«Little America»: Des histoires réconfortantes

La série de fiction d’anthologie fait état de récits d’immigration pleins d’espoir, riches d’une expérience commune et inspirés de faits vécus.
Photo: Apple TV+ La série de fiction d’anthologie fait état de récits d’immigration pleins d’espoir, riches d’une expérience commune et inspirés de faits vécus.

« Le défi avec Little America, c’est que nous ne racontons pas ce qu’on a l’habitude d’entendre sur l’immigration », dit avec aplomb la réalisatrice canadienne d’origine indienne Deepa Mehta. Dans la continuité d’une première saison éclatante, la série de fiction d’anthologie d’AppleTV+ fait en effet état de récits d’immigration pleins d’espoir et riches d’une expérience commune — tous, sans exception, inspirés de faits vécus.

« Ces histoires portées à l’écran sont très particulières, mais elles abordent toutes les connexions humaines », poursuit la cinéaste, qui fut plusieurs fois dans la course aux Oscar, comme en 2007 pour son long métrage Water.

Après avoir signé la réalisation de l’épisode « The Manager » dans la saison 1 de Little America en 2020, Deepa Mehta est donc de retour pour celle de « Mr. Song », dans lequel on suit le destin de Luke. Ce jeune homme issu d’une famille coréenne, et vivant dans la communauté noire de Detroit dans les années 1980, est notamment reconnu à travers le monde pour son talent de chapelier grâce aux coiffes hautes en couleur qu’il confectionnait pour Aretha Franklin.

« Le scénario de cet épisode est de l’or à l’état pur, à la rencontre de deux cultures et du vivre ensemble », souligne Deepa Mehta, qui tenait absolument à préserver l’honnêteté de la représentation et du passé de Luke Song. « Comment garder cet équilibre sans parler seulement de la couleur de la peau ou de l’identité culturelle ? En ayant toujours à l’esprit ce que sont les fondements de l’humanité, aussi complexes soient-ils, qui nous lient tous », confie-t-elle avec une bienveillance désarmante dans la voix. Et comme Luke Song dans la vraie vie, celui de la fiction ne fait aucun compromis, va de l’avant quoi qu’il arrive. « C’est ce que j’ai beaucoup aimé de son personnage », dit-elle.

De son côté, l’autrice de l’épisode et codirectrice de Little America, Sian Heder, admire l’amitié entre Luke Song et Martha Jean Steinberg, une célèbre animatrice de radio afro-descendante de Detroit. « Leur connexion est pour le moins étonnante, car Luke considérait Martha comme sa seconde mère. De ce fait, leur relation quasi familiale a été très intéressante à sonder et à transposer dans la série », précise la lauréate de l’Oscar du meilleur scénario adapté pour Coda plus tôt cette année. L’essence de cette deuxième saison se trouve ici, dans l’exploration de l’inattendu.

Le rêve américain, autrement

 

Deux ans après la diffusion de Little America, entamée en 2020 sous l’ère Trump, d’où émanait un « profond sentiment anti-immigration avec une diabolisation constante des nouveaux arrivants », sa deuxième saison est campée « dans un climat un peu plus favorable aux discussions », remarque Sian Heder. « Même si la haine et la division font toujours partie du décor et des discours politiques aux États-Unis, je trouve important d’observer ce que signifie aujourd’hui l’éthos du rêve américain », ajoute la scénariste, productrice et réalisatrice. Selon elle, il s’agit autant d’une occasion que d’un fardeau, deux aspects tellement opposés qu’ils en deviennent fascinants à exploiter.

En racontant des histoires qui ne sont pas simplement optimistes, Sian Heder et son équipe de collaborateurs tenaient à montrer ce que les immigrants sacrifient, ce qu’ils n’ont plus lorsqu’ils arrivent aux États-Unis. « Certains perdent leur famille, leur culture, leur communauté, et parfois le rêve américain ne fonctionne pas. Nous voulions aussi entendre ces histoires », ajoute-t-elle. Ce monde d’après, c’est justement le fil conducteur de la deuxième saison de Little America.

« C’est l’aspect le plus important de la série, qui nous fait voir le monde dans toute sa grandeur », affirme Deepa Mehta. Pour elle, il reste primordial d’exposer ces parcours positifs de gens que beaucoup considèrent comme étrangers. « Mais vous savez, les mères sont des mères et les fils sont des fils, peu importent nos origines ou notre langue », conclut celle qui s’est fait un honneur de participer à Little America.

Little America, saison 2

AppleTV+, dès le 9 décembre

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