Télévision - L'arrivée des conservateurs n'inquiète pas trop les patrons de la SRC

Le grand patron des services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, ne semble pas craindre l'arrivée d'un gouvernement conservateur, mais il a insisté hier sur l'importance de maintenir un service public fort au pays.

«Il faut reconnaître la sagesse du système actuel», dit-il, un système basé sur l'existence d'un réseau de télévision public fort et d'un secteur privé qui se complètent.

Sylvain Lafrance était invité hier à un dîner-conférence de l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision, et c'était sa première grande sortie publique devant le gratin de l'industrie télévisuelle depuis sa nomination en novembre.

Sa conférence était présentée une heure après l'assermentation du nouveau gouvernement de Stephen Harper, que plusieurs soupçonnent de vouloir sabrer dans Radio-Canada/CBC. Commentant la nomination de Beverly Oda comme ministre du Patrimoine (et donc responsable de Radio-Canada), Sylvain Lafrance a indiqué: «Je n'ai pas de raisons, à ce stade-ci, de penser que les conservateurs seront plus durs ou moins durs avec Radio-Canada. Bev Oda, on la connaît bien, elle connaît l'industrie, elle a été commissaire au CRTC, ce n'est pas une source d'inquiétude».

Interrogé sur le fait que la ministre Oda ne parle pas français, Sylvain Lafrance a rétorqué qu'il n'était pas important de savoir «si elle aime ou n'aime pas Les Bougon. L'important, c'est qu'elle comprenne bien l'industrie et l'importance de la télévision publique».

Mais Sylvain Lafrance demeure conscient que Radio-Canada doit continuer à se battre pour affirmer son importance. «Nous avons toujours le fardeau de la preuve afin de montrer l'utilité du service public, dit-il. C'est un travail constant qui doit être fait auprès des parlementaires.»

L'année sera chargée pour Radio-Canada puisque l'entreprise doit se présenter l'automne prochain devant le CRTC pour renouveler l'ensemble de ses licences.

Dans l'immédiat, les principaux défis qui se posent à Radio-Canada, selon Sylvain Lafrance, sont de renforcer son mandat culturel, augmenter son impact en information, discuter de la place des régions, renouveler le secteur jeunesse, redéfinir la place du sport et améliorer l'image publique «en misant sur nos produits différents».

La télévision de Radio-Canada doit demeurer une chaîne généraliste grand public, dit-il, qui peut innover et prendre des risques, mais «ce serait une grave erreur d'en faire une télévision sectaire, spécialisée».

Par ailleurs, tous les services de Radio-Canada (la télévision, la radio, RDI, RCI international, le site Internet, etc.) doivent mieux travailler ensemble. Il faut développer «une véritable stratégie multi-plateformes», dit-il, et il faut mieux «jouer la promotion croisée» (entre les marques radio-canadiennes) et «la production croisée».

Pour augmenter l'impact des émissions d'information, il faut «mettre de l'avant de grands débats publics».

En ce qui concerne les émissions jeunesse, Radio-Canada entend proposer de nouveaux titres cet été, et amorcer cet automne le renouvellement des émissions jeunesse dans le cadre d'un plan de deux ans. Il est déjà acquis que la case-horaire de 16h ne sera plus consacrée aux émissions jeunesse.
1 commentaire
  • Claude L'Heureux - Abonné 7 février 2006 16 h 48

    ... débats publics?

    J'ai bien hâte de participer à ces débats publics! Il y a longtemps que moi et plusieurs auditeurs de "Maisonneuve en directe" demandons, en onde et par courriel de donner notre avis sur cet émission et sur bien d'autres sans succès. J'ai bien peur que ce soit des consultations bidons de monsieur Lafrance (à propos, cette France nous a fait perdre notre Chaîne culturelle, cette culture d'un peuple, pour des espaces, entre autre, de musique de jazz montréalais) dans sa tour radio-canadienne.