L’effet Josée di Stasio

Pendant 15 saisons, À la di Stasio a élargi les horizons culinaires des Québécois et révélé le savoir-faire des producteurs, des artisans et des chefs d’ici et d’ailleurs.
Photo: Télé-Québec Pendant 15 saisons, À la di Stasio a élargi les horizons culinaires des Québécois et révélé le savoir-faire des producteurs, des artisans et des chefs d’ici et d’ailleurs.

À l’automne 1998, les téléspectateurs tombent sous le charme de Josée di Stasio : la chimie du duo formé par la styliste culinaire et Daniel Pinard figure d’ailleurs encore aujourd’hui dans les annales du petit écran québécois. C’était aussi les balbutiements de ce qui allait devenir, quatre ans plus tard, une véritable histoire d’amour entre les gens d’ici et celle que tous appellent désormais par son nom. Une relation unique que Télé-Québec célèbre avec le documentaire À la di Stasio, 20 ans d’inspiration.

En prenant place pour un en-cas d’avant-midi au Larrys, un petit restaurant du boulevard Saint-Laurent, nous savons très bien que ce qui suivra ne sera pas une entrevue conventionnelle. « Comment ça va ? » demande Josée di Stasio, à peine installée devant une boisson fumante. Cette curiosité et cette facilité à recueillir les confidences, c’est l’essence même de cette grande dame qui a façonné notre rapport à la cuisine. Pas de faux-semblant ni de casting : la personne que le public a connue à travers son téléviseur est la même qui s’émeut devant d’épaisses rôties chaudes « parfaitement beurrées » et qui s’empresse d’en partager un morceau avec nous.

Pendant 15 saisons, À la di Stasio a élargi les horizons culinaires des Québécois et révélé le savoir-faire des producteurs, des artisans et des chefs d’ici et d’ailleurs. Un concept alors tout nouveau dans l’univers télé d’ici — et tout à fait en accord avec la personnalité de Josée di Stasio.

De styliste à autrice

Si rien de son aventure télé n’était prévu, Josée di Stasio admet que réaliser un livre était un projet qu’elle chérissait. Le livre de cuisine allie bien des choses qui lui plaisent: les bons plats, mais aussi ses connaissances en photographie, en stylisme culinaire — elle a notamment travaillé pour Taillefer et fille — et en direction artistique. « J’ai eu du fun à le faire, [mon premier livre], mais tout ce que j’espérais, c’était que la maison d’édition pourrait rembourser ses frais ! » se souvient-elle en riant. Pour ce premier livre, À la di Stasio, plus de 250 000 exemplaires ont trouvé une cuisine d’adoption. Dix-huit ans et sept ouvrages plus tard, cette popularité ne se tarit pas, si l’on se fie aux ventes de ses récents Carnets de saison chez KO Éditions. L’éditrice Sophie Banford l’affirme sans détour : « [Nous nous sommes tournés vers elle] parce qu’elle fait les plus beaux livres de cuisine au Québec et on veut toujours plus d’astuces, d’idées et de recettes de Josée. »

Influenceuse gastronomique longtemps avant Instagram, pour reprendre les mots de la critique culinaire Lesley Chesterman, elle était « toujours à on » pour dénicher des plats, des lieux ou des invités coups de coeur, raconte la principale intéressée.

« Quand je voyage, la première affaire que je fais, c’est d’aller au marché. Et c’est vrai que, lorsque je regarde les gens, je voudrais être invitée chez eux pour voir ce qu’ils feront avec le gros bouquet de bettes à carde ! Vont-ils recevoir pour le dimanche ? Vont-ils recevoir les amis le soir pour l’apéro ? Cette curiosité-là, je l’ai complètement utilisée et j’en ai profité. J’ai été privilégiée de [pouvoir] le faire. […] C’est ça qui me manque de l’émission. Ce canal qu’il y avait entre moi, mes découvertes et les gens. »

Si elle a tissé un solide lien avec ses téléspectateurs, elle a aussi été une entremetteuse — une vraie mamma ! — pour bien des acteurs de la scène culinaire, n’hésitant pas à mettre en contact différents talents ou les réunir sur le plateau de son émission. « Pas de Josée, pas de Danny. Pis c’est grâce à elle qu’il y a un paquet de nous autres qui est là aujourd’hui », affirme Danny St Pierre dans le documentaire. À l’instar de Stefano Faita et de Marc-Olivier Frappier, il mesure l’influence que Josée a eue sur sa carrière ou encore sur les stocks des épiceries, qui étaient toujours à court de l’ingrédient vedette du vendredi soir.

C’est ce qui frappe au visionnement du documentaire : l’effet di Stasio sur à peu près tout ce qui touche la cuisine au Québec.

Un pont entre les générations

 

Josée di Stasio a fait le pont entre les générations, raconte la réalisatrice Patricia Beaulieu, qui a aussi été sa complice lors d’une dizaine d’épisodes de l’émission originale. « Josée a le flair et le talent pour qu’il y ait un échange. Elle est l’amie de l’ami de l’amie du chef qui a un sous-chef qui devient un chef… Josée a suivi tout ça. Il y a un réel intérêt pour leur travail. »

Une sensibilité qui se sent aussi derrière la caméra, souligne Mme Beaulieu. « Quand j’ai rencontré cette femme-là, ma vie n’a plus été la même parce que je me suis rendu compte de la valeur derrière le temps qu’il faut pour cadrer quelque chose afin que ça dise quelque chose. Avec Josée, ce n’est pas la quantité que tu fais, c’est la qualité des plans. Elle avait de la reconnaissance. Et Josée a un excellent sens de l’humour — elle est vraiment très drôle ! » Le témoignage de Frédérick Jouin va dans ce sens : « Toutes les assiettes étaient vérifiées. L’émission portait son nom, et elle vérifiait toutes les assiettes, comme un chef. »

La rencontre tire à sa fin. Le chef Marc Cohen s’approche, tout sourire, pour saluer son invitée. Josée di Stasio lui demande de ses nouvelles, le félicite sur l’aménagement du restaurant et la qualité des rôties. Elle mène la discussion et préfère retourner la lumière sur les autres.

Qu’en est-il d’un retour à la télévision ? « Comme dans toutes les étapes de ma vie, la suite vient au fil des rencontres. Rien n’est défini ou écrit à l’avance. » Elle évoque un projet de documentaire sur l’alimentation chez les enfants. « J’aimerais utiliser ce que j’ai comme bagage pour faire quelque chose qui a un sens », souligne-t-elle. « Il faut se nourrir, mais pas juste avec ce qu’il y a dans l’assiette. »

À la di Stasio, 20 ans d’inspiration

Télé-Québec, le 2 décembre à 20 h, et sur telequebec.tv



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