«She-Hulk : Avocate» : comédie, action et féminisme

Tatiana Maslany dans le rôle de Jennifer «Jen» Walters
Photo: Marvel Studios Tatiana Maslany dans le rôle de Jennifer «Jen» Walters

« Les superhéros, ce sont des milliardaires et des narcissiques. Et, pour une raison que j’ignore, des adultes orphelins. Rien à voir avec moi ! » Entendue dans She-Hulk : Avocate (V.F. de She-Hulk: Attorney at Law), la réplique donne une excellente idée du personnage qu’incarne la polyvalente et polymorphe Tatiana Maslany (une dizaine de clones dans Orphan Black, il fallait le faire !) dans la série qui démarre jeudi sur Disney+ et dont Le Devoir a pu voir les quatre premiers des neuf épisodes.

Créée en 1980 par feu Stan Lee et John Buscema, Jennifer Walters est avocate. Elle est aussi la cousine de Bruce Banner (Mark Ruffalo reprend ici le rôle qu’il joue depuis 10 ans), qui va accidentellement la contaminer et faire naître en elle un autre mastodonte vert. Jonglant avec l’action et la comédie, la prise de vue réelle et l’image de synthèse, la série s’ouvre là-dessus, puis suit l’adaptation de Jen à ce nouvel état — qu’elle n’apprécie absolument pas.

Trame féministe

 

« J’aime à quel point elle résiste à ce qui lui arrive, notait Tatiana Maslany lors d’une conférence de presse virtuelle à laquelle Le Devoir était convié. Elle s’est construit une vie, une carrière, elle refuse d’abandonner tout ça. Elle n’accepte pas de devoir soudain faire face à cette nouvelle image que la société a d’elle. » Parce que Jennifer Walters n’a pas changé. Contrairement à son cousin, la peau verte, la force surhumaine et les deux mètres de hauteur ne la transforment que physiquement. Elle n’a pas d’alter ego. Durant une entrevue accordée à Stephen Colbert dans The Late Show, l’actrice canadienne disait qu’à son avis, cela s’expliquait par le fait que « les femmes ont appris à réprimer et à contrôler leurs émotions pour survivre ».

Ce qui colle parfaitement à la trame féministe de cette série conçue et portée par des femmes (entre autres, les productrices exécutives Jessica Gao et Kat Coiro, respectivement chef scénariste et réalisatrice principale). D’où, par exemple, le fait que le personnage a un sérieux problème avec le nom She-Hulk qui lui tombe sur la tête : « Je ne peux pas exister sans être un dérivatif de Hulk ?! » s’insurge-t-elle ; ou encore que Jen/She-Hulk se fâche (vert) lorsque, en entrevue exclusive, on lui demande de parler de sa diète et de son entraînement.

Un contenu qui passe à merveille dans les scènes mettant de l’avant la complicité féminine… jusque dans les toilettes publiques — un moment qui a failli passer à la trappe, certains (au masculin pluriel) ne comprenant pas sa signification ; et dans certaines réflexions que livre le personnage en brisant le quatrième mur : « Jennifer est consciente de la présence du public. Cette hyperconscience fait partie de son pouvoir », croit Tatiana Maslany, qui a pris un plaisir fou à jouer ces apartés. Et à ceux qui verraient là un emprunt à Deadpool et à Fleabag, Jessica Gao souligne que « ceux qui connaissent She-Hulk savent qu’elle faisait ça bien avant eux ». Et vlan !

Oubliez la bande-annonce !

Dès sa sortie, la bande-annonce de She-Hulk : Avocate a fait réagir à cause de la piètre qualité de son animation en images de synthèse. Marvel en a vite livré une nouvelle version dans laquelle, si les personnages numériques semblent toujours un peu « légers » dans leur environnement en prise de vue réelle, les cheveux et la peau des principaux concernés (She-Hulk et Smart-Hulk) ont gagné en grain et en texture, tout cela, sous un « éclairage » réaliste. L’ensemble paraît ainsi plus naturel… pour autant que le naturel se puisse quand on a la peau verte et qu’on mesure un peu plus de deux mètres. Ainsi, tout convaincant que soit le résultat, l’image de la princesse Fiona (Shrek, quelqu’un ?) surgit par moments... pour être rapidement oubliée tant Tatiana Maslany s’impose par son talent et son charisme, et ce, qu’elle soit en chair et en os devant la caméra ou derrière un micro pour prêter sa voix au personnage animé. Et puis, les quatre épisodes visionnés présentent un bel équilibre entre l’action et l’humour, et se déplacent avec fluidité entre l’humain (explorant ainsi le familial, le social et le professionnel) et le surhumain. Beau travail de la scénariste Jessica Gao. Quant à la réalisatrice Kat Coiro, elle livre aussi bien le spectaculaire que l’intime et a fait des choix permettant la cohabitation sans heurt de la prise de vue réelle et de l’animation. She-Hulk : Avocate n’a certes pas l’originalité de WandaVision, mais c’est une série feel-good craquante. Dont il ne faut pas surtout pas sous-estimer les liens avec l’univers Marvel et les personnages qui le peuplent.

She-Hulk : Avocate (V.F. de She-Hulk: Attorney at Law)

Sur Disney +, dès le 18 août



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