«Ma mère»: repartir à zéro

Pour la télésérie «Ma mère», Chantal Fontaine entre dans la peau de Chantal, 58 ans. Pendant son séjour en prison, elle a reçu un diagnostic de trouble bipolaire. Elle se retrouve à la croisée des chemins et accepte pour la première fois sa vulnérabilité. Elle décide de jouer franc jeu avec sa famille qu’elle a malmenée.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pour la télésérie «Ma mère», Chantal Fontaine entre dans la peau de Chantal, 58 ans. Pendant son séjour en prison, elle a reçu un diagnostic de trouble bipolaire. Elle se retrouve à la croisée des chemins et accepte pour la première fois sa vulnérabilité. Elle décide de jouer franc jeu avec sa famille qu’elle a malmenée.

Les scénaristes et producteurs Anne Boyer et Michel d’Astous sont fidèles envers leurs acteurs. En créant le personnage central de la minisérie Ma mère — Chantal Bélanger, 58 ans, tout juste sortie de prison, où elle purgeait une peine pour fraude, et ayant récemment reçu un diagnostic de trouble bipolaire —, c’est à celle qui a tenu l’un des rôles principaux pendant sept saisons dans la série dramatique Yamaska qu’ils ont pensé. En Chantal Fontaine, tous deux savaient qu’ils trouveraient le « mélange d’assurance, de séduction et de vulnérabilité » qu’il fallait pour incarner une telle femme sans tomber dans la caricature.

« C’est pas si souvent qu’on a la chance d’avoir un personnage si dense, affirme l’actrice, rencontrée lors d’un point de presse après la présentation des deux premiers épisodes de la série réalisée par François Bouvier (Paul à Québec, La Bolduc). J’ai eu plein d’aide autour de moi pour construire Chantal. J’ai travaillé fort ; j’ai rencontré beaucoup de gens qui vivent de près avec le trouble bipolaire pour me rendre compte qu’il est multiple, qu’il a plein de visages. Souvent, c’est comme un cerveau reptilien. Quand les gens avec un trouble bipolaire ont un besoin, ils veulent immédiatement la réponse au besoin, ils n’ont pas de patience. »

Le duo d’Astous-Boyer a également de la suite dans les idées. Les spectateurs ayant suivi la minisérie Mon fils (2020), où les auteurs abordaient la schizophrénie, auront remarqué que Chantal consulte le même psychiatre que Jacob (Antoine L’Écuyer), le Dr Landry (Luc Senay). « Les gens peuvent regarder Ma mère sans avoir vu Mon fils, et inversement », rassure Michel d’Astous, qui ne cache pas l’idée d’une série d’anthologie.

En liberté conditionnelle après avoir purgé un tiers de sa peine d’emprisonnement, Chantal Bélanger n’est plus tout à fait la femme qu’elle a été. Elle ne boit plus et ne consomme plus de drogue. Grâce à son amie Dominique (Sonia Vachon), qui lui offre le gîte et un emploi dans son atelier de nettoyeur, Chantal semble sur la bonne voie pour mener une vie plus rangée. Or, ses démons ne sont jamais bien loin.

« Chantal est un caméléon, elle a un postdoc en manipulation, dit Chantal Fontaine. Elle est tout à fait capable de voir où est la faille pour aller chercher ce qu’elle veut. Elle trouve toujours un moyen de répondre à ses besoins et si elle ne l’a pas, elle s’en va. »

C’est pas si souvent qu’on a la chance d’avoir un personnage si dense. J’ai eu plein d’aide autour de moi pour construire [le personnage] Chantal. J’ai travaillé fort ; j’ai rencontré beaucoup de gens qui vivent de près avec le trouble bipolaire pour me rendre compte qu’il est multiple, qu’il a plein de visages. Souvent, c’est comme un cerveau reptilien.

 

Il n’est donc pas surprenant qu’elle parte à la recherche de Martin Brousseau (Richard Robitaille), celui qui l’a entraînée vers le bas, au risque de se retourner derrière les barreaux. Face aux obstacles — et ils seront nombreux —, elle ne perd pourtant pas de sa superbe aux yeux de son entourage.

« Ce qui est intéressant avec la bipolarité, c’est que c’est insaisissable, explique Michel d’Astous, qui a rencontré plusieurs psychiatres avec sa partenaire d’écriture. Généralement, les maladies mentales sont faciles à identifier. La bipolarité est un concept relativement nouveau ; on reconnaît les bipolaires en dépression, mais quand ils sont en manie, on a l’impression qu’ils vont mieux, ce qui n’est pas du tout le cas. »

« Souvent, les bipolaires s’automédicamentent avec des drogues et on dit qu’ils consomment trop et que c’est la drogue qui les met dans cet état-là, poursuit Anne Boyer. C’est donc pour ça que ça se peut que quelqu’un de l’âge de Chantal apprenne qu’il est bipolaire. Pendant plusieurs années, elle se sauvait, elle consommait. À aucun moment, elle ne s’est posé de questions. Quand elle était high, elle se trouvait hot ; quand elle était down, elle allait se coucher. »

Famille déchirée

En sortant de prison, Chantal voudra revoir ses enfants. Si Justine (Rachel Graton) et Éric (Steve Gagnon) l’accueillent avec bienveillance, malgré les blessures encore vives et les mises en garde de Rachid (Mustapha Aramis) et de Christopher (Martin-David Peters), leur conjoint respectif, il en sera tout autrement pour sa fille aînée, Valérie (Marilyn Castonguay), qui multiplie les nuits de beuverie avec son amant Nick (Alexandre Goyette) et s’adonne aux jeux de hasard.

Y ayant laissé toutes ses possessions, grâce aux dernières volontés de son défunt mari, Chantal souhaite vendre la maison familiale. Valérie s’y oppose avec véhémence, elle qui y habite depuis le décès de son père, qu’elle a accompagné jusqu’à son dernier souffle. Une fois de plus, Chantal ne pensera qu’à ses propres intérêts. Narcissique et toxique, diront d’elle ses enfants. Traits de personnalité ou symptômes de la bipolarité se demanderont les spectateurs.

« Un peu des deux, répond Michel d’Astous. Les enfants, qui ont été blessés et déçus pendant des années, sont convaincus que c’est sa personnalité. Leurs moyens de défense sont très primaires : pour Valérie, c’est affronter ; pour Justine, c’est fuir ; pour Éric, qui est comme son père, c’est de prendre soin, au péril de sa propre intégrité. »

« Elle a vécu avec la bipolarité toute sa vie, ajoute Anne Boyer. À un moment donné, la maladie et sa personnalité sont tricotées. Comme Justine le dit, il aurait fallu qu’elle soit traitée à son premier high, mais à l’époque, on disait “maniacodépressif” et les gens ne voulaient pas prendre de médication parce qu’ils se trouvaient trop plates. La médication a beaucoup changé ; sans être parfaite, elle est maintenant plus équilibrée. »

Si plusieurs psychiatres leur ont dit que le taux de rechute était très élevé chez les patients présentant un trouble bipolaire, Michel d’Astous et Anne Boyer, optimistes de nature, ont souhaité une fin qui tend vers quelque chose de positif.

« La beauté avec Chantal, c’est qu’elle a maintenant une petite alarme qui sonne, conclut Chantal Fontaine. Avec la médication, quelque chose s’est solidifié, elle a la possibilité de détecter un danger, de sentir le dragon qui peut monter. Elle est capable de demander de l’aide, d’aller voir son psy. Sous elle, il y a du vide, elle n’a rien construit. Elle a beaucoup de dégâts à réparer dans une barque pleine de trous, mais ce qui est beau dans son parcours, c’est qu’elle veut. On voit donc qu’il y a moyen de s’en sortir. »

Ma mère

TVA et sur TVA+ dès le mardi 8 novembre, 20 h

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