«Willow» : Le retour du magicien

Ruby Cruz, Erin Kellyman, Amar Chadha-Patel et Tony Revolori dans la série «Willow».
Amanda Searle / Lucasfilm Ltd. Ruby Cruz, Erin Kellyman, Amar Chadha-Patel et Tony Revolori dans la série «Willow».

Écrit par Bob Dolman, d’après une histoire de George Lucas, qui y recycle plusieurs éléments de Star Wars, et réalisé par Ron Howard, Willow, film culte dans le coeur de plusieurs amateurs de fantasy, ne convainc guère la critique lors de sa sortie, en 1988. Sur le site Rotten Tomatoes, où le film récolte à peine plus de 50 %, le consensus critique veut que « les effets spéciaux dernier cri et la prestation charmante de Warwick Davis ne peuvent pas vraiment sauver Willow de son rythme lent et de son récit générique » (nous traduisons). Eh bien, nous pourrions presque en dire autant de la série de Disney+ Willow, laquelle se décline en huit laborieux épisodes.

D’abord, pour ceux et celles n’ayant pas vu le film de Howard, ou l’ayant en partie oublié, sachez que la série comprend un résumé des faits s’étant déroulés quelque 20 ans auparavant, de même que plusieurs retours en arrière. Choisi pour interpréter Willow Ufgood par George Lucas lors du tournage du Retour du Jedi (1983), où il incarnait l’Ewok Wicket, Warwick Davis reprend avec le même aplomb le rôle du courageux fermier et magicien amateur.

Hanté par des souvenirs douloureux et des visions cauchemardesques, Willow est une fois de plus arraché à son cher petit village, comme à l’époque où il avait dû protéger la princesse Elora, poupon que convoitait la vile reine Bavmorda. Autrefois attachant, Willow est devenu amer, impatient, mélancolique. Heureusement, il a toujours le coeur sur la main et n’a pas perdu une once de son courage.

Nouvelle génération

 

Enfants de la reine Sorsha (Joanne Whalley) — qui se ligua autrefois contre sa mère, Bavmorda —, Kit (Ruby Cruz) et son frère jumeau, Airk (Dempsey Bryk), ont des caractères diamétralement opposés. La première, promise à son grand dam à Graydon (Toni Revolori), gentilhomme maladroit, possède les qualités d’une redoutable guerrière. Le second, séducteur en série plus mièvre que suave, batifole avec sa dernière conquête, une blonde cuisinière répondant au nom de Dove (Ellie Bamber). Lorsque le prince Airk est enlevé, sa soeur part à sa recherche.

Accompagnent la valeureuse Kit dans sa quête la non moins courageuse Jade (Erin Kellyman), qui donnerait sa vie pour sauver celle de sa précieuse amie, Graydon, pourtant peu doué pour le combat, et Boorman (Amer Chadha-Patel), solide gaillard pas toujours fiable.

 

Afin d’être au goût du jour, le créateur de la série, John Kasdan, fils du scénariste Lawrence Kasdan (Les aventuriers de l’arche perdue, L’empire contre-attaque, Le retour du Jedi, etc.), et ses troupes ont inclus des personnages LGBTQ et fait appel à des acteurs de la diversité. Si au moins ils leur avaient donné un peu plus de substance dans la foulée.

Une colombe en voyage

 

À la surprise du groupe disparate, Dove prend bientôt part à la folle équipée dans l’espoir de revoir l’élu de son coeur. Elle fera valoir ses dons pour la cuisine afin de ne pas être renvoyée au château par Kit, profondément agacée par la naïveté de la jeune domestique. S’ensuivent de longues marches à travers de vastes paysages, ponctuées de haltes où les jeunes aventuriers s’échangent des dialogues puérils sur un ton pompeux. On se la joue sérieux malgré l’humour bon enfant.

Poursuivie par de terrifiantes créatures et témoin d’étranges événements, la bande se rend au village des nelwyns afin de demander à Willow de lui venir en aide. Entre ce dernier et Dove se développe une relation maître-apprentie. Malgré son potentiel, Dove se révèle une élève peu douée — et le spectateur rapidement agacé par les répétitives leçons de magie. Entre-temps, Airk se réveille au milieu d’un endroit désolé, sans espoir d’être rescapé.

Afin de ne pas gâcher son plaisir de renouer avec le monde enchanteur de Willow et de savourer les clins d’oeil au film, dont d’émouvants hommages à Val Kilmer, qui jouait à l’origine Madmartigan, père des jumeaux, il faudrait idéalement ne pas avoir vu La maison du dragon ni Le seigneur des anneaux. Les anneaux de pouvoir, à côté desquels la série fait pâle figure.

De fait, la nouvelle mouture de Willow souffre d’une écrasante bande sonore, par endroits volontairement anachronique, d’effets spéciaux pas toujours convaincants et, surtout, d’un rythme léthargique ainsi que de longueurs lancinantes. Damant aisément le pion à ses partenaires d’aventures, les uns unidimensionnels, les autres servant bêtement de « comic relief », Willow s’avère de loin le personnage le plus intéressant. Sans sa présence — et le charisme de Warwick Davis —, la série serait bien peu captivante. Mince consolation pour les nostalgiques : le film de 1988 est aussi disponible sur Disney+.

Willow

★★ 1/2

Sur Disney+

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