«Loup-garou de nuit»: pour l’amour des monstres d’antan

Le film de Michael Giacchino prend place dans la phase 4 de l’Univers Marvel.
Photo: Marvel Le film de Michael Giacchino prend place dans la phase 4 de l’Univers Marvel.

À l’approche de l’Halloween, l’hyperactive usine Marvel a accordé une pause aux superhéros pour laisser sortir du caveau quelques-unes de ses créatures restées dans l’ombre de l’Univers cinématographique Marvel (UCM) : les monstres. En tête, le lycanthrope allant sous le nom de Jack Russell, apparu en 1972 dans la série Werewolf by Night. Ses créateurs, Roy Thomas et Mike Ploog, s’étant inspirés de l’apparence de Lon Chaney dans The Wolf Man, de George Waggner (1941), il était logique que ce Jack-là se retrouve à l’écran un jour. Ou plutôt, une nuit.

Loup-garou de nuit (V.F. de Werewolf by Night), premier film du compositeur Michael Giacchino (dont les musiques sont associées aux récentes franchises Star Trek, Jurassic World, Spider-Man, Planet of the Apes et autres Mission: Impossible) s’ouvre sur les funérailles d’Ulysses Bloodstone. Ce soir, son successeur à la tête des tueurs de monstres sera choisi. Les aspirants vont s’affronter dans une traque au cours de laquelle tout est permis. Le vainqueur (comprendre, le survivant) sera le nouveau maître de la « pierre de sang », puissant talisman maintenant accroché au dos du plus monstrueux des monstres. De lui, il serait criminel d’en dire plus. Ce serait gâcher le plaisir de ceux qui connaissent cet univers et la surprise des autres.

Parmi les chasseurs convoitant la pierre figure Elsa Bloodstone, fille d’Ulysses à qui le talisman aurait dû revenir si elle n’avait pas tourné le dos à sa famille. Et Jack, dont la stature et l’allure n’impressionnent aucun des autres tueurs… jusqu’à ce que se révèle sa véritable nature. Pour les incarner, Laura Donnelly (qui s’est fait les dents sur le gothique avec la série The Nevers) et le toujours impeccable Gael García Bernal. Ils partagent une (al)chimie qui allume le noir et blanc de mille feux.

Jeux d’ombres et de lumière

D’une esthétique hommage à l’expressionnisme allemand, utilisant comme il se doit un narrateur omniscient à voix d’outre-tombe, campé dans des lieux et des décors plus vrais que nature (sublime direction artistique de Maya Shimoguchi), mettant en scène des monstres faits de chair, d’os, de prothèses, de costumes et non d’effets spéciaux, suivant les codes scénaristiques du genre et du temps d’alors (beau travail des scénaristes Heather Quinn et Peter Cameron). Le moyen métrage impressionne par son noir et blanc luxueux et ses jeux d’ombres et de lumière (chapeau bas à la directrice photo Zoë White), par le traitement de la « pellicule » abîmée et vieillie, par la réalisation théâtrale d’une lenteur calculée jouant entre autres sur les gros plans, par ses pointes d’humour judicieuses, par sa trame sonore bien plantée dans le passé, et par sa réflexion en sous-texte sur « qui, de l’humain ou du monstre, est le plus monstrueux ? ». 

Une belle réussite. Jusqu’à la fausse note, qui s’élève quand tout ce beau et moins beau monde se met en action : tels que chorégraphiés, les affrontements entre les tueurs nous ramènent en plein dans l’UCM, qui avait jusque-là réussi à rester en arrière-plan. Loup-garou de nuit est « une présentation spéciale de Marvel Studios » et fait partie de la Phase 4 de cet univers. Il n’était pas question de nous laisser l’oublier. Comme si…

Loup-garou de nuit (V.F. de Werewolf by Night)

Drame d’épouvante de Michael Giacchino, avec Gael García Bernal, Laura Donnelly, Harriet Sansom Harris. États-Unis, 53 minutes. Sur Disney+ dès le 7 octobre.

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