Rose-Marie Perreault, une Québécoise dans l’univers de Zola

Durant le tournage, l’actrice Rose-Marie Perreault s’est familiarisée avec l’univers des mineurs en parlant avec des figurants dont les parents et les grands-parents ont travaillé dans les mines. 
Photo: Adil Boukind Le Devoir Durant le tournage, l’actrice Rose-Marie Perreault s’est familiarisée avec l’univers des mineurs en parlant avec des figurants dont les parents et les grands-parents ont travaillé dans les mines. 

Grâce à son jeu naturel et lumineux dans Les faux tatouages, film de Pascal Plante qui a circulé dans plusieurs festivals en 2017, Rose-Marie Perreault est remarquée par Pauline Rostoker, d’Adequat. En septembre 2020, l’agence française lui demande d’envoyer un « self tape » pour Germinal, superproduction de six épisodes d’un budget de 12 millions d’euros.

Bien qu’une soixantaine d’actrices aient été vues en audition, il manque à l’appel celle qui incarnera Catherine Maheu, herscheuse dans une mine de charbon du nord de la France, issue d’une famille nombreuse miséreuse. N’y croyant pas vraiment, l’actrice est convoquée à une audition. Un mois plus tard, elle est parachutée au XIXe siècle.

« Dans le roman de Zola, Catherine a 14 ans, mais à cause des scènes de viol, ç’aurait été rebutant de mettre en scène un personnage aussi jeune. Ils ont monté son âge à 18, 19 ans. Ils voulaient une fille avec une intelligence très physique, concrète, et, en même temps, avec une fragilité, une douceur. J’ai peut-être en moi ces deux pôles contradictoires », explique la comédienne, jointe par téléphone.

Au sein de la distribution de Germinal, qui compte 56 acteurs et 2400 figurants, on trouve aussi Aliocha Schneider dans le rôle de l’ingénieur Paul Négrel, neveu de Hennebeau (Guillaume de Tonquédec), patron de la mine.

« Pour Aliocha, c’était aussi un premier gros projet en France. On n’avait pas de scène ensemble, mais puisqu’on tournait dans un petit village du nord de la France et que personne ne retournait à Paris à cause de la COVID, une petite bulle Germinal s’est créée. Il y avait quelque chose de rassurant pour moi d’arriver là-bas et d’y avoir un ami », se souvient celle que cinq millions de téléspectateurs ont découverte en novembre sur France 2.

Femmes fortes

 

Outre la simplicité du maquillage (du charbon de la tête aux pieds), ce qui plaît à Rose-Marie Perreault dans cette adaptation de Germinal, Prix du public au festival Séries Mania en 2021, c’est qu’on y a modernisé les personnages.

« Dans le roman de Zola et dans le film de Claude Berri, les personnages féminins sont au second plan, la parole ne leur est pas vraiment donnée. Alors que, dans la série, Catherine et sa mère, la Maheude, ont leur trame, on les voit seules dans le cadre. Le fait que la focalisation soit parfois sur elles fait du bien. »

Durant le tournage, l’actrice s’est familiarisée avec l’univers des mineurs en parlant avec des figurants dont les parents et les grands-parents ont travaillé dans les mines. Elle raconte que, par souci de réalisme, le directeur photo, Xavier Dolléans, demandait aux acteurs de s’éclairer à la lanterne et à la chandelle dans les scènes tournées dans la mine. Quant au réalisateur, David Hourrègue, il tenait à ce que les berlines pour transporter le charbon soient lourdes.

« L’interprétation a vraiment été un travail physique. Il y a quelque chose de moins figé, de moins muséal dans notre Germinal ; c’est peut-être plus western. Je gardais à l’esprit le roman de Zola et la vie des mineurs à cette époque-là, mais je me suis concentrée sur le scénario et sur le document sur les “gueules noires” préparé par David. »

Bien qu’elle regarde beaucoup de films français, l’actrice a dû travailler avec des coachs : « Une fois en France, j’ai décidé que je n’allais pas reprendre mon accent québécois entre les prises, afin de peaufiner l’accent français. Avec mon accent québécois, ma voix est assez basse, mais avec l’accent français, au jour un, j’avais la voix haut perchée, et là, David me disait : “Redescends, redescends, redescends.” Au jour 30, quelque chose s’est posé : la voix d’une fille plus ancrée, plus terre à terre. Ce n’est pas l’accent parisien hyperpointu ni une sorte de patois proche du ch’ti, car David voulait que ce soit plutôt neutre. Il me disait que ce qu’il restait de québécois dans mon accent me donnait une petite longueur d’avance sur les acteurs parisiens. »

L’interprétation a vraiment été un travail physique. Il y a quelque chose de moins figé, de moins muséal dans notre Germinal ; c’est peut-être plus western.

Triangle tragique

Convoitée par le militant Étienne Lantier (Louis Peres), qui a fui Lille pour se faire oublier, et le brutal Antoine Chaval (Jonas Bloquet), qu’elle connaît depuis l’enfance, Catherine fera un choix surprenant lorsque les mineurs voteront pour la grève.

« Pour assurer sa survie, elle ne va pas choisir de le dénoncer, mais de rester avec son agresseur. Lire ça à l’époque #MeToo, c’est assez dissonant. J’avais beaucoup de questions et de doutes avant de tourner. En parlant avec David et en faisant un travail de contextualisation, j’ai compris qu’elle était héroïque à sa façon. Avec les contraintes du patriarcat de l’époque, ce n’était pas une option de s’émanciper, de dénoncer. Ç’a été un choc pour moi de constater ce que ces femmes ont vécu pour qu’on soit là aujourd’hui. »

La situation de Catherine évoque quelque peu celle de Sophie, personnage de Rose-Marie Perreault dans Le monstre, d’après le récit autobiographique d’Ingrid Falaise : « La différence avec Le monstre, c’est qu’on assiste à l’émancipation de Sophie, alors que Catherine ne pourra jamais prendre cette décision-là. On a fait un pas en avant, mais c’est un petit pas et il n’est pas toujours assuré. Ça me fait rire quand on dit qu’on est dans le post-#MeToo. On est en plein #MeToo, et on le sera sans doute encore longtemps. »

Voyager dans le temps

 

Un mois après avoir quitté la révolte des mineurs, Rose-Marie Perreault a atterri sur le plateau de Nuit blanche, en pleine Révolution tranquille, période qui la fascine, dans la peau d’une rebelle.

« En peu de temps, c’est un bel enchaînement de personnages : il y a des thèmes qui se ressemblent. Peut-être que dans mon subconscient Catherine a nourri Loulou, mais dans Germinal, on se focalise davantage sur le drame personnel de Catherine que sur le drame collectif. Grâce aux deux personnages, j’ai compris que tout est politique, que le personnel est politique, qu’il y a du politique dans chaque histoire, dans nos vies, dans nos drames personnels. Avec Sébastien Gagné, le réalisateur, on se disait qu’on avait un devoir de mémoire avec Nuit blanche. Il y a eu plein de changements, mais est-ce qu’on en parle aujourd’hui ? C’était un beau retour vers le passé pour mieux comprendre le présent et s’assurer un futur meilleur. »

Rêvant de continuer à travailler au Québec et en France, de pouvoir monter sur les planches, Rose-Marie Perreault s’est initiée à l’équitation et à la cordonnerie pour incarner Victoire Du Sault dans La cordonnière, d’après le roman de Pauline Gill, sous la direction de François Bouvier, qu’elle a connu en jouant dans La Bolduc.

« Elle a été la première femme cordonnière. Envers et contre tous, cette pionnière a fondé une industrie énorme, le château Dufresne en étant le résultat. C’est une femme qui avait envie de vivre ses expériences, ses passions. Elle est assez différente de Catherine, parce qu’elle fonce. Je trouvais ça très intéressant de jouer, pratiquement dans la même époque, deux femmes qui ont des caractères et des vies complètement différents. Même si Germinal se passe en France un peu plus tard, je trouvais que c’était une belle suite logique. »

Germinal 

ICI Télé, le samedi 26 février, 21 h ; en rafale sur l’Extra de Tou.tv, aussi dès samedi.

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