«Miroir, miroir»: la vérité en face

En partant du constat que les choses ont évolué, mais «qu’il y a des tangentes à corriger», le réalisateur Frédéric Choinière a rencontré une pléthore d’experts aussi diversifiés que l’est la population canadienne afin de «susciter une réflexion et d’apporter les clés pour aller plus loin».
Photo: Adil Boukind Le Devoir En partant du constat que les choses ont évolué, mais «qu’il y a des tangentes à corriger», le réalisateur Frédéric Choinière a rencontré une pléthore d’experts aussi diversifiés que l’est la population canadienne afin de «susciter une réflexion et d’apporter les clés pour aller plus loin».

Bilan de santé. Frédéric Choinière fait un pas de recul pour ausculter le Canada actuel à la lumière des années 1970. « Quel mouvement a-t-on réussi à donner à notre société ? » s’interroge en effet le journaliste dans Miroir, miroir. Si le monde rêvait d’être plus égalitaire il y a 50 ans, pourquoi certaines problématiques se retrouvent-elles encore et toujours à faire les manchettes ?

« Cela fait longtemps qu’on dit qu’on va trouver des solutions, mais où allons-nous exactement ? » poursuit-il. En partant du constat que les choses ont évolué, mais « qu’il y a des tangentes à corriger », Frédéric Choinière a rencontré une pléthore d’experts aussi diversifiés que l’est la population canadienne afin de « susciter une réflexion et d’apporter les clés pour aller plus loin ».

« Nos invités se sont entendus pour dire que la situation des femmes au Canada est la grande avancée des deux dernières générations. Qu’il s’agisse d’émancipation, d’éducation, d’accès à l’emploi, du partage des tâches familiales, etc., tous notent une amélioration significative », explique-t-il. Les discussions de Miroir, miroir montrent que le curseur s’est déplacé et que la marge de progression est indéniable. « Il reste cependant beaucoup à faire, estime Frédéric Choinière, car aujourd’hui, on parle de féminicides, de violence conjugale ou encore d’iniquité salariale. »

Point de bascule

 

Frédéric Choinière fait remarquer que la question des droits autochtones est, elle aussi, toujours présente dans l’espace public. Pour lui, nous en sommes peut-être à un tournant, au même titre que les droits des femmes l’ont été dans les années 1970. « La découverte des victimes anonymes des pensionnats nous a vraiment ouvert les yeux. Nous réalisons qu’il y a des torts à réparer et que nous devons reconnaître notre passé pour prendre les mesures nécessaires », dit-il.

Miroir, miroir met également en évidence un phénomène dont le virage s’est amorcé depuis peu. « Même si les ressources ne sont pas là, il y a un éveil sociétal en ce qui concerne la santé mentale », fait remarquer Frédéric Choinière. En revanche, il s’inquiète des conséquences de la sédentarité et de la dépendance aux écrans sur celle-ci. Avec 80 % des Canadiens qui ne pratiquent pas d’activité physique suffisante et une majorité d’entre eux qui passent neuf à dix heures par jour en position assise, les projections vers l’avenir sont peu rassurantes, prévient Ahmed Jérôme Romain, professeur et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Des ressources épuisables

 

Loin de hiérarchiser les différents enjeux, le documentaire fait cependant ressortir un thème qui recoupe tous les autres : celui de l’environnement. « Les quatre plus jeunes intervenants dans Miroir, miroir — Aliénor Rougeot, Albert Lalonde, Page Chartrand et Lourdenie Jean — sont fortement préoccupés par l’avenir de la planète. L’intersectionnalité est intéressante à observer du point de vue de la jeunesse et de l’écologie », précise Frédéric Choinière.

Lors de la réalisation de Miroir, miroir, le journaliste avoue enfin avoir été frappé par la notion d’endettement et de vie à crédit. « La date à laquelle on épuise les ressources de la Terre avance chaque année. Notre mégadette financière, mais aussi environnementale, issue du consumérisme et du confort à tout prix, n’est pas soutenable. Le pire, c’est que nous transmettons cette dette aux prochaines générations, avertit Frédéric Choinière. Nous nous disons que nous sommes en train de changer les choses, sans vraiment accuser la vérité de nos modes de vie actuels. » En cela, le documentaire parvient brillamment à nous placer devant l’urgence de la situation en évitant un ton trop anxiogène.

Le journaliste, bien qu’il ne l’évoque pas dans son documentaire, croit que la sobriété, qu’elle soit énergétique ou simplement appliquée à notre quotidien, pourrait être une solution à long terme. « Nous avons vécu au-dessus de nos moyens pendant les cinquante dernières années. Il esttemps que les choses changent. »


 

Miroir, miroir

ICI Télé, samedi, 22 h 30, et sur Tou.tv

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