À voir à la télé le lundi 14 octobre - Les chantres de l'indépendance

Il le précise une fois encore dans le passionnant documentaire de Jean-Claude Labrecque, comme si la chose ne pouvait se concevoir pour tant de Québécois: non, Pierre Bourgault n'est pas le fondateur du Rassemblement pour l'indépendance nationale, le RIN. La naissance de son ardente passion pour l'établissement d'une véritable nation québécoise hors du giron canadien, c'est à l'intellectuel André D'Allemagne qu'il la doit, alors que tout a commencé dans le salon de cet homme que les foules intimidaient.

À ces figures masculines au style et aux méthodes souvent différents s'est ajoutée une femme, Andrée Ferretti, tout aussi convaincue de la pertinence de ce projet révolutionnaire. Plus de 40 ans après les débuts de ce mouvement qui s'est sabordé pour laisser toute la marge de manoeuvre nécessaire au Parti québécois de René Lévesque — non sans blessures profondes —, ces trois visages importants du RIN revisitent leurs années folles de militantisme, leurs modestes triomphes (Bourgault n'est pas peu fier de l'émoi causé à Québec lors de la visite d'Élisabeth II en 1964), les tiraillements internes et autres querelles idéologiques.

Dans Le RIN, c'est toute une époque survoltée qui revit à travers les nombreuses images d'archives débusquées par ce grand mémorialiste qu'est Jean-Claude Labrecque. Tour à tour, ces militants de la première heure n'hésitent pas à exposer leurs différences et leurs différends, Bourgault se faisant comme à l'habitude le plus cinglant, surtout à l'endroit de Ferretti. De leurs propos se dégagent ici et là des pointes de nostalgie, mais aussi une analyse lucide sur l'importance du RIN dans l'évolution de la réflexion sur l'indépendance du Québec. Les convictions de ce trio quelque peu dépareillé (filmés séparément, détail révélateur... ) ne manqueront pas de faire frémir les défenseurs du statu quo constitutionnel; la foi qui anime encore Bourgault et Ferretti (D'Allemagne est décédé après le tournage) va inspirer ceux dont les convictions souverainistes sont en veilleuse ou sur le mode «dumontiste».

L'Îil ouvert: Le RIN

Télé-Québec, 21h