Sur vos écrans: de la réalité, en fiction

On attendait avec une certaine excitation la série dramatique d’anthologie «The First Lady», qui dresse le portrait de trois épouses de présidents américains dont le passage à Washington a marqué les esprits.
Photo: ​Jackson Lee Davis/SHOWTIME On attendait avec une certaine excitation la série dramatique d’anthologie «The First Lady», qui dresse le portrait de trois épouses de présidents américains dont le passage à Washington a marqué les esprits.

Trois épouses, le pouvoir et le reste

 

Les œuvres qui nous entraînent dans les coulisses de la Maison-Blanche s’intéressent la plupart du temps à celui qui tient les rênes du pouvoir et accordent parfois un peu d’attention à son épouse et sa famille.

C’est pourquoi on attendait avec une certaine excitation la série dramatique d’anthologie The First Lady, qui dresse le portrait de trois épouses de présidents américains dont le passage à Washington a marqué les esprits. Dans cette première saison, on nous raconte, dans le désordre, le destin d’Eleanor Roosevelt (Gillian Anderson), de Betty Ford (Michelle Pfeiffer) et de Michelle Obama (Viola Davis), à différentes périodes de leur existence.

Malheureusement, cette tentative de montrer le point de vue de femmes, aussi intéressantes et complexes qu’elles soient, dans l’intimité des coulisses du pouvoir est moins heureuse qu’on l’aurait espéré. On a l’impression, dans presque toutes les scènes qui ont lieu durant les mandats de l’époux des héroïnes — du moins dans les trois premiers épisodes (sur dix) que nous avons pu voir —, d’avoir droit à la version « officielle » approuvée par les présidents en question ou leur succession. On est témoins des craintes et des déceptions de ces femmes quant aux conséquences du pouvoir dans leur vie personnelle, et envers le rôle quasi « décoratif » dans lequel on veut les confiner. Mais c’est lorsque la série s’emploie à nous ramener dans le passé plus ou moins lointain de celles-ci qu’on semble en apprendre plus sur leurs idéaux, leurs ambitions et leur rapport à la politique et au pouvoir.

La réalisation fluide mais plutôt générique de Susan Bier (The Undoing) n’arrive pas à faire oublier les maladresses du scénario, dont la principale originalité est sa temporalité déconstruite qui relie ses trois femmes. Les grandes interprètes de talent que sont Davis et Anderson ne convainquent pas toujours dans la peau de mesdames Obama et Roosevelt, principalement parce qu’elles semblent toujours faire des efforts pour reproduire les tics de langage et les expressions faciales de leur illustre personnage, au détriment de l’émotion à transmettre. Seule Michelle Pfeiffer se distingue dans son incarnation de Betty Ford, sans doute la première dame du lot la moins connue du grand public d’aujourd’hui, qui compose un personnage plus complexe qu’il n’y paraît sous son image d’épouse modèle.


The First Lady
Showtime et Crave, dès le 17 avril

 

Scandaleuse duchesse

 

En 2018, la minisérie A Very English Scandal, qui relatait un chapitre à la fois sombre et burlesque de l’histoire politique britannique — à savoir le scandale entourant la conspiration pour le meurtre de son jeune amant un peu trop accaparant dont a été accusé le leader du Parti libéral britannique Jeremy Thorpe à la fin des années 1970 —, a connu un beau succès critique grâce entre autres à la performance très convaincante de ses deux vedettes, Hugh Grant et Ben Wishaw.

Quatre ans plus tard, les mêmes producteurs proposent une autre œuvre du même acabit, une comédie dramatique en trois épisodes qui raconte cette fois la relation tumultueuse et, surtout, le divorce très médiatisé de Ian et Margaret Campbell, le duc et la duchesse d’Argyll, dans les années 1950 et 1960. Le procès pour divorce de ce couple aristocratique a fait couler beaucoup d’encre à cause des actes répréhensibles attribués aux deux époux, mais principalement à cause des très nombreuses infidélités de Madame.

Les extraits que nous avons pu voir laissent entrevoir une œuvre à la fois divertissante et critique de l’époque qu’elle dépeint. La presse britannique a été généralement très enthousiaste à son égard, saluant tout particulièrement la performance épatante de Claire Foy (The Crown) et de Paul Bettany dans les rôles des scandaleux époux…


A Very British Scandal
Prime Video, dès le 22 avril

 

Autopsie d’un piratage «influent»

 

En 2009, à deux semaines de la Conférence de Copenhague sur les changements climatiques, sont divulgués, à la suite d’un piratage informatique, des courriels et des fichiers des responsables de la Climatic Research Unit de l’Université d’East Angalia — et plus particulièrement de son chef, Philip Jones —, qui peuvent laisser entendre que les données sont manipulées et que des experts en climatologie exagéreraient le réchauffement de la planète. La révélation des informations savamment choisies et détournées de leur contexte par les pirates sera une occasion en or pour les climatosceptiques de remettre en question le discours scientifique sur la crise environnementale et provoquera une tempête médiatique et politique, le « climategate ».

Le téléfilm The Trick s’emploie à raconter les suites de cette malheureuse fuite et ses conséquences sur le chercheur au centre de ce scandale sous la forme d’un thriller à la fois policier, puisqu’on y suit la traque aux pirates, et psychologique, car on est témoins de la lente reconstruction de la « victime », détruite par la vindicte populaire et médiatique dont elle a été l’objet. Il en résulte une œuvre sincère et pertinente dans son propos, mais plombée par son didactisme et son rythme trop peu haletant pour un thriller digne de ce nom. Dommage.


The Trick
PBS, le vendredi 22 avril, 22 h

À ne pas manquer

Une étoile et son influence «magique»
 

​Le drame sportif Winning Time: The Rise of the Lakers Dynasty, actuellement diffusé à Showtime et sur la plateforme Crave, nous a fait découvrir une version « fictive » d’Earvin Johnson, mieux connu sous son surnom « Magic ». La légende incontestée du basketball et figure importante de la culture populaire des années 1990 avait fait les manchettes lorsque sa séropositivité fut dévoilée. Cette courte série documentaire en quatre épisodes de Rick Famuyiwa (The Chi) dresse cette fois un portrait du « vrai » Magic : l’athlète, la personnalité médiatique, mais aussi l’homme d’affaires et mentor qu’il est devenu par la suite.

Appelez-moi Magic Johnson
Apple TV+, dès le 22 avril


 

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