Sur les traces du roi québécois du dark Web

Simon Coutu et Monic Néron mènent l'enquête dans la série documentaire « ALPHA_02 : Le mystère Alexandre Cazès ».
Photo: Radio-Canada Simon Coutu et Monic Néron mènent l'enquête dans la série documentaire « ALPHA_02 : Le mystère Alexandre Cazès ».

Comment un jeune homme lambda de Trois-Rivières a-t-il pu devenir l’un des grands trafiquants de drogue de l’histoire du pays ? Dans une nouvelle série documentaire pour Tou.tv, les journalistes Monic Néron et Simon Coutu tentent tant bien que mal de percer le mystère autour d’Alexandre Cazes, qui, depuis la Thaïlande, administrait l’un des plus importants sites du dark Web au monde jusqu’à son arrestation par le FBI en 2017.

Leur enquête a le mérite de lever le voile sur le monde très occulte du Web profond. ALPHA_02 : le mystère Alexandre Cazes met aussi en lumière la vie de pacha qu’Alexandre menait grâce aux recettes de sa plateforme clandestine AlphaBay, devenue une plaque tournante pour la vente de drogue. À 25 ans, il possédait déjà plusieurs voitures de luxe et résidences cossues, à Bangkok, mais également à Chypre et dans les Caraïbes. Un faste qu’ignoraient la plupart de ses proches au Québec.

Mais même une fois que l’on aura regardé les quatre épisodes, certaines questions demeureront sans réponse. Saura-t-on vraiment un jour toute l’histoire de ce génie de l’informatique, qui, selon la version officielle, se serait pendu dans sa cellule de prison à Bangkok en juillet 2017 alors qu’il était en attente de son extradition aux États-Unis ?

« Le suicide ? Peut-être, peut-être pas. Je suis dans le néant encore. Étant donné que j’ai vu la cellule, pour moi, ça reste physiquement impossible. Mais quand quelqu’un veut vraiment mettre fin à ses jours, tout est possible aussi… » dit la mère d’Alexandre, Danielle Héroux, qui regrette de ne pas avoir fait rapatrier le corps lorsqu’elle s’est rendue en catastrophe à Bangkok après son décès.

Ce n’est pas l’histoire d’un criminel glorifié, c’est l’histoire de la chute d’un homme qui a eu un énorme ascendant sur le milieu criminel

 

Mme Héroux a participé activement à la conception de cette série documentaire. On sent chez elle une envie de rétablir la réputation du fils unique qu’elle a élevé presque seule.

« Oui, il a créé quelque chose d’épouvantable. Mais mon fils en tant que tel, c’était un enfant comme les autres. Ce n’était pas un voyou. Je pense vraiment qu’il avait besoin de prouver quelque chose », a-t-elle confié lundi matin après le visionnement de presse.

Ne pas glorifier

Les médias ont pu voir les deux premiers épisodes de cette série de quatre, qui se regarde comme un véritable thriller. La réalisation dynamique de Frédéric Nassif réussit à nous tenir en haleine jusqu’au rebondissement suivant. Tou.tv joue dans la cour de Netflix et ne s’en cache pas.

Le protagoniste de la série de Netflix L’arnaqueur de Tinder, Simon Leviev, s’appelle ici Alexandre Cazes. Le Trifluvien est dépeint par ses proches comme un véritable surdoué, qui, dès son plus jeune âge, se passionnera pour l’informatique. Avant tout le monde, au début des années 2010, il sera parmi les premiers à croire au bitcoin, qui ne vaut à l’époque encore pas grand-chose. Grandi dans un milieu modeste, élevé par des parents qui se sont séparés alors qu’il n’avait que deux ans, le jeune Alexandre avait manifesté nombre de fois le désir de transcender sa classe sociale et de devenir riche.

Or, Alexandre avait également ses fêlures. À l’école, il peinait à nouer des amitiés et souffrait d’intimidation. Cette blessure a-t-elle fini par le pousser à user de son intelligence à mauvais escient ? Sans doute, mais les journalistes Monic Néron et Simon Coutu s’efforcent de ne pas victimiser leur sujet, comme c’est trop souvent le cas dans les séries documentaires du même genre.

« Ce n’est pas l’histoire d’un criminel glorifié, c’est l’histoire de la chute d’un homme qui a eu un énorme ascendant sur le milieu criminel », tient à préciser Monic Néron.

Certains diront qu’Alexandre Cazes n’a tué personne, qu’il ne faisait que gérer un site illégal. Or, le Web profond, dont il était l’un des maîtres d’orchestre avec son avatar ALPHA_02, fait bel et bien des victimes. Depuis que le dark Web a gagné en popularité, le fentanyl s’est propagé, les revendeurs étant moins exposés derrière leur écran que dans la rue.

« On a parfois l’impression que le Web profond, c’est loin de nous. Mais non. Ça nous concerne avec la montée de la violence par arme à feu, le vol d’identité, la crise des surdoses d’opioïdes », ajoute Monic Néron.

ALPHA_02 : le mystère Alexandre Cazes

En ligne sur l’Extra de Tou.tv le 22 novembre et à ICI Télé, du 2 au 5 janvier

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