Télévision - XL comme dans Super Bowl

Quand Paul Tagliabue est arrivé au poste de commissaire de la Ligue nationale de football en 1989, succédant à son patron Pete Rozelle qui avait révolutionné le sport professionnel nord-américain dans les années 1960 en reconnaissant l'importance de la télévision et en instaurant un partage intégral de la cagnotte entre toutes les équipes, les revenus totaux de la NFL étaient de 975 millions $US. Cette année, ils ont atteint 5,7 milliards $US. Il y a 16 ans, une franchise de la NFL valait en moyenne 100 millions $US. S'il vous prenait l'envie d'en acquérir une ces jours-ci, il vous en coûterait la bagatelle de 819 millions de beaux billets de mononcle Sam.

Ce n'est pas sans raison que Sports Illustrated, qui présente ces données dans sa dernière livraison, surnomme Tagliabue «The Big Man»...

Après deux arrêts de travail qui avaient empoisonné l'atmosphère dans les années 1980, marquées au surplus par une série de matchs du Super Bowl à sens unique, la NFL a pris le haut du pavé avec l'arrivée de Tagliabue et n'a plus jamais regardé par-dessus son épaule depuis. En dépit, ou peut-être en raison, de ses excès (violence, énormes ego, énormes joueurs, complexité du jeu), le football s'est imposé comme le sport de spectacle par excellence dans la faveur des Américains, et le Super Bowl, la grand-messe annuelle qui marque le point culminant de la saison, attire toujours plus de 130 millions de téléspectateurs aux États-Unis seulement. De là à dire qu'arrivé à la quarantaine, l'événement n'éprouve pas de crise d'identité particulière, et que parvenu à XL, il porte bien ses chiffres romains...

Cette année, pour le match ultime, on a droit à de l'inattendu. Côté AFC, les prétendus experts voyaient en début de saison soit la poursuite de la

domination des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, soit l'éclosion (enfin) des Colts d'Indianapolis menés par Peyton Manning. Mais les deux ont frappé un mur en séries, et à leur place, on retrouve les Steelers de Pittsburgh, auteurs en matchs après-saison d'un parcours époustouflant qui les a vus battre coup sur coup, à l'étranger s'il vous plaît, les trois clubs les mieux cotés de leur association. Les Steelers, l'équipe phare des années 1970 dans la NFL avec une attaque dévastatrice et le mythique Steel Curtain en défense, n'ont pas fait grand-chose qui vaille depuis — une seule présence au Super Bowl, défaite contre Dallas en 1996 —, mais ils continuent de carburer à la tradition et comptent sur d'irréductibles partisans partout aux États-Unis, de sorte que les preneurs aux livres leur accordent un avantage de quatre points.

Côté NFC, on attendait Philadelphie, la Caroline ou Atlanta, mais ce sont plutôt les Seahawks de Seattle qui en seront à leur première participation à la

grande danse en près de 30 ans d'existence. Bien qu'ils

comptent dans leur formation le joueur par excellence de la ligue cette saison, le porteur de ballon Shaun Alexander, les Seahawks demeurent une équipe méconnue, relativement anonyme, représentant une région éloignée des grands centres — le commentateur et ex-entraîneur Jimmy Johnson a dit à la blague qu'ils jouaient «dans le sud de l'Alaska» — et qui trouve motivation dans l'idée que personne ne les respecte. Ils ont en effet terminé au tout premier rang de leur association avec un rendement de 13-3, possèdent la première attaque du circuit et la septième meilleure unité défensive, mais cela n'a pas suffi à ce qu'ils soient désignés favoris pour ce Super Bowl XL.

Et à la clé, pour mettre un peu d'émotion dans tout ça, il y a Jerome Bettis, l'indestructible et éminemment populaire Bus des Steelers qui en est probablement à sa dernière campagne dans la NFL et sera un jour intronisé au Temple de la renommée, et qui, par une heureuse coïncidence, disputera le premier match de championnat de sa carrière dans sa ville natale, Detroit.

Encore une fois, à moins que le sujet ne dispose d'un dispositif de réception satellitaire postmoderne, il lui sera impossible de visionner les pubs hors de prix présentées aux États, car Global «enterrera» le signal du réseau ABC. Sur ABC, l'émission d'avant-match, d'une durée de près de quatre heures (mais il y a tant à dire), commence à 14h30.

À RDS, le tout débute à 17h30. Le match proprement dit se mettra en branle autour de 18h30.

Le XLe match du Super Bowl ABC et Global 14h30, RDS 17h30