À voir à la télévision le mardi 4 juillet - «Délocalisation humaine»

En Amérique du Nord, les humains n'ont toujours pas leur place dans les parcs nationaux, même si les lieux visés par les décrets de protection demeurent assez intéressants, après des siècles de cohabitation, pour qu'on y crée des parcs nationaux.

Nos pratiques nord-américaines découlent d'une vision de la nature où cette dernière se retrouve d'un côté, avec les espèces sauvages, et les humains, de l'autre. Cette philosophie nie un principe fondamental de l'écologie, soit que les humains sont depuis toujours en interaction, en équilibre ou en déséquilibre mais toujours en dynamique avec les populations animales et les écosystèmes. Et que les beaux mariages devraient être célébrés au lieu de déboucher sur des divorces forcés. L'histoire du parc fédéral de Forillon l'illustre mieux que tout.

Acheté par Québec à la suite d'une entente avec Ottawa, ce territoire habité depuis des générations par des pêcheurs surexploités sera finalement exproprié par Québec en 1970 et cédé à Ottawa en contravention des principes établis, quelques années plus tôt, par la commission Doyon sur l'intégrité du territoire québécois.

On avait promis aux gens de Forillon que le parc engendrerait la prospérité. Ceux-ci ont déchanté singulièrement quand Québec a adopté la loi d'expropriation qui a forcé leur relocalisation, un des nombreux exodes que connaîtront les populations de cette région à la même époque, mais pour cause de fermeture de villages jugés non viables.

Certains habitants de Forillon ont été relocalisés à Cap-des-Rosiers, d'autres ailleurs. Le document présenté à Radio-Canada retrace leur histoire, leurs angoisses, leur révolte ou leur résignation en raison de cette politique de «délocalisation humaine», pour employer un euphémisme à la mode. En de nombreux autres endroits dans le monde, y compris en Europe et en Asie, des territoires habités

se retrouvent à l'intérieur de parcs ou en bordure immédiate. Ils font la preuve avant la lettre que le développement de l'activité humaine peut parfois se marier avec des règles de conservation strictes, surtout lorsque celles-ci reflètent une cohabitation historique harmonieuse.
Tout le monde en parlait / Le parc Forillon, Radio-Canada, 19h30