La Force de retour avec «Obi-Wan Kenobi»

Les deux premiers épisodes d'«Obi-Wan Kenobi» sont portés par un Ewan McGregor incarnant avec justesse l’homme brisé, qui se fait lentement héros réticent avant de finalement retourner sur la voie du Jedi.
Photo: Lucasfilm Les deux premiers épisodes d'«Obi-Wan Kenobi» sont portés par un Ewan McGregor incarnant avec justesse l’homme brisé, qui se fait lentement héros réticent avant de finalement retourner sur la voie du Jedi.

Difficile d’imaginer qu’un fan de Star Wars pourrait ne pas aimer ce retour d’Ewan McGregor dans la peau du maître Jedi : réalisés par la Canadienne Deborah Chow et déjà sur Disney +, les deux premiers des six épisodes que comptera Obi-Wan Kenobi sont plus que concluants.

La série s’ouvre sur une éclairante mise en contexte de quatre minutes dans laquelle on revient sur les moments clé des épisodes I, II et III signés George Lucas : La menace fantôme (1999), L’attaque des clones (2002) et, surtout, La revanche des Sith (2005). On revoit ainsi l’affrontement entre Obi-Wan Kenobi (Ewan McGregor) et Anakin Skywalker (Hayden Christensen), la « mort » de ce dernier et la naissance de ses jumeaux : Leia, confiée au sénateur Bail Organa (Jimmy Smits) ; et Luke, envoyé chez son oncle et sa tante sur Tatooine.

De là, bond de 10 ans dans le temps. Obi-Wan Kenobi vit une longue traversée du désert, au propre comme au figuré. « Il est dans une période très sombre. Il se cache et, les Jedi étant traqués, il ne peut plus utiliser la Force. D’une certaine manière, il a perdu la foi. Le seul lien qu’il a avec sa vie passée et sa seule responsabilité à présent, c’est Luke, sur lequel il veille à distance », résumait Ewan McGregor lors d’une conférence de presse virtuelle où il a évoqué avec tendresse ce personnage qui a toujours continué de l’habiter.

« Pendant des années, en entrevue, on m’a demandé deux choses : est-ce que je ferais la suite de Trainspotting — ça, c’est fait — et est-ce que je jouerais à nouveau Obi-Wan Kenobi. » Il répondait systématiquement qu’il aimerait reprendre le rôle. Il n’avait toutefois pas l’impression qu’on le lui demanderait car la trilogie « n’a pas été très bien reçue. Mais au fil des ans, j’ai rencontré des fans qui ont vu les épisodes I, II et III quand ils avaient l’âge que j’avais quand, moi, j’ai découvert A New Hope [l’épisode IV, sorti en 1977]. Je me suis alors rendu compte combien ces films étaient aimés et importants pour eux ».

Une réalité qui a dû monter aux oreilles de Disney qui, un jour, a approché l’acteur pour lui demander si ce qu’ils lisaient sur les médias sociaux — qu’il aimerait jouer de nouveau Obi-Wan Kenobi — était vrai ; et s’il était vraiment prêt à renfiler le costume de Jedi et à manier le sabre laser. Il n’a pas hésité à accepter le défi. Le plus complexe, assure-t-il, étant de retrouver la voix du personnage. Ainsi, quand il s’est rendu sur le plateau du Mandalorian pour une apparition surprise du maître Jedi, « je me suis mis à parler avec un genre d’accent anglais qui n’était pas ça du tout. Heureusement, nous avions des mois avant de commencer à tourner la série. Alors, je suis retourné aux films originaux et à Alec Guinness [qui a créé le rôle]. Pour La menace fantôme, je m’étais inspiré de lui jusque dans cette étincelle de sagesse amusée qu’il avait dans les yeux. Après, tout a été aussi simple que d’enfiler le costume ».

Un film en six temps

 

À partir de là, donc, le travail a été… du travail. Et, aussi, un immense plaisir de retrouver cet univers et d’avoir le temps de creuser le personnage dans une série qu’il voit plutôt comme un long film. C’est d’ailleurs la vision adoptée dès le départ par Deborah Chow, dont les sources d’inspiration sont Logan de James Mangold et Joker de Todd Phillips « où l’on a construit tout un récit pour un personnage », expliquait en conférence de presse celle qui a aussi réalisé deux épisodes de la première saison du Mandalorian.

« La chose la plus importante que nous avons cherché à faire, a-t-elle continué, est de respecter le canon et tout ce qui a été fait avant. Mais nous devions également avoir une histoire originale à raconter avec une vision originale. C’était le plus grand défi mais en même temps, c’est très excitant de ramener ces deux personnages emblématiques et de raconter une nouvelle aventure avec eux. »

Deux personnages emblématiques parce qu’Anakin / Vador, donc Hayden Christensen, est également de retour. Même s’il n’apparaît pas dans les deux premiers épisodes, sa présence, sombre et menaçante, est partout. Entre autres, chez les Inquisiteurs qui poursuivent et tuent les Jedi. Parmi eux, l’implacable et tenace Reva, incarnée par Moses Ingram (The Queen’s Gambit). Elle est d’entrée de jeu très présente dans Obi-Wan Kenobi dont l’action se déroule entre autres sur Tatooine pour suivre, mais de loin, le jeune Luke (Grant Feely) ; sur Alderaan où grandit Leia (Vivien Lyra Blair) qui, du haut de ses dix ans, n’a déjà pas froid aux yeux ; et sur Daiyu, point de chute de chasseurs de primes et d’un (pseudo ?) Jedi — dont on ne dira rien ici par respect pour l’effet de surprise et le récit.

Disons simplement que, portés par Ewan McGregor incarnant avec justesse l’homme brisé, qui se fait lentement héros réticent avant de finalement retourner sur la voie du Jedi ; déposés dans des décors et une cinématographie superbes ; et méticuleusement arrimés au passé, les deux premiers épisodes d’Obi-Wan Kenobi, sont remarquables. S’ils sont représentatifs de l’ensemble de la série, on pourra parler d’un retour en force de la Force.

Obi-Wan Kenobi (V.O. et V.F.)

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