Le petit musée des horreurs

Kate Micucci dans une scène de la série «Le cabinet de curiosités» de Guillermo del Toro
Photo: Ken Woroner Netflix Kate Micucci dans une scène de la série «Le cabinet de curiosités» de Guillermo del Toro

À l’instar des séries d’anthologie Le monde fantastique de Ray Bradbury, The Twilight Zone. La quatrième dimension, dont la nouvelle version est narrée par Jordan Peele, et Patrick Senécal présente, Le cabinet de curiosités de Guillermo del Toro regroupe des histoires où l’horreur, la science-fiction et le surnaturel servent à illustrer les travers de l’âme humaine.

Au début des huit épisodes, le brillant cinéaste mexicain extirpe d’un meuble ancien aux innombrables tiroirs un objet qui sera au coeur du récit, de même qu’une statuette à l’effigie du réalisateur ou de la réalisatrice, la plupart rompus au genre, qui signe l’épisode. En plus d’être créateur et producteur du Cabinet de curiosités, Guillermo del Toro est l’auteur des histoires mises en scène dans les premier et dernier épisodes.

Dans Le lot 36, dont celui à qui l’on doit notamment Le labyrinthe de Pan a confié la réalisation à son fidèle directeur photo, Guillermo Navarro, et le scénario à Regina Corrado (Deadwood), Tim Blake Nelson incarne un homme endetté qui désire vendre de mystérieux artefacts trouvés dans un local de stockage. S’il ne s’agit pas du meilleur épisode, il a le mérite de donner le ton avec ses pièces désordonnées et poussiéreuses donnant sur des corridors sombres et suintants, où l’on croise l’incarnation de ses pires cauchemars.

D’ailleurs, dans chaque épisode, qu’il se déroule dans une luxueuse demeure victorienne, une masure sur le point de s’effondrer ou un bunker aseptisé, un grand soin est apporté à la création d’atmosphère et à la direction artistique. Un goût prononcé pour les éclairages glauques et les matières visqueuses se remarque très tôt.

Rencontres funestes

Les créatures hideuses pullulent dans l’univers de Guillermo del Toro. Le deuxième épisode en est la preuve. Rats de cimetière, écrit et réalisé par Vincenzo Natali (Dans les hautes herbes), d’après la nouvelle de Henry Kuttner, met en vedette David Hewlett en profanateur de sépultures qui croise des rats encore plus voraces que lui. Si le personnage fait rire, son escapade souterraine risque de traumatiser les claustrophobes.

Le cabinet de curiosités fait aussi la part belle aux acteurs. Ainsi le grand F. Murray Abraham brille dans L’autopsie, de David S. Goyer (The Dark Knight) et David Prior (The Empty Man), d’après la nouvelle de Michael Shea, où il incarne un médecin légiste devant affronter un cadavre habité par une entité extraterrestre. C’est aussi le cas de Kate Micucci, irrésistible dans La prison des apparences, cartoonesque critique de la dictature de la beauté, de Haley Z. Boston et Ana Lily Amirpour (A Girl Walks Home Alone at Night), d’après un récit d’Emily Carroll.

Deux nouvelles de H. P. Lovecraft sont à la base des cinquième et sixième épisodes, les plus gothiques de la série. Dans Le modèle, de Lee Patterson (Curve) et Keith Thomas (Firestarter), Ben Barnes incarne un homme dont la vie bascule après qu’il a vu les tableaux horrifiants d’un peintre maudit (Crispin Glover). Dans Cauchemars de passage, de Mika Watkins et Catherine Hardwicke (Twilight. Chapitre 1 – Fascination), Rupert Grint doit déjouer une affreuse sorcière pour ramener sa soeur de l’au-delà.

Dans l’avant-dernier épisode, Peter Weller interprète un riche excentrique qui invite quatre sommités de différents milieux afin de leur montrer un objet fait d’une matière inconnue. Seul épisode reposant sur une histoire originale, celle du réalisateur Panos Cosmatos et de son coscénariste de Mandy, Aaron Stewart-Ahn, L’exposition repose sur une intrigue bavarde qui traîne en longueur et se termine platement.

Enfin, le récit que Guillermo del Toro propose dans Murmuration, de Jennifer Kent (The Babadook), s’avère le plus émouvant et le plus sobre du lot. Inconsolables depuis la mort de leur fillette, deux ornithologues (Andrew Lincoln et Essie Davis, qui jouait la mère dans l’excellent film de Kent) s’installent dans une maison isolée où surviennent d’étranges phénomènes. Un épisode parfait pour les amateurs d’histoires de maison hantée qui clôt bellement ce Cabinet de curiosités.

Le cabinet de curiosités de Guillermo del Toro (V.F. de Guillermo del Toro’s Cabinet of Curiosities)

★★★ 1/2

Deux épisodes déposés chaque jour du 25 au 28 octobre sur Netflix.

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