Écrire, «le gun» sur la tête...

Pour rencontrer la plus prolifique auteure de télévision de l'heure, il faut savoir comment prendre des notes à toute vitesse. Car Fabienne Larouche parle beaucoup et elle parle vite...

À une dizaine de jours de la diffusion de son nouveau thriller, Un homme mort, sur les ondes de TVA, Le Devoir lui avait proposé un sujet de discussion inédit: sa passion pour les polars.

Moins de dix minutes après le début de la conversation, Fabienne Larouche avait déjà mentionné plusieurs fois les noms d'Ed McBain, James Ellroy, Michael Connelly, Henning Mankell et Dennis Lehane comme auteurs fétiches, expliqué avoir apprécié les thrillers judiciaires de John Grisham, les suspenses de Robert Ludlum, le «thriller historique» Au nom de la rose d'Umberto Eco, ne pas comprendre l'intérêt pour Fred Vargas, ne pas apprécier l'horreur à la Stephen King et citer une nouvelle d'Edgar Allan Poe comme texte marquant lu dans sa jeunesse.

«Je lis un polar en 24 heures, maximum 36 heures, lance-t-elle. Je mange en lisant, je le traîne partout, je ne suis pas capable de le lâcher.»

Boulimique du genre policier, donc, elle ose même faire ce qu'il ne faut absolument pas faire: «Il m'arrive de tricher et de lire les dix dernières pages pour voir comment l'auteur va m'amener à la fin!»

Après avoir fait ses premières armes en écriture télévisuelle avec Réjean Tremblay avec plusieurs séries, Fabienne Larouche s'est lancée dans l'écriture de Virginie sans savoir, à l'époque, qu'elle allait battre des records de productivité: ce téléroman quotidien en est maintenant à 1165 épisodes et il n'est pas près de s'arrêter. Elle écrit le matin, seule, ces temps-ci dans le silence total. «Mais il y a trois ans, j'écrivais en écoutant la même musique en boucle, assez pour rendre fou», avec une piste sonore très éclectique, de Leonard Cohen à Norah Jones en passant par Tom Jones, Aznavour et les Rolling Stones.

Entre le bien et le mal

Le matin de son entrevue au Devoir, mardi dernier, elle s'était levée à cinq heures pour écrire un épisode de Virginie, qui doit être répété le mardi suivant, joué jeudi et diffusé la semaine d'après. Autrement dit, s'il lui arrivait un accident, qu'on ne lui souhaite pas, Radio-Canada serait plutôt mal prise. «Il m'arrive d'avoir plus d'épisodes que ça en avance, mais ces temps-ci, j'écris le gun sur la tête. Il ne faut pas que j'y pense.»

Comme si Virginie n'était pas assez (et on ne parlera pas de sa carrière de productrice, entre autres pour Les Bougon), elle a marqué la télévision québécoise avec sa série policière Fortier ces dernières années et elle s'apprête à lancer, le 16 février, Un homme mort, qu'elle a pris deux ans à écrire et qui mettra en vedette Karine Vanasse. Cette nouvelle série se situe «à cheval entre le policier et l'espionnage, explique-t-elle. Je propose un questionnement sur l'autorité et sur qui est responsable de cette autorité. C'est aussi un questionnement sur la moralité.»

Les auteurs de polar qu'elle cite, comme Conelly, McBain, Mankell ou Ellroy, sont justement ceux qui décrivent des univers plus troubles où les frontières entre le bien et le mal sont plus floues. «J'ai bien aimé Da Vinci Code, dit-elle, mais j'aime mieux les romans où les personnages sont plus complexes, où on voit plus leurs contradictions. J'aime quand on dépeint une réalité désabusée et dure. Dans Ed McBain (qui a décrit pendant plusieurs décennies l'évolution d'un commissariat dans une ville imaginaire, qui est en fait New York), on retrouve un univers complètement réaliste, avec un personnage obèse, un autre qui croit devenir fou avec le bruit des sirènes, bref on sent la ville concrète.»

Toute jeune, explique-t-elle, elle était une fan de Hawaii 5-0 et de l'inspecteur McGarrett, «qui trouvait un cadavre et trouvait la solution du meurtre en une heure d'émission. Dans ma famille, j'étais la seule à aimer ça.» Mais, par la suite, elle n'a pas toujours suivi les grandes séries policières américaines. Le coup de foudre, elle l'a plutôt eu pour la série britannique Prime Suspect, qui mettait en scène un personnage de femme fort intéressant joué par Helen Mirren.

La toute première enquête de Fortier était «trop forte, dit-elle. C'était trop dur et j'ai reculé, car j'avais peur de choquer ma famille. La télé, c'est un médium populaire, tu dois pouvoir rejoindre les gens.» Elle a donc changé l'ordre des enquêtes pour qu'on apprivoise lentement l'univers tordu qui gravitait autour de la psychologue Anne Fortier.

Malgré tout ce travail d'écriture, Fabienne Larouche ne rêve pas d'être écrivaine. «Quand j'étais petite, je n'écrivais pas», dit-elle. Encore aujourd'hui, elle semble indifférente à la tentation du roman. «Je fais des textes qui doivent être dits, explique-t-elle. J'écris des dialogues, pas des pages de roman. Mon chum me dit que j'écris comme je parle.»

Ce que Fabienne Larouche apprécie avant tout dans les polars, c'est la surprise et la logique, dit-elle. «Je suis passionnée de logique. Pour relaxer, je ne regarde pas la télé, je fais des tests de QI!»

Mais elle semble aussi vouloir défier la logique policière avec des comportements plus surprenants. Dans Fortier, rappelle-t-elle, ce n'étaient pas les policiers qui trouvaient la solution d'un crime, mais la psychologue, et les histoires abordaient souvent le thème de la maladie mentale. «Mon grand défi, ma grande préoccupation, dit-elle, c'était de voir comment le meurtrier peut aussi avoir de l'empathie. Car les meurtriers ont tous une mère et ils ne vivent pas dans le mal 24 heures sur 24...»

Elle vient de terminer le scénario d'un long métrage sur Lucien Rivard, cet étonnant gangster des années 60 dont la trajectoire semble avoir croisé autant des enjeux politiques et sociaux que judiciaires.

Mais, dans l'immédiat, c'est le succès d'Un homme mort qui la préoccupe. Pourtant, compte tenu de la réputation de l'auteure, TVA est très confiant d'en faire un des succès de l'année, sinon le succès de l'année. Mais Fabienne Larouche est de nature angoissée. «Je suis toujours inquiète, dit-elle. Le pire est toujours à venir, et je pense à la mort tous les jours...»

Le Devoir
1 commentaire
  • pinel christiane - Inscrite 21 avril 2007 15 h 19

    un sripte pour vous montrer mon potentiel et un autre facon de croire aux jeunes

    madame larouche je vous ai écrit pour vous faire part d un scipte et je crois sincèrement qu avec mon sripte on pourrait aller vers un téléroman avec les jeunes et je peux ecrire sur d autre sujet j aurais envie de relever des défis en ce sens avec vous comme alliée dans cet apprentissage qui est vraiment immense