«Occupation double» retire des candidats intimidateurs

Sous le feu des critiques des téléspectateurs depuis des jours et larguée par plusieurs commanditaires mercredi, la production d’Occupation double (OD) a annoncé le retrait de trois candidats ayant intimidé d’autres participants depuis le début de sa 16e saison, en Martinique.

L’annonce a été faite mercredi par voie de communiqué. « Les candidats, et leurs familles, seront encadrés et soutenus pour faire face à ce revirement », souligne-t-on. Les productions ToRoS ont indiqué au Devoir que les candidats concernés sont Philippe, Isaack et Félix. On précise que Félix avait déjà été éliminé dans le jeu par les autres candidats. Mais puisqu’il y a un décalage de trois semaines entre le tournage et la diffusion des épisodes, les téléspectateurs verront ces événements seulement dans les prochaines semaines.

Rappelons que depuis la semaine dernière, les fans de la populaire téléréalité diffusée sur Noovo accusent la production d’avoir banalisé l’intimidation dont aurait été victime le candidat Jonathan de la part d’autres participants pour faire gonfler ses cotes d’écoute.

La productrice de l’émission, Julie Snyder, s’est excusée auprès du candidat mercredi dernier, et son équipe a annoncé dimanche que les participants recevront prochainement une formation sur la « communication non violente ». Celle-ci doit être donnée dans les prochains jours par l’autrice et scénariste India Desjardins, ainsi que par le professeur de didactique à l’UQAM et expert en intimidation Stéphane Villeneuve. Dans nos pages, ce dernier avait rappelé la semaine dernière le rôle social que la téléréalité doit jouer et pressé la production de mesurer l’impact des images et des messages qu’elle transmet.

Cela n’a rien changé à la colère des téléspectateurs qui ont continué de critiquer la production et les candidats jugés « problématiques » sur les réseaux sociaux. Cela n’a pas non plus empêché mercredi certains commanditaires à vouloir se dissocier de l’émission.

« Nous croyons que l’intimidation n’a pas sa place en société, ainsi qu’à la télévision peu importe la raison. Nous croyons aussi que le respect, le bien-être et la cohésion devraient être mis de l’avant », a déclaré l’équipe de Shop Santé, sur ses réseaux sociaux mercredi matin, en annonçant mettre fin à son partenariat avec la téléréalité.

Liée par des obligations légales, l’entreprise de suppléments sportifs a précisé ne pas pouvoir mettre un terme « immédiatement » à son partenariat, mais assure qu’elle ne renouvellera pas l’entente « pour l’ensemble des saisons à venir ».

Dans la foulée, d’autres commanditaires de l’émission ont aussi annoncé mettre fin à leur partenariat avec OD pour les prochaines saisons, évoquant les mêmes raisons que Shop Santé. Il s’agit de la marque de vêtements Oraki et de l’entreprise de matelas Polysleep.

L’entreprise de livraison de boîtes-repas Cook it, aussi partenaire, a indiqué au Devoir « être en réflexion sur le sujet ». Elle a néanmoins tenu à « condamner les actions d’intimidation posées par certain.e.s candidat.e.s. » de l’émission.

Pour sa part, la marque de sacs Lambert compte poursuivre son partenariat avec OD, mais dénonce « tout comportement d’intimidation ».

Pour cette 16e édition, OD compte une trentaine de partenaires commerciaux.

« Prévisible »

Aux yeux des experts consultés par Le Devoir, la réaction de la production d’OD était prévisible. « Il y avait déjà les critiques des spectateurs, mais là, avec les commanditaires qui les lâchaient les uns après les autres, c’était manifestement beaucoup de pression sur l’émission. Cet argent, ils en ont besoin, ils n’offrent pas de la visibilité aux marques pour le plaisir », fait remarquer Caroline Lacroix, professeure de marketing à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Elle dit comprendre la décision de certains commanditaires de vouloir se dissocier de l’émission. « Ça montre que nos entreprises ont à coeur certaines valeurs sociétales, c’est une bonne nouvelle qu’elles réagissent ainsi », estime la professeure, bien qu’elle aurait trouvé « intéressant » de voir les partenaires s’asseoir avec la production pour trouver des solutions et être ensemble « des acteurs de changements ».

Or, ces valeurs sociétales ne cessent de changer avec le temps, et les téléréalités doivent s’adapter pour éviter de tels tollés, souligne Pierre Barrette, professeur de l’École des médias de l’UQAM.

« Ce pour quoi on a de la tolérance — ou non — se transforme. Dans les années 1970-1980, on s’offusquait de voir un sein nu dans une émission de Janette Bertrand. Deux hommes qui se tenaient la main, ça créait un tollé. Aujourd’hui, on n’a plus de problème avec ça, c’est bien accepté. Mais on a déplacé notre ligne morale ailleurs », fait valoir le spécialiste de la télé.

Depuis le mouvement #MoiAussi, la société n’a plus aucune tolérance pour toute forme de violences, renchérit Mme Lacroix.

Chose certaine, selon M. Barrette, cette forte secousse va probablement conduire la production d’OD à une « remise en question », tant sur le choix de ses candidats que sur ce qu’elle veut vraiment proposer comme « show ». « Les controverses sont le pain et le beurre d’émissions comme OD. On aime ça, et quand il n’y a rien à critiquer, on trouve ça ennuyeux. Le défi, c’est de trouver un juste milieu. »

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