«Black Bird»: le mal par le mal

Décédé en mai dernier à l’âge de 67 ans, Ray Liotta offre dans «Black Bird» l’une de ses dernières interprétations, à la hauteur de sa réputation, c’est-à-dire remarquable et percutante. Le comédien américain y brille par sa simple présence dans un rôle obscur que l’on devine pensé et écrit sur mesure par Dennis Lehane. Évidemment, le jeu de Ray Liotta est magnifié par une distribution au talent éclatant.
Photo: Apple TV+ Décédé en mai dernier à l’âge de 67 ans, Ray Liotta offre dans «Black Bird» l’une de ses dernières interprétations, à la hauteur de sa réputation, c’est-à-dire remarquable et percutante. Le comédien américain y brille par sa simple présence dans un rôle obscur que l’on devine pensé et écrit sur mesure par Dennis Lehane. Évidemment, le jeu de Ray Liotta est magnifié par une distribution au talent éclatant.

Une fiction inspirée d’un fait réel. Ces quelques mots glissés au début d’un générique ne laissent présager rien de bon. Jamais. Black Bird, nouvelle minisérie diffusée sur Apple TV+, n’y échappe pas. L’auteur Dennis Lehane — connu et reconnu pour ses romans qui furent adaptés au cinéma par d’autres, comme Mystic River de Clint Eastwood, Shutter Island de Martin Scorsese et Gone Baby Gone de Ben Affleck — porte cette fois à l’écran In With the Devil: A Fallen Hero, a Serial Killer, and a Dangerous Bargain for Redemption, le roman autobiographique d’un prisonnier au destin peu commun. James Keene, incarné par Taron Egerton (Elton John dans le Rocketman de Dexter Fletcher), est un athlète de haut niveau condamné à dix ans de prison pour trafic de drogue et possession illégale d’armes à feu. Mais après quelques semaines, les autorités pénitentiaires remarquent que celui-ci arrive sans difficulté aucune à tisser des liens privilégiés avec ses codétenus, si bien qu’il se verra proposer un transfert de prison dans le but de soutirer les aveux de Larry Hall, le meurtrier présumé de plusieurs jeunes filles, en échange de quoi il obtiendrait une libération immédiate.

Dès les premiers instants de Black Bird, Dennis Lehane tient le spectateur en haleine et parvient à toujours brouiller les pistes. L’intrigue n’est donc plus exactement celle que l’on croit… Et le créateur de la série réussit à mettre en lumière les côtés les plus sombres de chacun des protagonistes de l’histoire, notamment grâce à des personnalités et à des psychologies profondes et subtiles. Qui manipule qui, en réalité ? De fait, on frémit davantage devant la représentation de la perversion de l’âme humaine que devant les atrocités et les crimes qui ont été commis. Une bonne nouvelle, en soi, puisque le pathos est ainsi mis de côté au profit d’une stupéfaction, d’une sidération constante.

Photo: Apple TV+ Taron Egerton dans une scène du film

Pour Ray Liotta

 

Le personnage joué par Ray Liotta, à la fois méconnaissable sous les traits de « Big Jim », le père de James Keene, et fidèle à son aura légendaire de truand à l’image des Affranchis, en est une parfaite illustration. Policier à la retraite autrefois corrompu jusqu’à l’os et néanmoins pourvu d’un sarcasme acerbe, il n’hésite pas à mentir pour parvenir à ses fins — aussi tordues et compromettantes pour son fils soient-elles. Décédé en mai dernier à l’âge de 67 ans, Ray Liotta offre dans Black Bird l’une de ses dernières interprétations. Le comédien américain y brille par sa simple présence dans un rôle obscur que l’on devine pensé et écrit sur mesure par Dennis Lehane. Évidemment, le jeu de Ray Liotta est magnifié par une distribution au talent éclatant, qui nous fait retenir notre souffle pendant six courtes heures étalées sur six épisodes.

La musique, enfin, spécialement composée par le groupe de post-rock britannique Mogwai, ajoute cette touche qui fait monter la tension d’un cran supplémentaire dans ce qui se veut assurément l’une des séries incontournables de l’été.

Black Bird

Apple TV+dès le 8 juillet

À voir en vidéo