La réussite sans frontières des Québécoises

Rebecca Makonnen pour sa nouvelle série documentaire «Les ambassadrices» sur des Québécoises qui ont du succès.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Rebecca Makonnen pour sa nouvelle série documentaire «Les ambassadrices» sur des Québécoises qui ont du succès.

Le concept de la nouvelle série documentaire de Radio-Canadaécrite par Renée Claude Riendeau et présentée par Rebecca Makonnen, Les ambassadrices, est simple : « On ne devient pas ce qu’on ne voit pas. »

« L’exposition aux modèles féminins m’intéresse », dit d’emblée l’animatrice. Selon elle, il est essentiel de donner une visibilité à ces nombreuses Québécoises qui mènent une brillante carrière à l’étranger et qui pourraient en inspirer d’autres, hommes inclus. « Quand j’étais petite, la NASA me semblait inatteignable. Savoir qu’une femme d’ici, en l’occurrence Farah Alibay, y est aujourd’hui ingénieure en aérospatiale laisse entrevoir d’innombrables possibilités. » Rebecca Makonnen émet le souhait qu’en regardant l’émission, tout un chacun puisse en effet se dire « et pourquoi pas moi ? ».

Plus loin que les simples réussites, Les ambassadrices se penche également sur les parcours, tous très différents les uns des autres, des 13 femmes mises en lumière dans la première saison. « Qu’il s’agisse de domaines majoritairement masculins, de difficultés de financement ou de la vie avec le sexisme ordinaire, ces choses-là existent. Il faut les traduire à l’écran », poursuit Rebecca Makonnen.

Tout ce qui est nommé dans Les ambassadrices nous permet de comprendre, sans colère ni dénonciation, quelle est la situation ici, au Québec, actuellement.

 

Dans cette optique, la série raconte entre autres la trajectoire remarquable de Laurie Rousseau-Nepton, cette astronome qui travaille pour le télescope Canada-France-Hawaï et qui est aussi la première femme autochtone du Québec à avoir obtenu un doctorat en astrophysique — et c’était il n’y a pas si longtemps. « Tout ce qui est nommé dans Les ambassadrices nous permet de comprendre, sans colère ni dénonciation, quelle est la situation ici, au Québec, actuellement », précise son animatrice. Première femme noire à animer une émission quotidienne à Radio-Canada, en 2016, elle tient à souligner les progrès accomplis plutôt que d’être vindicative.

Nouveau Québec

 

Si l’épreuve de l’accès à l’éducation, à des programmes, à des stages ou encore à des bourses est évoquée dans Les ambassadrices, l’heure n’est pas non plus à la résolution de problèmes. L’émission met, de préférence, l’accent sur l’optimisme et les changements de mentalité qui s’amorcent. En 2022, n’en déplaise à certaines personnes, le Québec ressemble à cette série, croit la femme de télévision. Farah Alibay, qui est d’origine malgache et qui a grandi à Joliette, ou encore Laurie Rousseau-Nepton, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, « ce sont des personnes comme elles qui font notre Québec et qui nous enseignent que le sentiment de fierté et d’appartenance est à cultiver précieusement », ajoute Rebecca Makonnen.

« Nous sommes collectivement si fiers quand Xavier Dolan est sélectionné à Cannes ou quand Denis Villeneuve réalise Dune que nous n’hésitons pas à nous les approprier », soulève-t-elle. Pourquoi donc ne pas faire de même avec ces femmes tout aussi méritantes ? Elles montrent, de fait, qu’il n’y a pas de limites, peu importe le genre.

« Je n’ai jamais été d’accord avec l’expression d’ici “être né pour un petit pain”, que les succès des autres, c’est bien beau, mais que ça ne sera jamais possible pour soi », confie enfin Rebecca Makonnen, qui croit plutôt à la curiosité et au désir de s’ouvrir sur le monde. « Ce n’est jamais pour dénigrer le Québec, mais bien pour inspirer les gens. »

Les esprits s’échauffent avec «De l’huile sur le feu»

Rebecca Makonnen succède aux gars de La soirée est (encore) jeune avec De l’huile sur le feu, une émission de radio diffusée le dimanche à 18 h sur ICI Première et en majorité faite par « une gang de femmes », mais qui se veut rassembleuse. Comme Les ambassadrices, finalement. « Nous ne parlons pas forcément de sujets féministes, mais bien de n’importe quel projet porté par des femmes. C’est tout. Attendez-vous à entendre des hommes », plaisante l’animatrice. Elle souhaite ainsi privilégier la prise de parole « des femmes pertinentes, un peu tannantes, mais éloquentes » à propos de sujets d’intérêt public. « Si les manchettes sont décidées par les mêmes personnes — les hommes — depuis toujours, c’est bien de remarquer ces choses passées inaperçues. » Elle remarque que c’est encore deux poids, deux mesures quand il s’agit de projets soutenus par une équipe féminine : on considère toujours qu’ils sont destinés aux femmes. « Les productions faites par des hommes destinées à tous ne datent pas d’hier. Mais pourquoi l’inverse n’est pas vrai ? Pourquoi un projet mené en grande partie par des femmes ne devrait cibler que leurs consoeurs ? » soulève Rebecca Makonnen.

Les ambassadrices

ICI Télé, les samedis, 21 h



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