Québec, terre d’asile des cyberpédophiles

Dans la série, le Québec est décrit comme une terre féconde de la cyberpédophilie avec des activités supérieures à celles de l’Ontario.
Vrai Dans la série, le Québec est décrit comme une terre féconde de la cyberpédophilie avec des activités supérieures à celles de l’Ontario.

La séquence apparaît au deuxième épisode de la nouvelle série coup-de-poing Les collectionneurs d’enfants, de l’animateur Paul Arcand. Il accompagne Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique, à une présentation exclusive de la Sûreté du Québec (SQ). Une carte projetée leur montre la localisation des ordinateurs échangeant des images de pédopornographie. Plus de 3100 points se côtoient sur la carte.

Il faudrait y ajouter les activités à Montréal, territoire pour lequel la SQ n’a pas le mandat de prendre la mesure complète du problème. Le Québec est d’ailleurs décrit dans le documentaire par Marco Breton, commandant de l’Exploitation sexuelle et moralité au SPVM, comme une terre féconde de la cyberpédophilie avec des activités supérieures à celles de l’Ontario.

Dans une autre scène du premier épisode, M. Arcand se joint en observateur à une équipe policière effectuant l’arrestation d’un homme soupçonné de posséder et d’échanger du matériel pornographique impliquant des enfants. La fouille de son appartement miteux permet de dénicher 91 fichiers illégaux.

Une autre séquence encore, probablement la plus troublante des deux épisodes présentés lundi en visionnement de presse, s’organise autour de l’interview de Roger, cyberpédophile arrêté et condamné. Comme il semble que ce soit la norme dans ce milieu enténébré, il invoque des excès de stress pour expliquer sa déviance. Il déplore l’effet de son arrestation sur sa vie et celle de ses proches, mais ne parle jamais des victimes sur les images qu’il surconsommait.

Sa femme, Claudette, se joint finalement à l’entrevue. Elle explique pourquoi elle a fait le choix de rester auprès de son mari malgré la honte, l’ostracisation et tous les contrecoups qu’elle subit elle aussi. L’abnégation poussée loin, très loin…

Le sésame de l’enquête

C’est ainsi que Paul Arcand s’affirme comme le sésame du documentaire social : sa notoriété surchargée au micro du 98,5 FM à Montréal lui permet d’ouvrir toutes les portes y compris les plus boulonnées. Il rencontre de jeunes victimes de la pédocriminalité et, au troisième épisode (non visionné), il donne accès à la prison de Gaspé, spécialisée dans le traitement de la délinquance sexuelle.

L’animateur vedette se sert de son pouvoir exceptionnel pour exposer les crimes commis contre les plus faibles de la société, les enfants et les adolescents. C’était déjà le cas avec Les voleurs d’enfance (2005), qui brossait un portrait très critique de la protection de la jeunesse au Québec. Les collectionneurs d’enfants, diffusé sur la plateforme Vrai de Québecor, peut être vue comme une suite thématique à ce premier travail.

« C’est un autre sujet difficile, c’est sûr, dit M. Arcand qui a travaillé avec le réalisateur André St-Pierre. Je suis passé dans cet univers, j’ai investi deux ans de travail avec l’équipe. On essaie de se faire un certain blindage, mais… Tous les films que j’ai faits m’habitent encore. Je me dis que j’ai la chance d’avoir un micro, une certaine notoriété, des gens qui veulent travailler avec moi et un diffuseur qui accepte de présenter le résultat. »

La Direction de la protection de la jeunesse collabore au nouvel opus. Une des histoires présentées concerne une adolescente victime de sextage. Là encore, le documentaire très terrain accompagne les intervenantes, de leur bureau jusqu’à l’école, où la jeune refuse de porter plainte.

Le SPVM se révèle aussi d’une transparence exceptionnelle. Il y a quelques années encore, l’escouade spécialisée dans tous les types de crimes sexuels comptait une dizaine de personnes. La seule section consacrée à l’exploitation sexuelle des enfants emploie maintenant près de vingt policiers.

« C’était vraiment une première pour nous d’ouvrir nos portes à une compagnie de production », expliquait lundi le commandant Marco Breton, présent au visionnement. « Il y a six mois, je n’étais pas nécessairement favorable à cette ouverture. Nous avons beaucoup de techniques d’enquête à protéger si on veut encore être efficaces et arrêter d’autres prédateurs. »

Quel travail ! Les policiers du documentaire (en fait, surtout des policières), qui plongent quotidiennement dans l’horreur, doivent prendre des précautions pour se ménager.

« On doit respecter une hygiène, a expliqué aux journalistes la sergente détective Michelle Lanteigne, une des figures de proue de la série. Moi, je me discipline énormément. On a un programme d’aide, des rencontres avec les psychologues, en groupe individuellement. Quand on fait du visionnement, on respecte certaines règles. On n’en fait pas en fin de journée pour ne pas coller l’effet avec l’arrivée à la maison. On n’écoute pas de la musique pour ne pas associer les sons et les images. On limite le temps passé à visionner les images. Nous, on se concentre sur ce qu’on fait. Je trouve mon équilibre en me concentrant sur les enquêtes. »

À voir en vidéo