L’esprit de la jeunesse

Lorsqu’on lui demande de porter un regard sur l’ensemble de sa carrièreen séries jeunesse, Pierre-Yves Bernard remarque une certaine constance, comme celle qui habite l’esprit enjoué caractéristique de l’enfance.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lorsqu’on lui demande de porter un regard sur l’ensemble de sa carrièreen séries jeunesse, Pierre-Yves Bernard remarque une certaine constance, comme celle qui habite l’esprit enjoué caractéristique de l’enfance.

Dans une galaxie près de chez vous, Watatatow, La princesse astronaute ou encore Télé-Pirate figurent à son actif d’auteur d’émissions jeunesse à succès des années 1990 et 2000. Près de deux décennies plus tard, Pierre-Yves Bernard signe pour Télé-Québec Comme des têtes pas de poule, une nouvelle série familiale à l’humour loufoque destinée aux 9-12 ans et à leurs parents.

On y suit les aventures des Babin-Bibeau, une famille « parfaitement imparfaite » dont la mère, Évelyne (Mélanie Pilon), veut abandonner son métier pour devenir menuisière-charpentière. Pour ce faire, celle-ci reprend ses études… à la même école que Victoria (Estelle Fournier) et Félix (Tristan Clouâtre), ses deux ados. Une situation incongrue qui fait beaucoup rire Flavie, la petite dernière de la fratrie. « Je suis beaucoup plus vieux qu’à l’époque de Télé-Pirate, mais ma capacité à faire parler les jeunes et à me connecter à leur candeur, à leur naïveté et à leur innocence me vient spontanément, explique le scénariste. Cet humour déjanté que je porte en moi se retrouve dans chacun de mes projets jeunesse, jusqu’à Comme des têtes pas de poule, l’enfant le plus récent de ma filmographie. »

Je suis beaucoup plus vieux qu’à l’époquede Télé-Pirate, mais ma capacité à faire parler les jeunes et à me connecter à leur candeur, à leur naïveté et à leur innocence me vient spontanément

 

Lorsqu’on lui demande de porter un regard sur l’ensemble de sa carrièreen séries jeunesse, Pierre-Yves Bernardremarque une certaine constance, comme celle qui habite l’esprit enjoué caractéristique de l’enfance.« Je ne pense pas tant que ça au jeune public lorsque je travaille sur un scénario, peut-être parce que je n’ai jamais perdu cette énergie insouciante », fait-il remarquer. Et même si les temps ont bien changé depuis les aventures du Romano Fafard, son amour pour la liberté et l’écriture des séries jeunesse est intact. « Le fait qu’on soit dans une comédie feel good plutôt que dans un drame n’empêche ni de réfléchir ni de se questionner sur des sujets importants. Dresser le portrait contemporain des jeunes et de leur famille permet de réfléchir sur le monde dans lequel nous vivons.Nous avons souhaité que chaque épisode soit substantiel, fédérateur et léger pour permettre d’aborder différents thèmes sans que le ton soit didactique ou pamphlétaire. » Le mieux vivre-ensemble, la notion de famille, l’entraide, la différence et la persévérance sont ainsi autant de thèmes convoqués dans Comme des têtes pas de poule, tout en évitant les jugements et le registre moralisateur, ajoute l’auteur.

Vers les confins de la société

 

Nous sommes en 2022. La situation sur Terre n’est pas tout à fait catastrophique, car la couche d’ozone n’a finalement pas été complètement détruite. Mais l’heure est toutefois venue de raconter les différentes évolutions sociales qui ont émergé ces dernières années, croit Pierre-Yves Bernard. « Les rapports entre les parents et leurs enfants ont beaucoup changé, les genres sont redéfinis, les relations à la technologie et aux écrans sont préoccupantes… Pour moi, qui suis sociologue de formation, il est très intéressant d’observer ce monde qui bouge sans arrêt, qui entraîne inévitablement des remous et auquel nous devons nous adapter », poursuit-il, fasciné par les infinies possibilités créatives qu’offre ce terreau fertile.

« Comme des têtes pas de poule est une série comique avec un ancrage émotif et affectif. Cela était primordial pour nous, et Télé-Québec a été séduite par l’idée. Dans chaque épisode d’une vingtaine de minutes, il y a un moment où un des personnages vit une certaine détresse ou un questionnement important qui l’oblige à pivoter et à se repositionner », explique Pierre-Yves Bernard. Dans la série, cette ouverture et cette posture moderne se traduisent également à travers le rôle du père, Ian (David Savard), qui est celui dans la famille qui s’inquiète le plus, alors que ce trait de personnalité est généralement attribué aux protagonistes féminins. « Je suis moi-même un père soucieux et je trouve que je suis sous-représenté à l’écran », dit-il enfin, fidèle à son humour piquant, mais toujours bienveillant.

Comme des têtes pas de poule

De Pierre-Yves Bernard. Avec David Savard, Mélanie Pilon, Élia St-Pierre, Tristan Clouâtre et Estelle Fournier. Télé-Québec, du lundi au jeudi dès le 5 septembre, 18 h 30

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