«Loto-Méno»: l’influence politique insoupçonnée de Véronique Cloutier

Une scène de l’épilogue de la série documentaire «Loto-Méno» lors de entrevue de Véronique Cloutier avec le ministre de la Santé, Christian Dubé
Photo: Radio-Canada Une scène de l’épilogue de la série documentaire «Loto-Méno» lors de entrevue de Véronique Cloutier avec le ministre de la Santé, Christian Dubé

Vedette adulée depuis presque 30 ans, Véronique Cloutier s’est toujours gardée de parler politique. Mais en plaidant haut et fort pour le remboursement des hormones bio-identiques dans Loto-Méno, elle a mis un pied sur ce terrain jugé trop radioactif par plusieurs personnalités publiques. Quelques mois plus tôt, l’animatrice s’était déjà mouillée en prenant parti pour le mouvement Black Lives Matter, non pas sans s’attirer quelques critiques. Véro, la reine du divertissement, serait-elle en train de se métamorphoser en artiste engagée ?

« Loto-Méno a peut-être changé la perception que certains avaient de moi. Peut-être qu’ils me voient comme plus sérieuse, plus engagée. Mais si je suis engagée, ça reste à très petite échelle. Je ne suis quand même pas Anaïs Barbeau-Lavalette », répond à la blague la principale intéressée.

Il n’en demeure pas moins que le dénouement inespéré de l’aventure Loto-Méno lui a fait réaliser toute l’influence politique qu’elle pouvait avoir. Jusqu’à tout récemment, elle en avait plus ou moins conscience. Même dans les mois qui ont suivi la parution des trois premiers épisodes de Loto-Méno l’an dernier, lorsque le tabou autour de la ménopause est devenu un sujet chaud, Véronique Cloutier refusait de s’en attribuer les mérites. Elle ne menait pas le combat, elle en était seulement le porte-voix, se plaisait-elle à répéter humblement.

Je n’aime pas parler de ce que je ne connais pas. Pour être honnête, mes opinions politiques ne se précisent que depuis que je suis dans la quarantaine. Avant, ça ne m’intéressait pas et j’étais gênée de ça. C’est pour ça que je me prononçais très peu. Aujourd’hui, j’assume mieux certaines de mes positions, mais je n’ai pas envie de tout dévoiler. Je choisis mes combats.

 

« Je suis obligée de dire aujourd’hui que oui [j’ai un poids politique], confie avec candeur Véronique Cloutier. Je le dis, mais je ne le crois pas encore tout à fait. Je n’en reviens pas de la tournure que Loto-Méno a prise. Même dans mes rêves les plus fous, on ne se rendait pas jusqu’à faire bouger les choses aussi rapidement sur le plan politique. Je croyais qu’on ne me prendrait pas au sérieux, qu’on me verrait comme une simple animatrice de variétés qui débarque avec ses paillettes. »

Hors de sa zone de confort

 

Dans l’épilogue de Loto-Méno, mis en ligne cette semaine sur la plateforme Véro.tv, le ministre de la Santé Christian Dubé a lancé une bombe en laissant savoir que deux types d’hormones bio-identiques allaient prochainement être couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec. Une immense victoire pour celles qui réclamaient depuis des années que ces traitements soient disponibles pour toutes, à commencer par Véronique Cloutier, qui ne se fait pas d’illusions toutefois sur le calcul électoral derrière cette annonce.

L’animatrice en était pleinement au fait lorsqu’elle a rencontré le ministre de la Santé dans ce qu’elle décrit comme l’une des entrevues les plus stressantes de sa vie. « J’étais tellement nerveuse avant. Interviewer un politicien, ce n’est pas comme interviewer Marc Messier pour son nouveau one-man-show. La job d’un politicien, c’est d’être habile, d’esquiver les questions. Et on parlait de détails techniques que je ne maîtrisais pas à 100 %. Je ne suis pas journaliste et je ne suis pas documentariste », reconnaît avec humilité Véronique Cloutier, qui a l’impression d’être allée au bout de son registre d’animatrice avec Loto-Méno.

Pas question donc de faire du documentaire engagé un créneau pour la suite de sa carrière. Si Loto-Méno a vu le jour, c’est que le projet partait d’une quête personnelle. Cette influence politique dont elle vient tout juste de mesurer l’ampleur, elle veut continuer d’en user, mais avec parcimonie. Comme lorsqu’elle a choisi de ne pas apparaître pour la première fois à la une du magazine qui porte son nom à l’été 2020, préférant mettre en vedette 11 femmes noires sur la photo couverture, en soutien au mouvement Black Lives Matter, dans la foulée de la mort de George Floyd.

À 47 ans, il est vrai que Véronique Cloutier se prononce plus souvent qu’avant sur des sujets de société, mais elle reste hésitante à s’avancer sur des questions plus politiques. Jamais vous ne l’entendrez donner son avis sur le troisième lien ou sur la réforme de la loi 101. Jamais elle ne soutiendra publiquement un parti politique ou un autre. Véronique Cloutier n’est pas Lise Payette, qui, elle, est passée d’animatrice de variétés grand public à ministre, puis à polémiste.

« Je n’aime pas parler de ce que je ne connais pas. Pour être honnête, mes opinions politiques ne se précisent que depuis que je suis dans la quarantaine. Avant, ça ne m’intéressait pas et j’étais gênée de ça. C’est pour ça que je me prononçais très peu. Aujourd’hui, j’assume mieux certaines de mes positions, mais je n’ai pas envie de tout dévoiler. Je choisis mes combats », tranche celle qui a quitté les bancs d’école après le cégep pour devenir VJ à Musique Plus.

Véro 2.0

 

De son propre aveu, la Véronique Cloutier de l’époque était incapable de nommer les chefs de partis, encore moins de situer la gauche et la droite sur le spectre politique. Les choses ont beaucoup changé depuis. Politique ou non, force est de constater que son image publique a gagné en crédibilité à mesure que sa palette s’est élargie. Surtout depuis que Tou.tv a lancé en 2016 la plateforme Véro.tv, qui lui a permis de mener des entrevues de fond avec Rétroviseur,et même de renouer avec le jeu avec L’œil du cyclone.

C’est aussi Véro.tv qui lui a donné l’occasion de toucher au documentaire, avec Loto-Méno, mais aussi avec la série L’ombre et la lumière,une réflexion autour la célébrité. Un troisième documentaire, qui portera sur les rumeurs dans le milieu artistique, est présentement en chantier.

Cette prise de risque, Véronique Cloutier la doit surtout à son mari, Louis Morissette, sans qui elle aurait très bien pu rester cantonnée aux grandes variétés après La fureur. « Moi, je n’ai jamais eu de plan de carrière. C’est Louis qui m’a amenée à faire de la scène, à faire des Bye-bye, à lancer une plateforme. Sans lui, ma carrière se serait peut-être essoufflée, parce que jusqu’à tout récemment, les grandes émissions de variétés n’avaient plus la cote », évoque l’animatrice, qui fêtera l’an prochain ses 30 ans de carrière.

Au moment de franchir ce cap symbolique, elle sera à la barre de Zénith, présentée comme un grand concours musical intergénérationnel qui sera sur les ondes de Radio-Canada dès janvier. Un retour aux sources pour l’animatrice.

Loto-Méno

Disponible depuis le 25 mai pour les abonnés de l’Extra de Tou.tv

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