Une mère, son fils, et la rue entre eux

Nico Racicot et Guylaine Tremblay dans la série «Anna et Arnaud».
Photo: TVA Nico Racicot et Guylaine Tremblay dans la série «Anna et Arnaud».

« Avec Anna et Arnaud, nous montrons aux téléspectateurs qu’il y a des personnes dans la même ville qui sont dans la rue aujourd’hui, chacune avec leur propre parcours. » Pour Nico Racicot, l’un des deux acteurs principaux de cette série douce-amèresur une mère et son fils en pleine chute, il est essentiel que notre vision de l’itinérance change. En 2022, il est temps de prendre conscience que notre monde est moins aseptisé que ce que l’on veut bien croire.

« Il faut révéler les vraies choses pour évoluer en tant que société », avance le comédien que l’on a découvert ici dans L’heure bleue. Les « vraies choses » qu’il évoque, ce sont tous ces éléments qui meublent le quotidien des itinérants dans toute la complexité de leur réalité. Certains ont aussi parfois laissé une famille derrière eux. Arnaud, le personnage campé par Nico Racicot, est de cette eau. Grièvement blessé par balle, le jeune homme en vient à perdre ses repères. Déboussolé, il ira jusqu’à s’abandonner à la rue et à la toxicomanie.

Librement adaptée du roman de Francine Ruel, Anna et l’enfant-vieillard (Libre expression, 2019), par le dramaturge François Archambault, la série de Louis Bélanger dépeint la relation qui lie ce fils en situation d’itinérance à sa mère, Anna. Interprétée par la comédienne Guylaine Tremblay, Anna est une brillante couturière dont l’ascension professionnelle a été brusquement interrompue à la suite de l’accident de son fils Arnaud. Pourtant, même au tapis, jamais elle ne désespère.

« Comment continuer à vivre, à être heureux, quand son enfant ne l’est pas ? Comment entretenir le lien entre Anna et Arnaud sans que celle-ci, à son tour, se détruise ? » demande l’actrice, qui a tout de suite su comment aller chercher son personnage dans ce récit « d’une telle beauté, d’une telle humanité ». La question est, selon elle, organique. « En tant que parents, nous ressentons ce que nos enfants ressentent, mais nous savons au fond de nous-mêmes que nous ne pouvons pas tout sauver, que nous n’avons pas toutes les solutions. »

Si, en fiction, la mère est souvent à l’origine des pires maux, ce n’est pas du tout le cas ici, affirme Guylaine Tremblay : « Non, ce n’est pas forcément la faute de la mère si tout ne se passe pas bien pour son enfant. On le voit bien dans Anna et Arnaud. La relation filiale est tout à fait normale, ils s’aiment beaucoup et ils sont bien l’un avec l’autre. » Ils ont une vraie complicité, poursuit la comédienne. « Par exemple, j’adore lorsqu’ils magasinent ensemble, car, tout à coup, ils redeviennent simplement une mère et un fils complices. Nous voyons ce qu’ils auraient pu être » si le pire n’était pas survenu.

En tant que parents, nous ressentons ce que nos enfants ressentent, mais nous savons au fond de nous-mêmes que nous ne pouvons pas tout sauver, que nous n’avons pas toutes les solutions.

L’anecdote n’est pas anodine. Elle agit un peu comme une lueur de beauté et d’espoir qui vient contrebalancer la laideur, l’inquiétude et la terreur auxquelles est quotidiennement confrontée cette mère courage. C’est cohérent avec cette série qui, précise-t-elle, est dans une constante recherche d’équilibre. « Car la vie, c’est aussi ça », des hauts et des bas, que chacun traverse comme il le peut.

Jusqu’à la dernière minute

Ce jeu d’équilibre, Nico Racicot a également dû l’apprivoiser pour son rôle de fils itinérant, égoïste malgré lui, avec en dessous des qualités que lui-même ne voit plus. « Au début, ça a été très dur pour moi de lire le scénario parce que je voyais l’ingratitude d’un fils envers sa mère, même si elle est involontaire. J’ai donc voulu puiser dans la sincérité d’Arnaud, puisque les autres personnages parlent de lui comme d’une personne bienveillante et soucieuse de ceux qui l’entourent. »

Les défis ne se sont pas arrêtés là pour Nico Racicot. Il a en effet dû s’approprier et incarner la toxicomanie d’Arnaud, un univers qui lui était aussi étranger que celui de la rue. « Les drogues l’affectent physiquement et mentalement. Toutes ses décisions sont basées sur sa consommation, son mal-être. Et même s’il s’est fait tirer dessus et qu’il vit dans la douleur, son sens de l’humour est encore là », explique-t-il.

Cette dualité, cette douceur dans la violence, cette tendresse dans la misère, Guylaine Tremblay espère qu’elle sera riche d’enseignements pour tous. Elle aimerait que les gens arrêtent de « chercher la faille », pour reconsidérer l’itinérance comme étant quelque chose de plus complexe, de plus large aussi, celle-ci touchant aussi la famille de ces personnes de plein fouet. « Nous traversons la ville en les voyant tous les jours, observe-t-elle. Ne pourrions-nous pas, au moins, leur sourire et leur dire bonjour pour qu’ils ne soient plus seulement des fantômes ? »

Il reste que la série est sombre. Nico Racicot estime pour sa part que certains éprouveront de la difficulté à regarder Anna et Arnaud, justement parce que la série aborde frontalement l’itinérance. « Il faut se rendre jusqu’au bout de l’émission pour saisir toute la profondeur et toute l’humanité d’Arnaud », prévient-il. Pour aller plus loin dans la réflexion, l’acteur invite aussi le public à écouter le balado né de sa rencontre avec Étienne, le fils de l’autrice Francine Ruel qui lui a inspiré son livre. Le tout a permis une puissante discussion qui le laisse encore à ce jour sans voix.

Anna et Arnaud

TVA, dès le 13 septembre, 20 h

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