Télévision - La poupée qui lisait

Source: Radio-Canada
Photo: Source: Radio-Canada

«Il était une fois une toute petite fille qui vivait en Russie dans une grande ville.» Ce sont les premiers mots de l'émission et l'enchantement est immédiat. Il faut dire qu'ils sont prononcés par la voix chantante et cristalline de Kim Yaroshevskaya, qui a enchanté toute une génération d'enfants dans les années 1960 avec Fanfreluche.

Depuis le tout début de septembre, Radio-Canada nous inonde d'émissions spéciales qui visent à célébrer son glorieux passé. La plupart sont bien faites, mais celle-ci est particulièrement touchante à cause de la personnalité chaleureuse de Mme Yaroshevskaya, qui s'y livre de façon inhabituelle.

Et il s'agit d'un plaidoyer exceptionnel pour la force du livre. «Souvent les gens me disent qu'ils n'avaient pas de livre chez eux lorsqu'ils étaient jeunes, raconte Kim Yaroshevskaya. Et c'est avec Fanfreluche qu'ils ont appris à être fascinés par les livres».

Trente ans plus tard, lorsqu'on aborde la comédienne dans les lectures publiques qu'elle continue à offrir, elle se fait régulièrement demander par des adultes pourtant bien informés comment elle faisait, à l'époque, pour entrer dans son grand livre...

La force du livre, c'est la petite Kim qui, dans son Moscou natal, recevait de son père les plus beaux cadeaux qu'il croyait lui donner, c'est-à-dire des livres. C'est le Don Quichotte qu'elle avait reçu, ne sachant pas lire mais s'inventant son propre Quichotte en admirant les gravures. C'est la découverte du Baron de Münchhausen, un des premiers livres qu'elle a pu lire seule, stupéfaite de constater à quel point il était possible d'être si drôle, si fou, si imaginatif.

Et c'est pendant des années une émission marquante, entièrement centrée sur le livre, l'histoire d'une poupée qui lit des livres, qui en fait la lecture, qui entre dans le livre pour en rencontrer les personnages, qui en détourne l'histoire, qui en imagine d'autres...

Une personnalité de feu

Pour comprendre Fanfreluche, il faut aussi comprendre d'où elle vient. Le personnage ne faisait pas partie du folklore russe. Il a été inventé à Montréal dans une petite troupe pour enfants que les patrons de la télévision naissante ont vue un jour, avant d'inviter les comédiens à créer ces personnages en ondes. Ce qui donna lieu à une première série, Fafouin, puis à La boîte à surprises, les personnages de La boîte obtenant ensuite leurs propres émissions, comme une géante gazeuse peut éclater et donner naissance à de nouvelles planètes.

Mais Kim Yaroshevskaya, elle, avait déjà un passé familial mouvementé. Petite fille adorée de ses parents, elle ne pouvait toutefois pas avoir de poupée, sa mère estimant qu'une fille ne devait pas jouer avec une poupée pour être forte.

Cette mère était un personnage exceptionnel en soi, «une personnalité de feu», de dire Kim Yaroshevskaya. Comme la grand-mère de Kim ne voulait pas que sa fille marie son amoureux, la mère de Kim a fait la grève de la faim pendant deux semaines pour convaincre l'aïeule! Cette femme dynamique et explosive part avec son nouveau mari à Pittsburgh, aux États-Unis. Les deux deviennent militants communistes. La mère de Kim devient même anarchiste et se fait jeter en prison. Renvoyée en Russie, elle participe avec ferveur à la révolution de 1917. Mais, rapidement, elle déchante et, sous Staline, son mari, le père de Kim, plutôt trotskiste, se fait bâillonner. C'est alors qu'elle décide de donner finalement à la petite Kim la poupée dont elle rêvait, une façon d'abandonner le militantisme. Je vous laisse découvrir la suite, bouleversante, avec les yeux rieurs de Kim Yaroshevskaya qui se voilent pour raconter comment cette femme forte a fini tragiquement sa vie. On trouve probablement une partie de l'esprit de cette femme dans la Fanfreluche créée plus tard par sa fille, une poupée assoiffée de justice qui, malgré sa crinoline et ses joues roses enfantines, haranguait les rois des contes pour les remettre à leur place.

Produite par Cine Qua Non et réalisée par Brigitte Nadeau, cette émission devrait évidemment séduire les admirateurs de Fanfreluche, mais les téléspectateurs plus jeunes pourront y trouver leur compte en faisant connaissance avec une femme vraiment bien.

Au pays de Fanfreluche,

le dimanche 20 octobre (demain), Radio-Canada, 19h30.

À voir en vidéo