Fleishman a des problèmes, ou les tourments derrière les apparences

Toby Fleishman (Jesse Eisenberg), 41 ans, est récemment divorcé. Mais au tout début de son premier été de liberté sexuelle, son ex-femme disparaît, le laissant avec Hannah (Meara Mahoney Gross), 11 ans, et Solly (Maxim Swinton), 9 ans, sans qu’il sache où elle se trouve ni si elle compte revenir.
Photo: Linda Kallerus Disney+ Toby Fleishman (Jesse Eisenberg), 41 ans, est récemment divorcé. Mais au tout début de son premier été de liberté sexuelle, son ex-femme disparaît, le laissant avec Hannah (Meara Mahoney Gross), 11 ans, et Solly (Maxim Swinton), 9 ans, sans qu’il sache où elle se trouve ni si elle compte revenir.

« Je crois qu’on devrait divorcer. » Après quinze années d’un mariage tumultueux dissimulé dans un appartement cossu de Manhattan, Rachel accepte enfin la séparation voulue — ou en tout cas brandie comme une menace — par son époux, Toby Fleishman, depuis quelque temps. Parce que de l’amour à l’amertume il n’y a parfois qu’un pas, la course au ressentiment va s’accélérer lorsque le personnage de Claire Danes (Homeland) décide de déposer leurs deux enfants à son ex-conjoint, interprété par Jesse Eisenberg (The Social Network), à son insu au crépuscule une journée en avance. Si les prémices de la minisérie Fleishman a des problèmes sont aussi anodines, la suite n’est, au contraire, qu’un crescendo de surprises savamment orchestré par ses réalisateurs Valerie Faris et Jonathan Dayton (Little Miss Sunshine, Battle of the Sexes), culminant dans trois derniers épisodes stupéfiants.

Alors que le New-Yorkais névrosé Toby Fleishman, protagoniste allenien par excellence, explore son récent célibat sur les applications de rencontre, renoue avec ses anciens amis Libby et Seth et se fait miroiter une promotion à l’hôpital où il exerce comme hépatologue accompli, les ennuis ne tardent pas à faire surface. Puisque Rachel ne donne plus aucun signe de vie, il doit en effet renoncer progressivement à ses nouvelles habitudes afin de s’occuper seul de Hannah et de Solly. Mais qu’a-t-il pu arriver à la mère de ces derniers ? Pour élucider ce mystère, Toby décide de passer en revue son union avec Rachel, de leur coup de foudre à leur incompatibilité quasi épidermique.

Brillante Libby

Le premier point fort de Fleishman a des problèmes est très certainement la narration faite par Libby, que l’on retrouve par ailleurs dans Fleishman Is in Trouble, l’ouvrage à succès de l’autrice Taffy Brodesser-Akner sur lequel est basée la minisérie. Non seulement la désormais meilleure amie de Toby, pierre angulaire de l’histoire extraordinairement incarnée par Lizzy Caplan (Masters of Sex, Lolita malgré moi), l’aide à retracer le cours du mariage de celui-ci, et inévitablement son échec, mais son point de vue apporte nuances et relief à cette relation viciée par l’ambition, l’égoïsme, la jalousie, la frustration, l’argent et l’ascension sociale.

À la manière du très réussi long métrage de Noah Baumbach Marriage Story (2019), Fleishman a des problèmes met un point d’honneur à décortiquer les vulnérabilités respectives de Rachel et de Toby qui les mènent, parfois, à se conduire comme de véritables imbéciles l’un envers l’autre et à tenir pour acquis tout ce qu’ils ont construit ensemble. Plus encore, le récit de Libby confère une voix et une aura à Rachel, qui apparaît à l’écran en grande partie à travers les souvenirs de Toby grâce à des retours en arrière. Les mots de la meilleure amie matérialisent ainsi les maux de l’ex-femme, qui, on le découvre au fil des épisodes, a successivement subi abandon et viol, et affronté des troubles de santé mentale au cours de son existence.

Loin d’être un long fleuve tranquille, le mariage de Rachel et Toby mis en image dans Fleishman a des problèmes interroge, au final, notre capacité à évoluer ensemble, coûte que coûte. Mais surtout, et c’est sans doute le plus important, la minisérie met en lumière notre vertu à faire preuve de compassion et d’empathie. Valerie Faris et Jonathan Dayton nous montrent, de ce fait, avec toute la subtilité et la sensibilité qu’on leur connaît, ce qu’on a, de temps à autre, tendance à oublier : qu’il y a toujours autant de versions de la réalité que d’individus qui en font l’expérience.

Fleishman a des problèmes (V.F. de Fleishman Is in Trouble)

★★★★

Disney+, dès le 17 novembre

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