La série «Pistols» rate la cible

Toby Wallace dans le rôle de Steve Jones, Louis Partridge dans le rôle de Sid Vicious, Anson Boon dans le rôle de John Lyndon et Jacob Slater dans le rôle de Paul Cook, dans la minisérie «Pistols» du réalisateur Danny Boyle
Photo: Miya Mizuno/FX Toby Wallace dans le rôle de Steve Jones, Louis Partridge dans le rôle de Sid Vicious, Anson Boon dans le rôle de John Lyndon et Jacob Slater dans le rôle de Paul Cook, dans la minisérie «Pistols» du réalisateur Danny Boyle

Puisqu’il est question des Sex Pistols, ça vient forcément avec un parfum de scandale, le voici donc : comment Danny Boyle, le brillant réalisateur du viscéral Trainspotting et des haletants 28 Days Later et Slumdog Millionaire, a-t-il pu accoucher d’une minisérie biographique aussi terne à propos de l’histoire d’un des groupes les plus controversés de l’histoire du rock ?

Produite par la chaîne FX et coscénarisée par Craig Pearce (collaborateur de Baz Luhrmann, jusque sur son dernier film Elvis récemment dévoilé au Festival de Cannes), la série Pistols s’appuie sur Lonely Boy: Tales from a Sex Pistol, mémoires que le guitariste et fondateur du groupe Steve Jones a publiés il y a cinq ans. Interprété par le jeune acteur australien Toby Wallace (qui a pris les traits d’un jeune Michael Hutchence dans une mini-série sur l’histoire d’INXS en 2016), Jones sert ainsi de fil conducteur de ces six épisodes racontant la genèse, puis l’implosion, des Sex Pistols, l’incarnation punk de l’expression « brûler la chandelle par les deux bouts ».

Il faudra malheureusement se farcir le soporifique premier épisode pour enfin trouver ensuite matière à nous garder captifs jusqu’au dernier. D’emblée, Boyle prend beaucoup trop de temps à camper le décor de la société britannique qui fera germer le groupe en ressassant les souvenirs d’enfance difficile de Jones. Un ado sans avenir rêvant d’être une rock star comme Bowie, il échoue un jour à la boutique SEX tenue par la designer Vivienne Westwood et son conjoint d’alors, Malcolm McLaren, à qui Jones demande d’agir comme manager, lui qui avait joué le même rôle auprès des New York Dolls.

Le récit insiste beaucoup sur la démarche, plus mercantile et provocatrice qu’artistique, de McLaren, maladroitement joué par Thomas Brodie-Sangster, qui fut bien supérieur dans son rôle de champion d’échecs et mentor de Beth dans The Queen’s Gambit. Westwood, en revanche, se révèle beaucoup plus idéaliste que son partenaire ; c’est autour du SEX et du projet musical de Jones et de McLaren que s’incarnera la révolte de la jeunesse britannique, écœurée par le conservatisme social et les enflures musicales du rock progressif.

Boyle tente d’insuffler un peu de vie à ce premier épisode en usant des trucs qui lui ont bien servi dans ses films — un montage frénétique pour accentuer une scène, des ellipses rapides sur le plan du scénario, des flash-back colorés qui se fondent dans l’action —, mais la manœuvre parvient tout juste à nous garder attentifs jusqu’au deuxième épisode, lorsqu’est introduit Johnny Rotten. La suite de la série ne nous gardera pas en haleine, mais elle est au moins intéressante et les nombreuses scènes du groupe en concert sont très bien filmées, nous replongeant dans l’ambiance décrépite de la scène punk anglaise d’alors.

L’un des aspects les plus réjouissants de la série est qu’elle accorde une place prépondérante à Chrissie Hynde, jouée avec brio par Sydney Chandler. Dans le chaos qui caractérise la brève existence des Sex Pistols, elle s’avère être une voix de la raison, pour Steve Jones en premier lieu ; ils seront amants, mais surtout amis (jusqu’à aujourd’hui, d’ailleurs). Et Hynde deviendra également la confidente de certains membres de l’entourage, dont Sid Vicious et Nancy Spungen. Musicienne frustrée que personne ne l’invite à faire partie d’un groupe, elle finira par fonder le sien, les Pretenders, qui obtiendra un vif succès dès son premier album, paru en 1979.

L’année dernière, John Lyndon, le vrai Rotten, intentait une poursuite contre ses anciens collègues des Sex Pistols pour empêcher l’utilisation des chansons de leur groupe dans la série de Boyle. Peine perdue : ce ne sera sans doute d’aucune consolation pour lui d’apprendre que l’acteur Anson Boon qui l’incarne est parfait dans son rôle. La voix, la prononciation, la culture et la conscience sociale dissimulée derrière ce sourire répugnant (d’où son nom de scène), le regard hystérique… chacune des scènes dans lesquelles Boon apparaît rehausse la qualité de cette série.

Nous serons indulgents quant aux libertés prises avec certains faits historiques (l’affaire du mariage arrangé de Hynde, celle de la bataille dans un bar ayant valu à Vicious un séjour en prison, entre autres inexactitudes), mais tiendrons Boyle coupable d’avoir raconté de manière si convenue l’histoire de ce groupe mythique.

Pistols

Sur Disney+. Minisérie de six épisodes, dès le 31 mai.

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