Est-ce que le Québec boit trop?

Hugo Meunier a commencé à remettre en question sa consommation d’alcool en constatant qu’il avait plus de mal à se remettre de ses lendemains de veille.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Hugo Meunier a commencé à remettre en question sa consommation d’alcool en constatant qu’il avait plus de mal à se remettre de ses lendemains de veille.

Les Québécois lèvent-ils trop le coude ? La réponse est oui, constate le journaliste Hugo Meunier, et cela même s’il ne s’agit que de quelques verres par semaine. Dans le documentaire Péter la balloune, celui qui se présente comme un fêtard notoire s’interroge sur les conséquences de la consommation d’alcool sur notre santé et sur le rôle que joue la Société des alcools du Québec (SAQ) dans l’équation.

« Est-ce que je bois trop ? Est-ce que, sans le savoir, je suis en train de me ruiner de l’intérieur ? » À l’aube de ses 45 ans, le journaliste et écrivain Hugo Meunier a commencé à remettre en question sa consommation d’alcool en constatant qu’il avait de plus en plus de mal à se remettre de ses lendemains de veille. Ce grand fêtard, qui a toujours bu comme un adolescent — « pas un verre la semaine, mais plusieurs les week-ends » — fait désormais face aux courbatures, aux maux de tête et à la gueule de bois chaque fois qu’il sort.

Pourtant, il respecte la limite de consommation recommandée par Éduc’alcool, qui s’établit à 15 verres par semaine pour les hommes (10 pour les femmes). « Je les dépasse à l’occasion, mais j’imagine que si je les suis la plupart du temps, je suis supposé être en bonne santé, non ? » lance-t-il au début du documentaire.

Moi, si je continue sur ma lancée, l’impact sera mesurable sur mon cerveau à long terme.

 

Pour trouver des réponses à ses questions, il part ainsi à la rencontre de spécialistes de la santé et de chercheurs scientifiques qui, rapidement, viennent « péter sa balloune », remettant durement en question ces recommandations faites en 2011 par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS). 

Interrogée dans le documentaire, Catherine Paradis, directrice associée par intérim du CCDUS, reconnaît elle-même qu’elles sont trop élevées et qu’il est temps de les réviser, puisque les études se multiplient et que les impacts réels de l’alcool sur la santé sont mieux connus aujourd’hui. Par les chercheurs du moins.

Car à peine un quart des Canadiens sont au courant que l’alcool peut causer sept cancers différents : celui de la bouche, de l’oesophage, du larynx, du sein, du foie, du côlon et du rectum. C’est sans parler des répercussions sur la santé mentale — dépression, anxiété, idées suicidaires —, qui n’étaient pas prises en compte en 2011.

« La consommation sécuritaire, c’est zéro », tranche le Dr Christian Bocti, neurologue et professeur à l’Université de Sherbrooke en entrevue avec Hugo Meunier. Une rencontre que le journaliste qualifie de « traumatisante ». Le médecin étudie l’impact de l’alcool sur notre cerveau et explique comment notre consommation vient atrophier l’hippocampe, cette zone importante pour notre mémoire.

« Moi, si je continue sur ma lancée, l’impact sera mesurable sur mon cerveau à long terme. Ça veut dire perte de mémoire, peut-être même démence précoce. Ça m’a glacé le sang, confie au Devoir Hugo Meunier. Je buvais naïvement avant de faire ce documentaire. »

Faire de l’argent

Mais si l’alcool a autant d’effets néfastes sur notre santé, pourquoi ne trouve-t-on pas des avertissements sur les bouteilles de la SAQ comme on en trouve sur les paquets de cigarettes ?

« La SAQ, c’est un peu Walt Disney : c’est beau, c’est propre, il y a des dégustations à l’entrée, des rabais, des promotions. C’est absurde dans un contexte de monopole. C’est sûr que ça encourage à boire et à acheter en volumes », note Hugo Meunier.

Le problème, insiste-t-il, c’est la structure de la société d’État. Elle relève du ministère des Finances, donc son mandat est commercial. Sa mission, c’est faire de l’argent avant tout. Le volet prévention et promotion de la santé revient à Éduc’alcool, un organisme indépendant en partie financé par la SAQ.

Là encore, le journaliste se questionne : pourquoi les campagnes de prévention de l’organisme ne sont-elles pas plus axées sur les risques pour la santé ?

« C’est quand on voit qui siège au CA qu’on comprend mieux pourquoi on nous encourage ni à boire ni à ne pas boire finalement. Beaucoup sont des membres de l’industrie de l’alcool », précise Hugo Meunier.

Faire mieux

 

Bien sûr, le Québec pourrait faire mieux, a constaté Hugo Meunier. On pourrait créer un organisme qui serait réellement un chien de garde pour faire contrepoids au lobby de l’alcool, comme c’est le cas dans la plupart des pays de l’OCDE.

Le gouvernement pourrait aussi revoir la structure de la SAQ et s’inspirer davantage du modèle de la Suède — abordé dans le documentaire —, où la vente d’alcool est encadrée par une société d’État liée au ministère de la Santé et qui s’oppose à toute stratégie pouvant encourager la consommation d’alcool.

Mais en attendant, le journaliste espère inciter des Québécois à entamer une introspection sur leur consommation d’ici le temps des Fêtes. « Je ne voulais pas faire un documentaire militant ni avoir un ton moralisateur, souligne-t-il. L’important, c’est que les gens comprennent le fonctionnement de l’industrie de l’alcool au Québec et l’impact de l’alcool sur leur santé. Des informations que j’aurais aimé connaître bien avant d’entrer dans ma quarantaine. »

Une pierre, deux coups

Hugo Meunier anime un autre projet documentaire disponible sur Savoir Média depuis lundi, une série mettant la solidarité à l’honneur. Forces bénévoles, réalisé par Jimmy Larouche, donne ainsi la parole à ces bénévoles qui offrent généreusement de leur temps pour aider les autres, que ce soit en politique, en santé, dans le milieu communautaire ou des loisirs.

Péter la balloune

Réalisé par Gabriel Allard Gagnon et produit par Éloïse Forest, de Blimp Télé, diffusé le 15 décembre à 21 h sur ICI Télé.



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