La course contre la montre de l’écriture d’une quotidienne

Qu’il s’agisse des univers médicaux ou judiciaires, l’important pour les auteurs de séries est que le lieu soit également porteur d’action et d’émotion.
Illustration: Fanny Monier Qu’il s’agisse des univers médicaux ou judiciaires, l’important pour les auteurs de séries est que le lieu soit également porteur d’action et d’émotion.

«L’écriture d’une quotidienne, c’est du temps plein plus que plein. » Marie-Andrée Labbé, qui signe seule le scénario et les dialogues de STAT, la nouvelle série de Radio-Canada se déroulant en milieu hospitalier, n’a pas eu le temps de douter depuis le début de l’aventure.

À raison de quatre épisodes par semaine en moyenne couchés sur papier, soit quelque 25 pages par jour, l’exercice requiert, selon elle, une discipline assez rigide.

« À ce stade, alors que j’ai déjà écrit la première moitié de la saison, le tournage est en cours, confie l’autrice. Je dois toujours avoir une avance de plusieurs semaines sur eux, sinon c’est trop angoissant pour tout le monde. »

Si une grande partie du processus se passe entre elle et son ordinateur, Marie-Andrée Labbé peut néanmoins compter sur les vingt années d’expérience de Fabienne Larouche, aujourd’hui scripte-éditrice et productrice de STAT, et qui a par le passé été la scénariste de Virginie et de 30 vies.

À ce stade, alors que j’ai déjà écrit la première moitié de la saison, le tournage est en cours. Je dois toujours avoir une avance de plusieurs semaines sur [les épisodes], sinon c’est trop angoissant pour tout le monde.

« Le défi est maintenant de savoir quand dévoiler quoi. J’ai des histoires en banque et j’y vais surtout avec instinct pour prendre la bonne décision. Ça m’arrive aussi de changer d’idée en cours de route, mais je fais confiance à Fabienne. Elle sait quand il est temps de brasser les cartes », souligne-t-elle.

Fabienne Larouche renchérit. Elle compare le rythme effréné et solitaire de l’écriture d’une quotidienne à un service d’urgence. « Nous sommes sur la ligne de feu. Contrairement aux autres séries, le rapport à l’écriture n’est pas le même. La pression est donc très intense, car plus le tournage avance, plus les échéances finissent par se resserrer… Il n’y a pas vraiment de balises, seulement quelques paramètres à considérer. À un moment donné, cette gymnastique devient toutefois naturelle, à la fois effervescente et passionnante. »

Pour Nadine Bismuth, autrice principale d’Indéfendable (bientôt mise en ondes à TVA), qui dépeint le quotidien d’un cabinet d’avocats en défense criminelle, la cadence est également soutenue même si le fonctionnement, lui, diffère. Celle-ci supervise en effet une équipe de sept scénaristes. « J’ai développé le concept du criminaliste avec Me Richard Dubé et j’ai écrit les premiers épisodes de la série. Puis, dès que la production a commencé, nous avons créé notre équipe d’auteurs. Nous n’avons pas de temps entre deux épisodes, comme un athlète qui ne peut pas reposer ses muscles après un effort. Cela implique parfois des compromis créatifs », convient-elle. Nadine Bismuth est, de fait, la gardienne de la progression de l’intrigue.

« J’ai à ma charge la rédaction du synopsis pour chaque épisode, avec les trames dramatiques des vies professionnelle et personnelle des personnages, précise-t-elle. Les auteurs, quant à eux, s’occupent des dialogues. Nous recevons ensuite leurs textes, et, avec Me Richard Dubé, puisqu’il connaît tous les rouages de la justice, nous passons en revue les épisodes afin que l’ensemble soit cohérent et rigoureux. »

Les deux scripts-éditeurs d’Indéfendable veillent pour leur part à la structure de la série au sein d’une équipe où s’est instaurée une certaine complicité. « Notre coordination et notre communication sont très fluides et permettent un bon fonctionnement », fait-elle remarquer alors que le scénario de la première saison sera terminé avant la fin de l’année, probablement vers la fin du mois d’octobre.

Sang-froid et observation

 

Qu’il s’agisse des univers médicaux ou judiciaires, l’important pour les auteurs de séries est que le lieu soit également porteur d’action et d’émotion. Déjà autrice pour deux autres séries qui explorent la santé, Trop et Sans rendez-vous, Marie-Andrée Labbé n’a donc pas hésité un instant avant d’accepter la proposition pour STAT.

« C’est un milieu qui m’inspire et qui m’attire beaucoup », dit-elle. Et comme pour celui de la justice avec Indéfendable, l’écosystème hospitalier exige tout autant d’exactitude et de soin. « Tous les mots sont de moi, mais je ne décide pas de combien de milligrammes d’un médicament un patient a besoin », explique-t-elle. Pour ce faire, la scénariste reçoit aussi l’aide d’une recherchiste, ainsi que celle de sa compagne, la chroniqueuse, journaliste et écrivaine Judith Lussier. « Grâce à elles, j’ai accès à des informations directes récoltées auprès d’intervenants médicaux, notamment, et aux défis que chaque corps de métier rencontre. »

Nous ne nous sommes pas inspirés par des cas en particulier, mais nous constatons souvent des ressemblances entre la série et ce que nous pouvons lire dans les journaux.

Il ne fait donc aucun doute que les enjeux soulevés par la pandémie vont être abordés dans la série, comme un écho à l’esprit du milieu de la santé en 2022, indique Marie-Andrée Labbé, qui aime se pencher sur les sujets qui la bouleversent. « Je ne me donne pas le mandat d’être un documentaire, je veux seulement dépeindre cette réalité pour que les gens pour qui c’est le quotidien se reconnaissent dans la fiction. » Et Fabienne Larouche d’ajouter : « Tout ce qui se passe autour de nous influence l’écriture », à propos de la temporalité imposée par une quotidienne.

Indéfendable n’y échappe pas. « Nous ne nous sommes pas inspirés par des cas en particulier, mais nous constatons souvent des ressemblances entre la série et ce que nous pouvons lire dans les journaux, note Nadine Bismuth. Des faits divers en passant par les agressions sexuelles, les violences, les drames conjugaux ou encore la maladie mentale, Indéfendable me fait souvent sentir comme dans la réalité. Je pense d’ailleurs qu’elle va susciter beaucoup de discussions, car elle est proche des gens. »

De cette façon, Nadine Bismuth souhaite aussi montrer l’envers du décor, faire pénétrer l’audience dans les coulisses de la justice.

« Les avocats de la défense ont souvent mauvaise réputation. Nous avons cependant réussi à les rendre attachants, entre autres parce qu’ils font valoir la présomption d’innocence d’abord et avant tout. Ce sont des personnages et des métiers qu’on gagne à connaître », estime-t-elle. Rendre sympathiques ceux qui, a priori, sont loin de faire l’unanimité dans l’opinion publique est indéniablement l’autre défi d’écriture majeur auquel l’autrice doit s’attaquer avec Indéfendable. 

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ICI TÉLÉ, du lundi au jeudi à 19 h dès le 12 septembre

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