé au Québec.

Pendant ce temps un couple montréalais qui voudrait adopter un bébé québécois doit partir en Californie pour adopter un enfant américain, incapable de trouver satisfaction ici.

Ces deux histoires illustrent bien les contradictions de l'adoption au Québec, où il est impossible de procéder à un adoption privée, contrairement au reste du Canada et aux États-Unis.

L'émission Enjeux consacre toute son édition de ce soir à la question de l'adoption et il s'agit d'une édition fort intéressante, préparée par le journaliste Michel Vincent et le réalisateur Jean-Claude Le Floch.

Dans les années 50 les crèches, comme on les appelait, débordaient d'enfants qui avaient peine à trouver des familles pour les adopter. Et les filles-mères particulièrement étaient mises au ban de la société catholique de l'époque. Aujourd'hui c'est l'inverse: des familles tentent désespérément d'adopter des bébés au Québec, mais les possibilités sont rarissimes. Pour adopter un bébé québécois il faut se placer sur une liste d'attente de la DPJ (Direction de la Protection de la Jeunesse), un processus qui peut prendre dix ans.

Bon nombre de Québécois découragés se tournent alors vers l'adoption internationale. C'est plus rapide... mais très coûteux: il peut en coûter jusqu'à 25 000$ pour adopter une petite Chinoise.

Il existe une troisième voie, interdite au Québec mais permise ailleurs, celle des agences privées. Ces agences spécialisées mettent en contact des femmes enceintes et des parents adoptifs. Cette voie est suivie par un nombre grandissant de Québécois qui vont même aller jusqu'à déménager en Ontario pour avoir leur enfant, la loi québécoise interdisant cette situation.

L'émission de ce soir présente plusieurs témoignages dont celui d'une femme médecin montréalaise qui avoue essayer de mettre en contact des mères et des familles adoptives, mettant la DPJ devant le fait accompli, à la limite de la légalité.

Environ 900 enfants étrangers sont adoptés annuellement au Québec mais seulement une dizaine de bébés nés au Québec trouvent preneur, à cause de la complexité des lois et de la philosophie de la DPJ, qui consiste à faire le maximum pour conserver l'enfant dans son milieu biologique. En soulevant quelques contradictions dans le système cette édition d'Enjeux risque évidemment de faire débat.

Enjeux/Adoption mode d'emploi, ce soir à Radio-Canada, 21h.