«Paradise Marsh»: Lâcher prise

On espère que les vrais limbes sont tout aussi agréables que ce petit jeu indépendant montréalais.
Photo: Lazy Soft On espère que les vrais limbes sont tout aussi agréables que ce petit jeu indépendant montréalais.

Mourir. On a beau essayer de ne pas y penser dans la vie, on trépasse bien souvent dans les jeux vidéo. Et après ? Le jeu vidéo indépendant Paradise Marsh imagine ce qui nous attend après la vie : un étang paisible habité par une foule de petits insectes à attraper. On espère que les vrais limbes sont tout aussi agréables, parce qu’on a beaucoup aimé.

Après une brève introduction, ce court premier jeu solo plein de douceur, du développeur montréalais Étienne Trudeau, nous place dans un étang éthéré aux couleurs des quatre saisons. Les étoiles sont tombées du ciel et se sont matérialisées ici sous la forme d’insectes et autres bestioles. À nous de les attraper dans notre filet pour les renvoyer dans l’espace et redessiner leurs constellations.

Une fois de retour dans le firmament, chacun des 12 animaux à capturer possède sa propre personnalité : le papillon monarque virevolte gaiement, l’araignée est menaçante mais aimable, et le têtard doit avoir un grand nombre d’abonnés sur Twitter. Il faut, pour recréer chaque constellation, en attraper trois ou quatre de chaque sorte, ce qui n’est pas nécessairement aisé. Grenouilles et lucioles sont facilement effrayées.

Photo: Lazy Soft Une fois de retour dans le firmament, chacun des 12 animaux à capturer possède sa propre personnalité.

Parsemées dans cet environnement « lo-fi » pixélisé, des bouteilles renfermant des messages sur le lâcher-prise font surface. Hiboux et hirondelles nous parlent en rimes — non, maître corbeau ne tient pas en son bec un fromage. La narration, signée par le game designer Raphaël Dely (mori, Sunrise), est poétique, parfois forcée, mais jamais ringarde.

Bercés par la musique de Disasterpiece, nous nous sommes perdus le temps d’un après-midi dans ce monde tranquille, à la recherche du dernier coléoptère qui nous manquait pour terminer une des constellations, ou à découvrir les petits clins d’oeil qui parsemaient l’environnement. Dévorer une amanite tue-mouche nous a fait voler très, très haut. Boire un RedBull, marcher vite.

Surtout, on a appris à apprécier cette lenteur, cette quiétude qui imbibe chaque moment passé dans ce très bref Paradise Marsh. Hier, les élections se terminaient. Dehors, en ce week-end d’automne, le froid reprenait sa place. Très loin, la Russie bombardait Kiev encore une fois.

On ne peut que chanter les louanges de ces petits jeux qu’on termine en quelques heures à peine et qui nous font oublier, le temps d’un instant, l’anxiété du réel. On pense à ce A Short Hike qui nous avait fait chavirer. À ce Stray qui avait gagné l’Internet avec son félin protagoniste. Ou à ce JETT: The Far Shore qui nous avait fait voyager si, si loin.

En ligne, le développeur Étienne Trudeau affirme avoir trouvé l’inspiration pour son jeu dans son enfance, dans ces moments passés à attraper des insectes dans la nature. On le remercie d’avoir écouté son instinct : Paradise Marsh n’est pas un chef-d’oeuvre, mais il est unique. Et c’est là l’important.

Paradise Marsh

★★★ 1/2

Conçu et édité par Lazy Soft. Offert pour PC (Steam), Xbox et Nintendo Switch. Compatible avec la Steam Deck.